2017 : une campagne électorale où l’économie sera la grande absente

Les leaders politiques de droite comme de gauche ne s’intéressent pas à la situation économique. Ils pensent que le bilan et les perspectives peuvent influencer l’électeur mais ne seront pas déterminants.

La classe politique française est assez surréaliste. Les responsables politiques comme tous les commentateurs alimentent sans fin des débats sur l’identité du pays, les valeurs, la notion de nationalité, le nombre de migrants, les risques d’hypothéquer la culture judéo-chrétienne, l’inscription de la déchéance de la double nationalité, les origines culturelles ou religieuses du terrorisme  etc. etc. C’est très bien. Utile. Incontournable.

Mais parallèlement aucun mot, aucune proposition sur l’évolution de l’économie et quand on en parle c’est pour se gausser sur le chômage et imaginer une énième solution de traitement social. Quand on en parle c’est pour faire le procès des boucs émissaires que sont les institutions européennes, la banque centrale européenne ou la pseudo arrogance de notre grand voisin l’Allemagne. Quand on imagine les perspectives, on se contente de rappeler qu’il existe des facteurs exogènes qui finiront par nous toucher telles des fées douées de qualités. L’alignement des planètes dont on nous a rabattu les oreilles n’a fait l’année dernière aucun miracle : l’euro baisse, oui !, le pétrole baisse, oui !, les taux baissent, oui !, mais : so what ? Nous sommes incapables d’en profiter.

L’économie, son évolution, les moyens d’agir dessus n’intéressent pas vraiment les hommes politiques qui pour justifier leur incompétence nous expliquent en privé que l’électeur s’en moque. Ils sont même capables de dépenser beaucoup d’argent à droite comme à gauche pour commander des sondages et apporter la preuve de cette indifférence.

Cette situation est invraisemblable. Dans les pays anglo-saxons, Ronald Reagan, Bill Clinton, James Cameron, Angela Merkel n’auraient jamais été élus s’ils n’avaient pas présenté une vision, et une politique de redressement cohérente. Ajoutons que la plupart, n’auraient jamais été réélus sans le bilan qu’ils avaient.

On a oublié en France que Nicolas Sarkozy a échoué parce que son bilan économique avait été profondément abîmé par la crise de 2008/2009. Une dette abyssale creusée par la volonté d’amortir le choc de la  crise et une montée du chômage ont été rédhibitoires. Ces indicateurs ont surtout donné des arguments à François Hollande.

Aujourd’hui, personne ne veut tenir compte d’une réalité française catastrophique qui n’est supportable qu’au prix d’un endettement faramineux qui débouchera forcement sur une catastrophe.

Alors pourquoi tant de légèreté par rapport à des conditions matérielles qui dominent pourtant notre vie quotidienne et notre avenir.

<--pagebreak-->

Les raisons de cette situation très incongrue sont malheureusement très simples et difficilement solubles. La situation économique est devenue tabou pour trois raisons :

1e raison, le diagnostic de la situation est partagé par tous les experts, par tous les responsables politiques et sociaux. Et pour cause : la France est confrontée (comme tous les autres pays du monde) à des évolutions de fond, mais la France ne parvient pas à les contourner ou à les assumer.

D’abord, la mondialisation est un fait incontournable. Nous devions nous n’y adapter. On ne l’a pas fait ou mal.

Ensuite, la construction de l’Union européenne est la seule solution pour permettre à chaque état membre de survivre dans cet univers mondialisé. A la limite, l’Europe pourrait même très bien vivre en autarcie et préserver son niveau de vie

– Enfin, la troisième évolution est impactée par la généralisation sur la planète toute entière du système de l’économie de marché… Ces trois évolutions majeures ont obligé la plupart des économies matures à changer leur logiciel de fonctionnement pour s’adapter à la compétitivité, à la course aux innovations technologiques et aux phénomènes migratoires entre les pays émergents et les autres.

2e raison. Comme ce diagnostic est indiscutable, qu’il s’impose à tout le monde, il dépasse les clivages de la droite et de la gauche. La situation économique est hors du débat politique, ce qui est effectivement le cas dans les pays anglo-saxons.

3e raison. Les réponses que l’on peut faire à ce type d’analyse sont politiquement indifférenciées. Le poids et les contraintes des marchés sont eux aussi incontournables. Il n y a donc pas de politique économique de gauche capable de répondre à la mondialisation, à l’Europe ou à l’économie de marche.  Il n’y a pas de politique économique spécifiquement de droite sinon une approche en général plus pragmatique chez les libéraux. Mais la droite française n’est pas libérale. Elle est étatiste et souverainiste, c’est-à-dire protectionniste.

Conclusion, la politique économique n’est plus aujourd’hui un marqueur de droite ou de gauche. Donc les hommes politiques n’ont plus intérêt à travailler ces dossiers. Le seul plan B alternatif qui permettrait de transgresser les contraintes de la mondialisation, de l’Europe ou de la concurrence passe par des scénarios de ruptures. Mais les scénarios de rupture ont débouché sur l’échec ou la paralysie. Alexis Tsipras en avait fait l’amère expérience en Grèce.