300 milliards dans le brouillard : les 3 questions que pose le plan Juncker

Le président de la Commission européenne va, cette semaine, présenter au Parlement de Strasbourg son plan de croissance en Europe qui s’appuie sur 300 milliards d’euros. Mais pour l’instant, ce plan est dans le brouillard le plus total.

Le président de la Commission européenne va, cette semaine, présenter au Parlement de Strasbourg son plan de croissance en Europe qui s’appuie sur 300 milliards d’euros. Mais pour l’instant, ce plan est dans le brouillard le plus total.

En dépit de ses maladresses, le président de la Commission européenne va défendre un projet qui, dans son principe, correspond à un besoin. L’Europe est plantée en terme de croissance, elle est même en risque de récession et l’idée de retrouver de la croissance par l’investissement correspond à l’analyse la plus partagée par les gouvernances occidentales.

Contrairement aux propos de quelques nostalgiques des trente glorieuses, la demande existe. Elle est même solvable. En revanche, cette demande se cristallise sur la dépense sociale et la dépense publique. C’est la dette qui solvabilise cette demande, on peut difficilement aller plus loin.

La demande de biens et de services est plutôt stagnante tout simplement parce qu’elle est grandement saturée. Le seul moteur de cette demande, c’est la démographie. Et ces démographies sont assez peu dynamiques. Pour ce qui est des biens d’équipement, cette demande est  callée sur les taux de remplacement, lesquels sont de plus en plus faibles. La demande est forte dans les seuls pays émergents  et l’on comprend que la Chine qui voit ses marchés à l’exportation faiblir, s’attaque désormais à sa demande intérieure. Les Chinois vont enfin commencer à gouter aux plaisir de la société de consommation. Mais pour que les occidentaux puissent  profiter de ce potentiel, encore faudra-t-il être compétitif.

En revanche, il existe dans les sociétés occidentales des besoins et des désirs non satisfaits et souvent non identifiés que seule une politique d’offre peut capitaliser. 60% des dépenses de consommation porte aujourd’hui sur des produits et des services qui n’existaient pas il y a dix ans. Cela veut dire que 60% des dépenses de consommation portera, dans dix ans, sur des produits et des services qui n’existent pas aujourd hui .

Il y a donc un potentiel de croissance à condition de faire porter l’effort de redressement non pas sur le consommateur, comme le prônait Keynes, mais sur l’entrepreneur pour qu’ il innove et investisse.

Le projet Junker de concentrer l’effort de soutien à la croissance sur l’innovation et l’investissement correspond directement à la logique des économies modernes développées. Il faut d’un côté accroitre la compétitivité des industries traditionnelles pour qu’elles puissent envahir les pays émergents. Il faut, d’autre part, accroitre les investissements créateurs de richesse via la recherche et les produits nouveaux.

C’est ce que font toutes les grandes économies modernes. L’Amérique a mis le paquet sur les industries digitales au point d’imposer des process, ses logiciels et ses produits dans le monde entier. L’Allemagne a mis le paquet sur la compétitivité des industries traditionnelles au point de devenir le plus gros fournisseur en biens d’équipement du monde en développement.

Dans ces conditions, le plan Junker va être lancé dans le brouillard le plus épais. Il devra répondre à trois questions auxquelles personne en Europe n’a de réponse.

1e question, quelle sera la stratégie de croissance de la zone européenne. Et quels seront les secteurs sur lesquels elle peut appuyer sa prospérité : l’agriculture, les biens d’équipement, le luxe ?

2e question, si l’Europe décide d’un plan d’investissements de 300 milliards d’euros, comment seront répartis ces 300 milliards. Sur quel secteur, dans quel pays et selon quel critère. La France espère récupérer 40 milliards d’euros mais la France n’a pas établi une liste de projet éligible. On craint le pire. Beaucoup de crédits dans le passé ont été décidé et non affecté. C’est toute la difficulté d’une économie dirigée. Le marché lui, sait opérer une allocation optimum de l’investissement. Qu’ on lui fasse confiance !

3e question, qui va payer ces 300 milliards d’investissement. Contrairement à ce qu’on expliquera, ce n’est pas la question la plus importante. L’Europe est rodée pour délivrer ce genre de crédit. Il s’agit, en générale, de garanties octroyées au prorata de la contribution de chaque Etat membre.

Dans la majorité des cas, ces garanties n’ont pas à jouer car les investissement génèrent leurs revenus et leur financement.

Mais pour que marche ce type de coopération, il faut s’entendre sur la règle du jeu commune. Or, ce n’est pas le cas actuellement quand on voit la difficulté des pays membres de la zone euro à assurer une cohérence de leur politique budgétaire et fiscale. Il ne faut pas trop rêver quant à la mise en œuvre d’un plan d’investissement.