2019 : Brexit ou pas Brexit, les Anglais cherchent le moyen de faire mentir la chronique d’un chaos annoncé

Les Anglais démarrent l’année avec le moral dans les chaussettes. Brexit ou pas Brexit, personne n’est content...

A quelques jours du Brexit, les chefs d’entreprises anglais sont démoralisés, la population déboussolée et à Londres, on cherche désespérément des Anglais contents.

Personne ne peut dire aujourd’hui ce qui va se passer pour la Grande Bretagne cette année. C’est le brouillard le plus total.

Normalement, le 29 mars prochain, le Brexit sera effectif. La Grande Bretagne ne fera plus partie de l’Union Européenne, mais personne ne sait selon quelles modalités et avec quelles conséquences.

Pendant deux ans, la Grande-Bretagne et l’Union européenne ont négocié les conditions du divorce. L’Union européenne a réussi à imposer, à l'unanimité des 27 pays membres, un divorce qui préserve son histoire, son unité, ses valeurs et les principes qui ont prévalu à sa fondation. L’équité, la solidarité, le respect des libertés fondamentales de circulation, pour les produits, les services, les capitaux et les hommes.

La Grande Bretagne écartelée entre ceux qui souhaitaient un Brexit dur et pur, et ceux plus pragmatiques qui espéraient sauver les avantages de l’Union Européenne (avec ou sans les contraintes) a laissé peu de place à un compromis. D’autant que le manque de préparation des Brexiters, leur déficit en expertise, et l’abandon des plus convaincus en cours de négociation, ont laissé Theresa May seule, coincée entre les impératifs politiques et les contraintes de la réalité qui n’ont pas manqué de s’imposer.

Finalement, Theresa May a signé un accord de divorce au terme duquel la Grande Bretagne paiera ce qu’il faut pour respecter les engagements qu’elle avait pris (environ 50 milliards d’euros), quittera toutes les institutions de la gouvernance mais la Grande Bretagne pourra continuer à travailler au sein du marché unique en respectant la libre circulation des produits, des services, des capitaux et des hommes. Selon ce deal , elle pourra continuer a avoir le beurre , mais pas l argent du beurre et pas la possibilité d’intervenir sur le contrôle des opérations .

Theresa May devait faire entériner ce deal par son parlement, mais pressentant qu’elle ne parviendrait pas à réunir une majorité, elle a préféré reporter ce vote au 15 janvier prochain, en espérant qu‘elle puisse d’ici là, convaincre la poignée de députés conservateurs qui lui manquent.

Cela dit, personne ne se fait d’illusion. Theresa May aura du mal à être soutenue. Elle a contre elle, tous ceux qui ont défendu le projet d’un Brexit dur et qui trouvent le deal actuel beaucoup trop laxiste - et c’est vrai que le deal est laxiste. Mais elle a aussi contre elle tous ceux qui ne voulaient aucun deal. Contre elle, enfin,  ceux qui ne veulent pas de Brexit mais conserver le statut-quo.

La situation est horriblement compliquée, parce qu’au fur et à mesure qu'on se rapproche de la date du 29 mars, la majorité des Anglais se rendent compte que les conséquences du Brexit vont être difficiles et douloureuses.

Ceux qui défendent l'appartenance à l'Union européenne et qui multiplient les avertissements sur la base de nombreuses études, concernant les difficultés qui vont surgir sont désormais légion . Ces difficultés porteront sur les entraves douanières, fiscales et administratives qui seront théoriquement rétablies et qui donneront un coup de frein sérieux aux échanges commerciaux. La Grande Bretagne est très dépendante de l’Union européenne, l’inverse est aussi vrai.

Dans le cadre du divorce, Theresa May avait défendu l’idée que tout le monde avait intérêt à maintenir le libre échange. D’où le deal. Sauf que les hard-Brexiters ne sont pas de cet avis. Du coup aujourd’hui, tout le monde est déboussolé, les chefs d’entreprise sont désemparés et révisent à la baisse toutes leurs prévisions, les particuliers s’inquiètent pour la sécurité de leurs approvisionnements en produits alimentaires et en médicaments. Les résidents britanniques en Europe s’inquiètent parce qu’ils ne savent rien de la façon dont ils seront traités. Les ressortissants de l’Union européenne en Grande Bretagne sont dans la même incertitude. La plus grosse difficulté en cas de no-deal sera, pour les Anglais, de renégocier des accords bilatéraux avec chacun de pays tiers. Une galère diplomatique.

 

La situation des Anglais est d’autant plus difficile à cerner qu’ils ont assez peu d’éléments pour comprendre clairement ce que sera leur vie quotidienne sans accord sur le Brexit. Tous les partisans du Brexit dur, tous ceux qui ont fait la campagne du oui au referendum, n’ont pas produit les études prévisionnelles qu’ils avaient promis. Pour une raison simple, les Boris Johnson ou Jeremy Corbyn ont avoué que ces études n’existaient pas. Ils ont d’ailleurs un peu disparu de la scène politique, sauf qu‘ils attendent sans doute l’effondrement de Theresa May pour prendre sa place.

 

En ce début d’année 2019, le camp des Brexiters s’est singulièrement dégarni, les chefs d’entreprises sont démoralisés et une partie de la population de plus en plus désabusée. 

A priori, la Grande Bretagne est devant trois scénarios.

1er scénario :  le parlement vote le deal et assume le projet de Theresa May. Dans ce cas, on vivrait un Brexit très soft qui préserverait l’essentiel, c’est à dire la dynamique économique que donne le grand marché. Mais c’est une hypothèse très peu probable.

 

2e scénario : le parlement refuse de voter le deal et le Brexit s’applique le 29 mars. Dans ce cas, tout est possible. L’obsession sera d’éviter le chaos dans le transport aérien, à l‘entrée de l’eurotunnel ou à l’embarquement des Brittany Ferries, sur le marché interbancaire, et le marché financier mais rien n’est sur. Une chose est sure, ce n’est pas ce à quoi les choses se préparent du côté du Channel ou des ports bretons et nordiques. 

 

3e scénario, pour éviter la chronique d’un chaos assuré, le gouvernement britannique, et  la Commission de Bruxelles peuvent tout faire pour trouver des solutions alternatives.

Retarder l’application, décider de revenir en arrière, c’est possible, a la demande conjoiçnte de Londres et de Bruxelles ,la Cour de justice européenne a déjà confirmé qu’un pays qui avait choisi de quitter l’Union européenne pouvait faire machine arrière et tourner le dos à son projet. Mais Londres peut aussi, poussée par les sondages, décider d’organiser un nouveau referendum.