A. Paluel-Marmont – Michel et Augustin : « En France, on gâche nos talents et nos ressources »

Augustin Paluel-Marmont est un homme pressé. Les rendez-vous s’enchainent à la Bananeraie. C’est ici que la PME qu’il a fondé avec Michel de Rovira a élu domicile en 2009. Elle abrite la cinquantaine de salariés qui concoctent les produits de la marque. Leur aventure, la plupart la connaisse. Elle commence dans la cuisine d’Augustin en 2004 avec ses premières fournées de biscuits « ronds et bons » vendus chez l’épicier du coin. Très vite la marque se développe avec de nouveaux formats et une gamme de yaourts à boire, puis des biscuits salés.

Tout comme les recettes, la communication de la marque est mitonnée avec précision : slogans décalés, packagings colorés et du buzz… toujours et encore.Une stratégie qui fonctionne puisque les deux copains ont su attirer le capital d’investisseurs réputés comme François Pinault ou Patrick Le Lay, l’ancien patron de TF1. Dans le hall, des acheteurs de chez Franprix attendent déjà, il faut faire vite. Tantôt assis, tantôt debout, Augustin bouge sans cesse en nous livrant son regard d’entrepreneur. Le trentenaire ne se prive pas aussi de tacler les politiques économiques des gouvernements successifs.

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Vous commercialisez depuis  quelques semaines une gamme de yaourts grecs. Pourquoi vous lancez-vous sur ce marché ?
Tout simplement parce qu’il n’existe pas aujourd’hui sur le marché français un vrai yaourt grec. Concrètement, le grec c’est quoi ? C’est un yaourt qui a une texture plus ferme. Sur le marché français, les acteurs traditionnels comme Danone et Nestlé enrichissent la recette avec des lipides pour le côté ferme. Donc du gras. Alors que le grec traditionnel est très enrichi en protéines pour le côté dense. C’est ce que l’on veut faire.

Est-ce aussi parce que c’est un produit très rentable à fabriquer ?
Pour notre recette de « vrai grec », il faut trois fois plus de lait pour obtenir ces protéines. Nous avons dû mettre en place un process d’ultra filtration assez peu utilisé en France. Donc tout ça fait, au contraire, que c’est cher à produire. Et puis nous sommes sur des volumes encore petits par rapport au marché. Ceci étant, il y aura une grosse phase pédagogie. On va devoir expliquer ce que c’est qu’un vrai grec et pourquoi on va le vendre cher. On le dit souvent en rigolant mais ce sera le yaourt le plus cher du marché !

«On va lancer 70 nouveaux produits en 2013»


Et pour la suite, quels nouveaux produits ?
On va capitaliser sur trois gammes. Le grec tout d’abord, que l’on va décliner en nature, miel, vanille, framboise et allégé. On va également accélérer sur les produits salés : des feuilletés apéritifs vont bientôt sortir et on va lancer des petits-beurre apéritif pour le mois de mai. Enfin, notre « Petit carré pas tout a fait carré » (biscuit sec au chocolat ndlr), qui cartonne en unitaire, va sortir en barre pour aller affronter directement les Mars, Nuts, Lion… mais sur une approche plus premium. En tout, on va lancer 70 nouveaux produits en 2013.

Faites-vous partie de ces entrepreneurs qui ont le moral dans les chaussettes ?
On a, dans notre raison d’être, un côté très optimiste. On est sur une offre alternative, différenciante et sur des marchés monstrueux. Notre PME a fait 18 millions d’euros de CA en 2012, on a de belles marges de progression. Par exemple, rien que le marché des yaourts pèse 2 milliards d’euros. Notre stratégie est simple, c’est d’être incontournable dans les 10 grandes villes de France en plus de Paris. On a également amorcé une vraie politique d’export. Donc l’environnement économique n’est pas pour nous un facteur très pénalisant. Je pense aussi qu’il ne faut pas se laisser influencer par le contexte. Je ne vais pas dire que l’on est sur une terre favorable à l’entreprise, mais je crois vraiment que l’énergie et le dynamisme de tout entrepreneur peut être capable de transcender le contexte actuel.

