A. Kraft – Sotheby’s: «La chasse aux riches du gouvernement a une conséquence sur nos affaires »

Le gouvernement a finalement renoncé à la taxation de 75% promis par le candidat Hollande. Une nouvelle mal accueillie dans les rangs du PS, mais qui réjouit les professionnels du luxe. C ‘est le cas de Alexander Kraft, le PDG de Sotheby’s International Realty France-Monaco, un des leaders de l’immobilier de luxe de l’hexagone. Selon lui, « la chasse aux riches » initiée par le gouvernement décourage les investisseurs français et sème le doute chez les potentiels acheteurs étrangers.

Le gouvernement vient d’annoncer le retrait de son projet de taxe à 75%, c’est une bonne décision selon vous ?
Bien que beaucoup d’autres facteurs ont un influence sur le comportement des clients français sur le marche immobilier de prestige, le retrait du projet des 75 % pourrait effectivement aider a débloquer le marché de l’immobilier de luxe car c’était l’un des points les plus perturbants pour les décideurs aisés.

Pourtant, de nombreuses études ont montré le ralentissement du marché de l’immobilier de luxe en 2012. Avez-vous ressenti cette baisse ?
On peut dire que le marché a connu deux temps. Début 2012, le changement de la loi sur les plus values a boosté les transactions et ce, jusqu’à la fin du premier trimestre. Ensuite, la période des élections, puis le changement de gouvernement a ralentit le nombre de transaction sur le marché de prestige. C’est-à-dire les biens entre 500.000 euros et 2 millions d’euros. En cause, une incertitude ambiante et des vendeurs un peu gourmands. En revanche, pour les biens très haut de gamme, c’est-à-dire entre 2 millions et 20 millions d’euros, le marché est resté stable. En effet, les clients qui sont capables de s’offrir ce genre de biens sont prêts à mettre la somme s’il s’agit d’un bien vraiment unique.

Est-ce que cela veut dire que l’on va assister à une baisse des prix ?
Elle a déjà eu lieu. En fin d’année on a assisté à une baisse de 5% à 10% du prix moyen des transactions. Selon nos calculs, on devrait encore avoir 5% à 10% de baisse en 2013.

Ce ralentissement de l’activité est-il en lien avec le changement de majorité politique ?
Évidemment, le climat politique à une conséquence sur nos affaires. Cette « chasse aux riches » à laquelle se livre le gouvernement créer une atmosphère qui oblige beaucoup de nos clients à repousser leurs achats. Pas seulement du point de vue de l’aspect financier, impôts… c’est surtout l’image que l’on donne de ceux qui réussissent. Beaucoup me disent qu’ils repoussent leur achat car ils préfèrent se cacher. Pourtant, ce sont des avocats, des chefs d’entreprises, des médecins… Ils travaillent dur pour s’offrir ce genre de bien.

Cela peut-il avoir aussi un impact sur l’investissement étranger ?
Les clients étrangers ont toujours un intérêt  pour l’investissement dans la pierre française. Cela représente pour eux un investissement alternatif car le marché est plus stable par comparaison à des villes comme New-York ou Genève. Cependant, beaucoup de clients étrangers qui veulent investir en France se posent des questions. Notamment, les projets de taxation des résidences secondaires. Cela pourrait avoir des conséquences désastreuses pour nous.