Alain Lambert à Bernard Cazeneuve : « Surtout ne lâche rien ! Pas un euro ! »

Ébranlé par le départ forcé du ministre du Budget Jérôme Cahuzac et son remplacement par Bernard Cazeneuve, le gouvernement se trouve de plus en plus dans une situation délicate. Toujours tiraillé entre les promesses de campagne du Président Hollande et les contraintes de la réalité économique. Et comme les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules, c’est S&P qui en a remis une couche hier soir et publiant une étude alarmante. L’agence de notation estime que, sans réforme, la dette de la France dépassera 200% du PIB en 2050. Pour l’ancien ministre du Budget, Alain Lambert, peu importe les péripéties gouvernementales, c’est avant tout le cap de la réduction du déficit public qui doit être tenu.

Ébranlé par le départ forcé du ministre du Budget Jérôme Cahuzac et son remplacement par Bernard Cazeneuve, le gouvernement se trouve de plus en plus dans une situation délicate. Toujours tiraillé entre les promesses de campagne du Président Hollande et les contraintes de la réalité économique. Et comme les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules, c’est S&P qui en a remis une couche hier soir et publiant une étude alarmante. L’agence de notation estime que, sans réforme, la dette de la France dépassera 200% du PIB en 2050. Pour l’ancien ministre du Budget, Alain Lambert, peu importe les péripéties gouvernementales, c’est avant tout le cap de la réduction du déficit public qui doit être tenu.

Une étude de S&P indique que, sans réforme, la dette de la France dépasserait 200% du PIB en 2050. La politique économique actuelle du gouvernement peut-elle changer la donne ?
Je crois que l’adoption récente du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et l’accord entre partenaires sociaux sur le marché du travail délivrent des signaux encourageants. Les gouvernements successifs n’ont pas su suffisamment tenir la dépense pour assainir les finances publiques. Le gouvernement semble privilégier la hausse d’impôts à la baisse de la dépense, ce qui est très risqué à moyen terme pour notre compétitivité et la croissance. Les efforts de réduction du déficit doivent donc se poursuivre et s’accélérer, en se concentrant sur les dépenses improductives, ce qui n’handicapera pas la croissance.

La démission de Jérôme Cahuzac fragilise-t-elle le programme de réduction des dépenses, qui commençait à voir le jour ?
Le ministre du Budget applique la politique du gouvernement, je connais le job, il n’y a donc aucune raison pour que les choix politiques changent. Mais bien sûr, quand il s’agit d’arbitrages à réaliser ou de mesures impopulaires à prendre, les questions de caractère, de tempérament ont leur importance. Si les ministres qui consomment 80% des ressources à 3 ou 4 ne jouent pas la solidarité, le redressement est impossible.  Et puis, les problèmes de la France sont parfaitement identifiés : incapacité à maitriser les dépenses, fragmentation de l’action publique entre l’État, la protection sociale et les collectivités locales. Des administrations centrales qui dansent sur le volcan du déficit et de la dette. Il faut remettre de l’ordre dans tout cela.

Le choix de Bernard Cazeneuve au Budget est-il un bon choix ?
Je trouve que oui, mais je ne suis pas très objectif car nous nous connaissons bien. Il est calme, réfléchi et responsable. Son autre avantage est d’être un bon connaisseur des questions européennes, alors même que la France doit respecter ses engagements européens, elle est en train de négocier avec Bruxelles son niveau de déficit pour 2014. Les enjeux de nos finances publiques ne peuvent plus se placer en-dehors d’une perspective européenne. Sur son compte Twitter il a écrit qu’il aura « la fermeté nécessaire ». Il lui en faudra pour faire face aux demandes des ministères gestionnaires. Comme nous nous connaissons depuis longtemps, je puis me permettre de lui dire surtout ne lâche rien ! Pas un euro !

Quelles vont être ses « défis » ?
Il y en exclusivement deux : Ne pas céder aux demandes dispendieuses des ministères. Etre ferme avec discernement. Mais surtout obtenir enfin le pilotage entre ses seules mains de tous les comptes publics : État, protection sociale et collectivités locales. C’est la condition sine qua non de la réussite.