A Davos, le FMI met en garde contre les nouveaux risques de crise mondiale

Le symposium annuel de Davos ouvre ses portes ce soir avec des prévisions du FMI calamiteuses et une présence record des Français.

Il va falloir que les participants à la session 2016 de Davos aient la tête bien accrochée parce que les avertissements du FMI contre une nouvelle crise mondiale ne sont pas fantaisistes : la Chine, le durcissement des politiques monétaires, et la déflation.

Comme chaque année à cette époque, la station la plus chiquissime de la Suisse va voir débarquer son contingent de dirigeants d’entreprises, de chefs d’état et de gouvernement ; sans parler de quelques stars du rock comme Bono du groupe U2, un habitué… Et beaucoup d’autorités religieuses y compris des représentants de l’islam.

La délégation française va arriver ce week end en très grand nombre puisque plus 70 chefs d’entreprises se sont inscrits moyennant un budget assez conséquent (environ 70 000 euros pour le week end) et évènement exceptionnel, les membres du gouvernement français (qui ne paient pas, eux) vont venir nombreux puisque Manuel Valls lui-même sera présent parmi les grands de la planète, les banquiers, les traders et les industriels. Des gens qui n’étaient pas fréquentables il y a trois ans, mais auprès desquels il convient aujourd’hui d’être vu.

C’est la première fois que des socialistes viennent aussi nombreux. Auparavant, ceux qui venaient se cachaient, craignant d’être accusés de pactiser avec « le diable du capitalisme le plus débridé ». Il fallait s’appeler Dominique Strauss-Kahn pour venir sans masque à Davos. Les représentants de la droite, hormis Nicolas Sarkozy,  ont toujours renoncé à venir se compromettre ainsi. Trop bling-bling  dans doute ? Tout cela sentait bon l’opposition à la mondialisation. Tout a changé. Tant mieux.

Cette année, Manuel Valls va venir dans la station, et considérant que c’est désormais très politiquement correct, il va prendre la parole en séance plénière comme Angela Merkel ou David Cameron.

Tout le monde attend de savoir si le Premier ministre français parlera en anglais, la langue officielle de Davos et si oui avec quel accent. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel pour lui est  de démontrer aux étrangers l’attractivité de la France et d’indiquer aux investisseurs, cuvée 2016 qui est évidemment placée sous le signe du terrorisme, que le gouvernement français n’a pas qu’Emmanuel Macron à présenter au rayon de la modernité. Parce qu’à Davos, la vraie vedette européenne sera Emmanuel Macron s’il n’annule pas au dernier moment pour ne pas faire d’ombre à son Premier ministre. Compliqué la politique.

Toujours est-ils que la semaine dernière François Hollande a reçu à déjeuner tous les participants français de Davos pour s’inquiéter de savoir dans quel état d’esprit ils allaient prêcher la bonne parole française. Le président de la République n’a pas été déçu du voyage. Tous les patrons français ont dit et répété que la France n’était pas à la hauteur des enjeux de la mondialisation.

C’était d’autant plus stressant que les risques de re-crise s’accumulent  à nouveau. Davos 2016 sera place sous la menace terroriste mais a priori, on ne s’inquiète pas trop. Davos est super protégé, la station de montagne est difficile d’accès, et la Suisse n’est pas la cible des terroristes de Daech. La république islamiste a besoin, soyons cyniques, de plateforme de paiement et la Suisse en fait partie. Donc a priori on épargne la Suisse.

Ceci étant, la thèse des organisateurs de Davos est de dire que le terrorisme international aussi trouve ses racines dans les inégalités économiques et les dérèglements. Cette thèse qui est défendue par Emmanuel Macron, ne l’est pas par Manuel Valls. Ceci étant personne ne le croit capable de venir expliquer que la croissance équitablement répartie est inutile à la paix dans le monde. La thèse qui sera développée à Davos par Manuel Valls vaut d’être décryptée.

Davos ouvre ses travaux avec les prévisions de FMI qui ont été rendues publiques mardi soir et qui jettent un froid sur l’optimisme de commande qui avait dominé les travaux préparatoires.

D’abord le FMI révise à la baisse de 0,2% la prévision de croissance mondiale pour 2016  à 3, 4 % … et de 3, 6% en 2017. C’est la croissance moyenne ce qui veut dire que certains pays et non des moindres vont retomber en stagnation, voire même en récession.

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Ensuite, le FMI sonne l’alarme sur la situation chinoise. C’est désormais le risque majeur sur la planète aujourd hui. La croissance chinoise qui était de 6, 9% en 2015, après une vitesse de croisière 7,3 % en 2014  est encore révisée a la baisse pour 2016.

Depuis 24 heures, les marchés financiers ont assez peu réagi à cette mauvaise nouvelle parce qu’ils l’avaient intégrée.

Ceci dit, le FMI a déjà engagé Pékin à réagir assez vigoureusement à ce ralentissent en relançant le secteur des services et de l’investissement. Le problème chinois est techniquement soluble mais son impact politique est plus compliqué à résoudre. Le gouvernement ne sait pas gérer un tel ralentissement qui crée du désordre dans les population urbaines en quête de travail et bloque le processus de transfert de population des campagne vers les villes. Avec un autre problème, c’est que la population vieillit, donc elle épargne et elle joue en bourse ou sur l’immobilier. Les deux bulles,  l’immobilier et la bourse risquent  d’éclater. Ce qui sèmerait la panique sur toutes les autres bourses du monde. Quoi faire ? Le Fmi n’a pas d’autre solution que de mettre en garde les autorités chinoises. Ce que Christine Lagarde fera vendredi en rencontrant le ministre chinois des finances et le très puissant président de la banque centrale chinoise dont le sport favori est devenu la dévaluation de la monnaie. Ce qui n’arrange pas les affaires des autres économies. La Chine n’est plus un pays émergeant. Elle fonctionne désormais comme une économie mature qui n’a pas encore trouvé les clefs du processus démocratique.

Enfin, dernier point fort mis en lumière par le FMI, l’aversion au risque dans toutes les économies occidentales. Les investisseurs ont peur de l’innovation. ils raisonnent à très court terme alors que l’ampleur des endettements nécessiterait une réflexion à long terme, parce que les solutions à la dette ne peuvent exister qu’à long terme. S’ajoute à ce risque délai que fait courir le changement de pied de la réserve fédérale américaine qui n’a pourtant pas d’autres choix que de commencer à relever les taux. Une économie ne peut pas vivre à taux zéro (d’où la disparition des risques), une économie peut difficilement et durablement vivre avec des taux zéro.

Le Fmi considère que la baisse des prix du pétrole est une chance pour tous les pays consommateurs de pétrole. A deux conditions :

Un : que cette baisse des prix n’exonère pas les nations de surveiller leur équilibre écologique et de développer le potentiel d’énergie renouvelable.

Deux : qu’on réussisse à gérer s troubles géopolitiques que la baisse des revenus pétroliers pourrait entraîner. Cette baisse historique des prix du pétrole s’explique par un décalage entre l’offre et la demande. Elle s’explique aussi par des rapports de force au moyen orient qui sont en train de changer.