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« Aujourd’hui, on sait clairement que l’on a pu les moyens de notre modèle économique »


Et sur la politique économique du gouvernement ?
Ce que je trouve dommage, en tant que citoyen, c’est  de voir à quel point on gâche nos talents et nos ressources, simplement par un manque de volonté d’affronter la lucidité de notre société. Aujourd’hui, on sait clairement que l’on a pu les moyens de notre modèle économique. Il faut taper dans les dépenses et on est incapable de le faire. Je ne dis pas que c’est facile, je dis que l’équation est assez simple. Comme dans les entreprises, il faut injecter du bon sens, de la pédagogie en politique. Le problème, c’est que les hommes politiques, en général, n’ont aucun horizon à 30 ans. On nous prend un peu pour des gogos de service, dommage.

C’est-à-dire ?
Dans mon entreprise, je sais où je veux être dans 30 ans et je suis capable de mobiliser mes salariés pour aller au plus près de cet objectif.  On est très nombreux à faire beaucoup de sacrifices s’il y a un rêve. En politique c’est pareil. Je suis sidéré de voir que le temps politique n’est qu’un temps ultra-court avec la seule ligne de mire des élections pour se faire réélire.  On a bien vu que l’on a raconté n’importe quoi avant les élections pour se faire élire. Alors que je suis sur que les citoyens français que nous sommes sont capable de faire beaucoup de choses s’ils on nous les explique et si ils sont au service d’un projet pour la France à horizon 20/30 ans.

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« Avec l’histoire des 75%, je ne comprends pas à quel point on peut être dans la petite politique »

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Concrètement, quelles sont vos solutions ?
Je crois qu’il y a des mesures assez simples à mettre en place. Je suis pour un septennat unique, la fin du cumul des mandats. Je crois beaucoup aussi à l’émergence d’un homme de la société civile. Je pense à des mecs comme Louis Gallois ou Pascal Lamy, que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, mais ils sont au-delà de la politique bi-partisane.

Cela passe-t-il, selon vous, par une politique moins « anti-riche » ?
Oui, d’une certaine façon. Quand j’entends les histoires de 75%, je ne comprends pas à quel point on peut être dans la petite politique, dans la mesquinerie purement électoraliste. Évidemment que la prise de risques et le succès doivent être liés à une forme de réussite financière. On a besoin de gens qui gagnent de l’argent par leurs idées et leur travail, et puis, tant mieux pour eux.  Il manque en politique beaucoup d’authenticité, de sincérité.

Salon, émissions TV, presse… Vous faites partie des « stars » des entrepreneurs. Comment expliquez-vous cette image ?
Parce que notre aventure a un côté lisible… Tout est partie de ma cuisine, on parle de trucs pas très compliqués les gens comprennent. Je dirais que c’est en effet une réussite en termes de création de marque, d’état d’esprit mais la réussite est encore petite. Ce qui me fait plaisir c’est que notre aventure donne envie d’entreprendre. De la même manière que moi j’en ai eu envie grâce à des mecs comme Richard Bronson, Jacques-Antoine Granjon. Mes stars à moi ! Je pense aussi à Geoffroy Roux de Bézieux qui est extrêmement accessible et qui nous consacre du temps. Quand je lui envoie un  mail il est toujours là à me donner un conseil, à me mettre en relation avec les bonnes personnes.

Et dans 10 ans, vous vous voyez où et comment ? Riche ?
Riche, je ne sais pas parce nous n’avons pas envie de vendre la boîte. Notre objectif c’est que la marque soit diffusée largement en France et à l’étranger. Alors, on se voit ici une équipe plus grosse mais toujours aussi jeune, engagée et souriante.

Par Julien Gagliardi