A J-5, Angela Merkel donnée gagnante, mais l’avenir de l’Europe va dépendre de la coalition gouvernementale. 3 scénarios possibles.

Aucune surprise attendue sur l’issue des élections allemandes pour Angela Merkel. Elle sera réélue. Mais elle sera obligée de former une coalition pour gouverner et là, c’est encore la grande incertitude.

 

Les élections allemandes qui auront lieu dimanche ne laissent aucun doute sur le nom du prochain chef de gouvernement. Angela Merkel sera réélue sans l’ombre d’un doute. Elle a déjà plus de 10 points d’avance dans les sondages. Mais si Angela Merkel est assurée de retrouver son fauteuil, personne n’est capable de dire avec quelle coalition gouvernementale elle pourra gouverner.

A 5 jours des élections allemandes, les enquêtes d’opinion donnent un état des lieux assez précis.

  • La CDU, le parti chrétien démocrate d’Angela Merkel, obtiendrait 38% des intentions de vote ;
  • Le SPD, le parti social-démocrate que dirige Martin Schulz, est tombé à 20% des intentions de vote, alors qu‘il était favori l’année dernière en profitant du trou d’air subi par la chancelière qui s’était pris les pieds dans la gestion du dossier des migrants ;
  • Le parti AFP, très anti-européen, arriverait en 3e position avec 11% ;
  • Le parti libéral FDP drainerait 10% ;
  • Les verts auraient 7% des intentions de vote.

 

Si personne ne pense qu’Angela Merkel puisse rater la chancellerie, beaucoup prévoient qu‘elle n’aura pas de majorité absolue pour gouverner. La question de former une coalition gouvernementale va donc se poser comme souvent en Allemagne. Et en Allemagne, la coalition se forme sur la base d’un programme de gouvernement. On va donc assister à une série de négociations entre les différents partis éligibles à la coalition et au bout de cette négociation, on aura un gouvernement, avec un programme précis et une majorité pour le voter. Pour les marchés, pour la politique européenne et pour les partenaires européens, ce qui est important, c’est moins la reconduction d’Angela Merkel que la politique qui résultera de la coalition.

 

Le rapport des forces offre trois possibilités de coalition. Trois scénarios possibles.

 

1er scénario possible : la reconduction de la coalition CDU/SPD. L’alliance entre le parti d’Angela Merkel et le parti de Martin Schulz. Si c’est le cas, le parti de gauche va exiger une inflexion très nette de la politique économique de l’Allemagne par une redistribution plus forte des revenus intérieurs, plus de consommation interne, plus d’investissement. Donc moins de pressions sur le commerce extérieur, moins d’exigences. Moins de rigueur. C’est le credo de Martin Schulz qui a toujours expliqué que si l’Europe de la zone euro était bancale, c’est parce que l’Allemagne ne participait pas assez à la solidarité européenne.

Une coalition CDU/SPD permettrait à Angela Merkel d’avoir une majorité absolue, mais l’obligerait à mettre un peu de « social, de consommation intérieure et de solidarité » dans son logiciel. Ce qui lui permettrait de mettre en œuvre plus d’intégration au niveau de la zone euro, de défendre l’idée d’un ministre des finances en Europe, de démarrer un chantier d’harmonisation fiscale entre la France et l’Allemagne. Bref, Angela Merkel pourrait s’entendre avec Emmanuel Macron sur une réforme de l’Europe, sans toutefois aller jusqu'à accepter une mutualisation des dettes.

Le seul problème dans cette coalition est que le parti socialiste n’est pas favorable à reconduire un bail qui ne lui est d’aucun bénéfice au niveau électoral. Pour préserver leurs bastions locaux, les socialistes allemands sont très tentés de passer dans l’opposition.

 

2e scénario possible : une coalition avec le parti libéral FDP, ce qui donnerait un programme de gouvernement beaucoup moins européen, beaucoup plus replié sur l'Allemagne et par conséquent plus difficile à vivre pour les partenaires. Avec le parti libéral, Angela Merkel aurait du mal à faire évoluer le fonctionnement de l’Europe vers plus de solidarité et d’intégration. C’est une Europe et un gouvernement qui plairaient aux eurosceptiques allemands et aux britanniques qui sont embourbés dans leur Brexit. D’autant qu’elle serait obligée dans ce cas d ‘accepter aussi la présence du petit parti franchement anti européen, le AFP.

La probabilité de voir cette coalition est faible.

 

3e scénario : une alliance avec les verts. Alors, une coalition avec les verts serait intéressante parce qu’ils ont le projet le plus européen, le plus social, le plus favorable à une réforme de la zone euro. Un budget, une fiscalité, une unification, des projets d’investissement et sociaux... Bref du super Macron.

Le problème est que la coalition CDU /les Verts ne sera pas suffisante pour obtenir une majorité de gouvernement. Angela Merkel serait obligée de tendre la main aux libéraux FDP, qui eux, sont plus réservés sur l’Europe . Par conséquent, la cohabitation avec les verts au sein d’un même gouvernement risque d’être compliquée.

Ce troisième scénario est donc peu probable. La chancelière aura peu de choix finalement.

Sauf que, si elle ne réussissait pas à faire un nouveau compromis avec Martin Schulz, celui ci reprendrait  son indépendance, la chancelière sera bien obligée d‘imaginer une autre solution. Les milieux d’affaires allemands n’ont guère d’inquiétude. Elle trouvera la solution. Elle a toujours trouvé une solution. N’est-elle pas arrivée en 2005, il y a 12 ans ? C’est sans doute la dirigeante occidentale qui a la plus longue longévité, bien décidée à entamer et terminer son 4e mandat.