Air France tombe dans l’œil du cyclone social. Air France n‘est pas immortelle, contrairement à ce que croient les pilotes.

Pour sauver Air France, il existe deux solutions : faire appel à l’Etat en demandant au contribuable de payer l‘addition ou alors faire appel à des actionnaires étrangers. 

 

La situation à Air France est devenue inextricable et la réalité, c’est que la compagnie, qui était en voie de redressement s’est mise en risque devant la concurrence. Contrairement à ce que beaucoup de personnels croient, Air France n’est pas immortelle. 

Le transport aérien est en situation de concurrence très dure. Le pétrole coute cher, pour tout le monde, à l’exception peut être des compagnies du golfe. Les avions coutent chers, les conditions de sécurité coutent chères et les droits d’atterrissage coûtent chers. 

La seule variable sur laquelle peuvent jouer les compagnies pour survivre et pour se développer se situe dans la gestion du personnel. Un équilibre entre le cout en salaires et la qualité de services qui fidélise la clientèle. 

Air France a fourni un effort considérable pour se redresser et surtout pour éponger son endettement. L’effort est tel que les résultats de l’exercice ont été plutôt satisfaisants, à tel point que certaines catégories de personnes (les pilotes en particulier) ont demandé à participer à ces résultats sous forme de rattrapage de salaires. 

Le message a été entendu sauf que pour la direction, les frais de personnel sont encore presque 10% supérieurs à la moyenne de ce qui se passe dans les autres compagnies. Ne parlons pas des low cost qui, avec un modèle très sobre, réussissent à drainer une grande partie de la clientèle nouvelle. 
La direction a toujours pensé que Air France n’était pas sortie des zones à risque. Il lui fallait reconstituer des réserves et financer des investissements pour affronter la concurrence et surtout, pour amortir une crise internationale comme en 2008 et 2009, qui a collé au sol bien des compagnies. 

Le conflit est donc né de cette incompréhension.

Le problème, c’est que maintenant, la compagnie a perdu beaucoup d’argent, près de 300 millions d’euros, pratiquement l’équivalent de ce qu’aurait couté l’ajustement des salaires réclamé. 

Comme il s’y était engagé, le PDG a présenté sa démission après les résultats du referendum, mais ce départ ne règle rien.Il met les actionnaires dans une situation un peu embarrassante. Et comme l’Etat français est encore un actionnaire important bien que minoritaire, il va lui falloir trouver l’oiseau rare. Le manager qui connaitrait bien le transport aérien mais qui en plus va devoir affronter cette fronde sociale. Pas facile. 

Pas facile parce que si Air France n’est pas menacé, Air France, dans son identité actuelle, n‘est pas immortel. 

 

Il faudra bien poursuivre le plan stratégique, retrouver des moyens de se développer et financer le gâchis de la grève. 

C’est au conseil d’administration de trouver une solution et au seuil de ce conseil, ça sera à l’Etat de donner le là. 

Deux solutions : ou l’Etat accepte de reprendre le lead et de reprendre une participation financière. Mais c’est évidemment le contribuable qui devra payer. 

Si l’Etat refuse de mettre la main à la poche, les autres actionnaires très minoritaires, les concurrents vont se frotter les mains. Ils peuvent faire le pari que cette crise va éliminer un concurrent.De nombreuses compagnies ont disparu depuis dix ans et personne ne les a pleurées, hormis les personnels. Et si on avait une preuve qu’Air France n’est pas éternelle, c’est que Alitalia, la première compagnie italienne, ne l’est pas autant. Elle avait été privatisée il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui, elle a le choix entre le rachat par les allemands de Lufthansa, ou de se transformer en compagnie low-cost en acceptant le deal d’Easyjet. C’est la deuxième solution qu’aurait Air France et elle ne fait évidemment pas rêver les personnels.

 

Face à la Lufthansa, à la British Airways, ou à KLM, Air France aura du mal à tenir la comparaison. D’autant que le marché aérien est mondialisé, les compagnies low-cost, les long-courriers d’origine asiatique ou du golfe ont beaucoup d’appétit et de moyens.

La solution d’avenir existe forcément au sein du capital, au sein duquel existent des concurrents potentiels : des chinois, des américains et évidemment des hollandais. 

A titre d’information, le capital d’Air France se répartit de la façon suivante : 

 

 

Gouvernement français  14,3%

 

Delta Air Lines, Inc. 8,76%

 

China Eastern Airlines Corp. Ltd. 8,76%

 

Air France Klm Employee Stock Ownership Plan  3,92%

 

Natixis Asset Management SA  2,79%

 

Capital Research & Management Co. (World Investors) 2,15%

 

DNCA Finance SA 1,38%

 

Norges Bank Investment Management 1,24%

 

The Vanguard Group, Inc. 1,19%

 

Dimensional Fund Advisors LP 1,15%

  

Des compagnies étrangères donc, ainsi que des fonds d’investissement. Pas sur que le syndicat des pilotes puisse trouver une oreille plus attentive à ses revendications que la direction actuelle. A la crise sociale, Air France n’était pas obligée d’y ajouter une crise de gouvernance.