Les 5 raisons qui font déprimer les eurosceptiques

Rien ne va plus du côté des eurosceptiques, Marine Le Pen corrige son projet de sortie de l’euro et Nicolas Dupont-Aignant lui vend un projet de monnaie commune incompréhensible.

La campagne présidentielle aura sans doute bouleversé le paysage politique, "dégagé" beaucoup d’acteurs historiques et mis la France en état de stress en accroissant certainement sur ses valeurs et son avenir. Mais il y a un dossier sur lequel, contrairement à toutes les attentes, la pédagogie a fait un peu de progrès, c’est le dossier européen.

Les tergiversations de Marine Le Pen, passant d’un projet de sortie de l’euro à la perspective d’une monnaie commune au fonctionnement de laquelle personne ne comprend rien, les invectives contre Bruxelles, la Banque centrale européenne d’un côté… De l’autre, les explications d’Emmanuel Macron sur les opportunités de la mondialisation et sur la capacité de l’Union européenne à protéger les Etats-membres comme sur la solidité de l’euro... Cette bousculade de discours contradictoires a fini par placer le dossier de l‘Europe parmi les dossiers prioritaires du prochain président

En clair, les eurosceptiques qui paraissaient majoritaires dans l’opinion publique française, ont pris du recul. Les plus convaincus le sont un peu moins et ceux qui en avaient fait leur fond de commerce politique commencent à déprimer grave.  Il y a à cela 5 séries de raisons qui tiennent la route

La première raison est sans doute le discours assez confus de Marine Le Pen. La présidente du Front national et ses proches avaient fait de la sortie de l’euro, l’alpha et l’oméga de toute sa politique de redressement. L’euro, l’Europe, Bruxelles et la BCE étant responsable de tous nos ennuis, il fallait pour l’extrême droite sortir au plus vite de ce système européen. Le raisonnement était simple et cohérent . Mais dangereux. En retrouvant la souveraineté monétaire, la France aurait retrouvé des marges qui lui permettaient de financer toutes les améliorations de pouvoir d’achat, d’investissement, de créations d’emplois ; bref c’était le remède miracle. Et beaucoup commençaient à le croire en France. Sauf que les Français savent que l’euro est une monnaie forte et qu’une monnaie forte, c’est un gage de confiance et de sécurité. Marine Le Pen a donc abandonné la sortie de l’euro, et pour ne pas donner l’impression de tout céder, elle s’invente une monnaie commune qui est inexplicable et qui sème le trouble sur sa stratégie économique et le doute sur sa capacité à mettre en place un nouveau système de confiance. Ce qui est encore un peu plus troublant, c’est que ses lieutenants essaient maintenant de nous expliquer que c’est du pareil au même. Ce qui n’est pas vrai, la monnaie commune finira par cannibaliser la monnaie française et la déprécier. Pour les Français, ces affaires de monnaies sont trop sérieuses pour les laisser aux mains de gens qui ne savent pas compter. Si les Français avaient le choix entre un franc dévalué et un euro commun solide, ils n’hésiteraient pas longtemps

La deuxième raison qui annonce la fin de l’euroscepticisme est très certainement la pédagogie qui avait été faite par François Fillon et Alain Juppé. Tous les deux étaient fermes sur l’appartenance de la France à l’Union européenne. Conscients des dysfonctionnements, mais convaincants quand il s’agissait de reconnaître les défauts pour mieux les corriger.

La pédagogie d’Emmanuel Macron porte sur les opportunités offertes par la mondialisation et le libre échange et sur les sécurités monétaires. Quand Emmanuel Macron explique aux ouvriers de Whirlpool que l’usine voisine de Procter emploie 1000 personnes qui travaillent pour l’Europe toute entière, et quand Amazon embauche 1500 salariés à quelques kilomètres d’Amiens, c’est plus parlant pour les personnels et leurs syndicats que des selfies réalisés à la va-vite sur le parking de l’usine.

La troisième raison vient du comportement des syndicats de salariés, la CFDT en tête, mais aussi la CGT et FO, qui savent et qui ont expliqué que l’industrie automobile française a retrouvé son lustre grâce aux accords de compétitivité signés chez Renault et chez Peugeot Citroën. Les syndicats expliquent eux-mêmes que plus de 4 millions d‘emplois dépendent d’activités étrangères. 

Quant aux grands patrons du Cac 40, qui viennent de clore la saison des assemblées générales, ils ont expliqué à leurs actionnaires que les résultats étaient exceptionnels, mais essentiellement grâce aux activités développées à l’étranger (plus de 80%) et particulièrement dans les pays émergents. 

La quatrième raison, ce sont les taux d’intérêt. Les Français ont commencé à comprendre que si les taux d’intérêt sont aussi bas, qu’ils peuvent donc emprunter pour se loger - les acquisitions de logements ont cette année retrouvé leur niveau d’avant la crise - c’est parce que les endettements français sont garantis par l’appartenance à l’Union européenne. C’est la solidité de l’Allemagne et de toute l’Europe du nord qui apporte aux créanciers les garanties quand les pays du sud, dont la France, empruntent. Merci la Banque centrale européenne

Plus grave, les Français se doutent bien que si l’on ne trouvait plus d’argent aussi facilement, la dette publique serait plus difficile à financer et dans ce cas, c’est le contribuable qui serait sollicité

La cinquième raison nous vient de l’étranger. Après 100 jours de pouvoir gagnés par des promesses populistes, Donald Trump n’a réussi aucun de ses projets, sauf ceux qui vont permettre aux riches de devenir plus riches encore. Par ailleurs, l’exemple britannique n’est pas très probant. Theresa May a beaucoup de mal à démarrer la négociation qui enclencherait le Brexit. Elle a surtout beaucoup de mal à obtenir des Européens de pouvoir conserver les avantages qu’elle retirait de son appartenance à l’Union européenne. Du coup, les anglais commencent à se dire qu’ils ont sans doute mal voté. Les Européens, de leur côté, n’ont aucun intérêt à faire de cadeaux aux Anglais qui refusent d’appliquer les règles de l’Union. La Grande-Bretagne n’étant pas dans l’euro, le divorce n’aura pas beaucoup d’effet systémique. La City de Londres et l’industrie britannique en revanche commencent à perdre des débouchés

Theresa May qui était partisane du Brexit sans y croire, va sans doute faire le job, mais si le Parlement, qui va être remanié par anticipation en juin, pouvait lui donner une clef pour sortir du piège, elle ne la refuserait pas.