A partir de maintenant, François Hollande va dormir pendant deux ans

Les milieux d’affaires français sont découragés. François Hollande a pris la décision politique de ne plus rien décider. C’est la seule façon pour ceux qui le conseillent de retrouver une chance d’être réélu. La question est désormais de savoir si Manuel Valls va, lui aussi, accepter de rester immobile.

Les milieux d’affaires français et européens sont, non seulement découragés, mais catastrophés. Ils savent depuis quelques jours que le président de la République a demandé à ses ministres d’arrêter tous les travaux de réformes susceptibles de déranger un segment de clientèle. On va donc faire voter en deuxième lecture la loi Macron, on termine de découper la loi Santé et on rabote la loi sur le dialogue social de François Rebsamen. Il n’y aura donc plus de grandes reformes présentées au parlement dans les deux ans qui viennent.

Tout se passe comme si le Président avait mis le pouvoir en vacances. Il ne fera rien pour redresser les finances publiques, pas question de braquer les fonctionnaires. Il ne fera pas la réforme de l’éducation nationale qu’il avait demandée à Najat Vallaud-Belkacem. Il n’interviendra surtout pas au niveau européen parce qu’il sait, où il croit, que les Français ont une peur fétide d’une Europe fédérale. Quant à la transition énergétique, il en parlera beaucoup mais il en fera le moins possible pour ne braquer ni les contribuables, ni les écologistes.

François Hollande va se concentrer sur trois domaines.

La politique intérieure et la lutte contre le terrorisme. Les Français veulent avoir le sentiment d’être protégés, donc on parlera beaucoup des risques d’attentats, de tous les attentats qui ont été déjoués au dernier moment grâce à l’habileté de nos gouvernants et du ministère de l’Intérieur. On parlera aussi de l’identité nationale pour faire plaisir à tous ceux qui de gauche sont allés au Front National.

La politique étrangère en lien avec le terrorisme. Le Président va donc passer beaucoup de son temps à surveiller la situation en Afrique, au Proche et Moyen-orient.

La politique politicienne va occuper le plus clair de son temps. Il va d’abord falloir gérer le congrès du PS et obtenir un rassemblement autour de la majorité présidentielle. Le ralliement de Martine Aubry a changé la donne. Reste à calmer les frondeurs. On y parviendra, ils n’ont pas d’autre choix. Apres le congrès du Parti socialiste, le Président va ouvrir des grandes manœuvres pour empêcher la tenue de primaires au PS, il va tout faire pour que sa candidature à la présidentielle soit légitime.

Le plus dur sera d’éviter une candidature du Front de gauche et du mouvement écologiste. Dans ce cas, la dispersion des voix au premier tour de la présidentielle met le Président en risque de ne pas être au second tour. Cela dit, les amis de François Hollande ne vont pas être absents du débat à droite. Leur objectif est bien sûr de faire les yeux doux aux centristes pour obtenir une candidature Bayrou, laquelle gênerait Nicolas Sarkozy pour s’imposer au deuxième tour face à Marine Le Pen.

Voilà en gros ce à quoi on peut s’attendre comme spectacle politico-politicien dans les mois qui viennent. La question est de savoir ce que vont faire les membres du gouvernement. La réponse est RIEN. Ils ne doivent rien faire surtout rien faire. C’est d’ailleurs tout à fait à la portée de la majorité des ministres, sauf que ça n’est pas forcément leur intérêt.

Michel Sapin va être obligé de donner des gages à Bruxelles si on ne veut pas que la France se fasse taper sur les doigts. Il va donc falloir trouver des astuces comptables pour présenter des comptes améliorés mais structurellement en déficit. Bref, il va devoir bouger en apparence pour que rien ne change.

Emmanuel Macron va être bloqué au niveau des vraies réformes libérales. Il peut s’en sortir en faisant croire aux milieux d’affaires et à Bruxelles qu’il reste l’homme des réformes et de l’entreprise dont on a besoin pour créer de la richesse.

Manuel Valls est dans une situation beaucoup plus problématique. Il avait participé aux primaires socialistes, il était donc présidentiable. Il a depuis conforté ce statut en se présentant comme le seul homme de gauche capable d’incarner une certaine modernité et capable d’assumer les mutations liées à l’Europe et à la mondialisation.

Le problème, c’est que ce statut passait aussi par son action politique de réforme. Manuel Valls, pour être crédible, doit prouver qu’il est capable de réformer le pays en cohérence avec les valeurs de gauche. En stérilisant l’action, le président de la République empêche Valls de démontrer son talent de réformateur.

Manuel Valls ne démissionnera pas avant la fin de son mandat. En revanche, il peut changer de registre politique et se placer davantage au service de la société civile et travailler à la sécurité comme il le faisait comme ministre de l’Intérieure plutôt que de se positionner comme le gouvernant au service de l’appareil économique chargé de promouvoir des réformes de performances que, de toute façon, le Président ne le laisserait pas faire.

François Hollande peut, avec cette stratégie, réunir toutes les cartes dans sa main avec un PS assez obéissant. Un premier ministre qui va prendre son mal en patience et une situation économique qui va s’améliorer alors qu’il n’y est pour rien. La France va profiter de la reprise en Europe.

François Hollande a beaucoup de chance. Trop peut-être pour mériter d’en toucher les dividendes. Ceci étant, la conjoncture peut aussi nous apporter de mauvaises surprises. L’Europe n’est pas à l’abri d’une nouvelle secousse venue de Grèce. La France n’est pas à l’abri d’un retournement des taux d’intérêt. François Hollande a beaucoup de chance, mais il ne les a pas toutes.