« Achetez français ! » Arnaud Montebourg rêve, une fois de plus

Par Jean-Marc Sylvestre. S’il suffisait qu’un ministre de la République vienne à la télévision pour dire qu’il faut acheter français pour que ça marche, ça se saurait non ? Surtout, il y a longtemps qu’on aurait réquisitionné les membres du gouvernement pour arpenter les plateaux TV. Arnaud Montebourg passe plus de temps à se vendre dans les médias qu’à vendre les produits français. Quand il fait la pub d’Armor Lux, c’est bien pour lui, et accessoirement pour la marque française. Jean-Guy Le Floch l’a bien compris. La vraie question, c’est de savoir pourquoi un consommateur français achèterait français. Le consommateur achète pour satisfaire un besoin ou une demande en fonction de son budget. En clair, il achète ce dont il a besoin ou envie en fonction de la qualité du produit, de sa disponibilité et de son prix. Quand il achète à l’étranger, c’est parce qu’il ne trouve pas l’équivalent en prix et qualité en France.  Donc, pour qu’il achète français, il faut lui offrir des produits compétitifs. Arnaud Montebourg a ce quelque chose d’énervant d’inciter à acheter des produits plus chers. Conseiller de le faire, c’est prendre les Français pour des imbéciles. La ménagère sait où est son intérêt.

Le rôle de M. Montebourg n’est pas de sermonner les consommateurs et de les culpabiliser s’ils achètent des articles chinois ! Le rôle d’Arnaud Montebourg, c’est de créer les conditions pour que des entreprises françaises, localisées en France avec des emplois français, aient intérêt à satisfaire cette demande. C’est-à-dire produire un niveau de qualité et un niveau de prix compétitifs. Comme toujours, on retombe sur des grands classiques de l’économie d’offre. Notre ministre du Redressement Productif prend l’exemple des produits « bio », que le consommateur accepte d’acheter plus cher. Il explique que le consommateur pourra acheter français par patriotisme. Le raisonnement est complètement erroné. La demande du bio ne s’exerce pas pour faire plaisir aux écologistes ou signifier une quelconque solidarité idéologique avec cette famille politique. La demande « bio » existe parce que le consommateur est convaincu qu’ils offrent des garanties supérieures de qualité. Les produits « bio » racontent  une histoire qui s’appuie sur une réalité technique. Cela dit, les productions alimentaires biologiques restent marginales et sont captées par une clientèle qui possède un pouvoir d’achat supérieur à la moyenne.

Qu’on se le dise, Arnaud Montebourg ne parviendra pas avec ses petits bras, certes musclés, à obliger des consommateurs à acheter ce qu’ils ne souhaitent pas acheter ou ce qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter. Comme l’Etat ne pourra pas subventionner l’ensemble de la consommation, un ministre ne peut que donner des incitations à produire. On peut d’ailleurs s’étonner qu’avec une telle ambition, le ministre du Redressement Productif passe plus de temps à défendre les entreprises en difficulté qu’a aider les jeunes pousses à croître. Surprenant qu’Arnaud Montebourg se soit opposé avec tant de vigueur à l’abaissement des charges qui pèsent sur le coût du travail et son transfert sur la TVA. L’abaissement des charges baissait le prix de produits français et l’augmentation de la TVA augmentait le prix de produits étrangers. On avait alors une petite chance que les consommateurs regardent de plus près les produits Made in France.