Alain Madelin : « La peur des délocalisations n’est pas fondée ! »

Arnaud Montebourg présentera en fin de semaine une série de mesures « pour inciter des entreprises à relocaliser en France ». Une annonce qui intervient alors que Michelin a annoncé, ce weekend, 700 suppressions de postes. Selon le ministre du Redressement Productif, « un mouvement se dessine chez les producteurs qui refont leurs calculs après les années de délocalisation outrancière ». Pour l’ancien ministre de l’Économie, Alain Madelin, la clé de la relocalisation passe par deux ingrédients : du capital et des robots.

+

Arnaud Montebourg présente vendredi des mesures de relocalisation. Peut-on vraiment relocaliser en France ?
Tout d’abord il faut bien dire que la peur des délocalisations n’est pas fondée et la désindustrialisation est toute relative. Si on regarde les chiffres, nous n’avons pas une désindustrialisation plus grande que celle des autres grands pays, elle est surtout liée à la montée de la part du tertiaire dans l’économie, mais aussi au fait que beaucoup d’activités qui étaient hier à l’intérieur de l’entreprise industrielle sont, aujourd’hui, en  voie d’externalisation. Indiscutablement les Chinois peuvent faire des choses moins chères que nous, c’est vrai. Mais tout ce qu’ils font, on se rend désormais compte que nos machines peuvent le faire. On est donc face, depuis quelques temps, à un phénomène de « robot-localisation » : La part de la machine augmentant à l’intérieur des chaînes de production, il y a des tas d’activités que vous pouvez faire en France dès lors que vous baissez le coût de la main d’œuvre grâce à la machine.

Quels sont les ingrédients pour faire « revenir » des entreprises en France ?
Il faut faire des relocalisations liées à la modernisation de nos usines : l’entreprise Toyota montre qu’en France on peut-être très compétitif, mais surtout que la relocalisation d’activités industrielles passe par le fait d’avoir un régime du capital extrêmement avantageux. C’est le contraire de ce qui est fait en matière de politique fiscale actuellement. Donc la vraie solution consiste à augmenter d’urgence la productivité des salariés pour les mettre à leur niveau de leur salaire ! Tout ce qui a été fait jusqu’à présent comme le CICE ne sert à rien. Pour une voiture, il représente 30 ou 60 euros d’économie à la sortie dans une usine française. Croyez-vous que cela suffit à attirer de nouveau les investisseurs ?

Robotisation, temps de travail, capital… Une politique pas vraiment « de gauche ». Que peut faire Arnaud Montebourg ?
Il doit comprendre que si l’on veut produire en France cela doit passer par des investissements massifs et des robots. On a besoin de robots ! Je crois surtout que ce qui est tabou à gauche, c’est l’idée ancrée que les Chinois et les robots prennent le travail des Français. Ca n’a pas de sens ! L’économie est faite de ces peurs mais dès qu’on les surmonte, on s’aperçoit que des secteurs à forte valeur ajoutée entrainent l’ensemble de l’économie et génèrent une économie créatrice d’emploi. Le robot de l’entreprise Dupont crée de l’emploi dans l’entreprise Durand. Il faut donc qu’Arnaud Montebourg  annonce des mesures favorables au capital, c’est la clé.

Julien Gagliardi