Alexandre Bompard chez Carrefour : c’est le monde du grand business parisien qui a découvert son « Macron»

Alexandre Bompard s’est installé cette semaine aux commandes de Carrefour, le numéro 2 mondial de la distribution. Sa mission, révolutionner le secteur du commerce de masse.

Il y a du Macron chez Bompard. Il y a du Jupiter chez lui . Alexandre Bompard est jeune, brillant, énarque, attachant parce que charmeur et charmant. Tout comme Emmanuel Macron, il aurait pu monétiser son cursus comme haut fonctionnaire international, ou tenir le pouvoir de l'ombre qui pouvait s ‘offrir à lui dans les cabinets ministériels, ou même faire fortune dans la banque d’affaire. Comme Macron. Mais tout comme lui, il est habité d’une obsession,  faire bouger ce pays qui s’asphyxie dans des structures héritées de mai 1968. Et tout comme Macron il a le goût du risque et de la transgression. Peut-être que parce qu’il sait que seule la rupture est source de progrès.

Toujours est-il que cet énarque, bon chic bon genre, va mener une carrière tambour battant que personne n’aurait pu lui prévoir. Comme pour Macron.

Cette semaine, il a pris les commandes de Carrefour alors que son prédécesseur avait préparé un dauphin issu de l’interne. Pour préserver le modèle sans doute. Bompard, lui, a convaincu les « électeurs », ou plutôt les actionnaires qu‘il fallait tout changer, s’adapter au monde et ne pas attendre de changer le monde sinon, on perd la partie et on disparaît.

 

Alexandre Bompard a toujours pris des paris professionnels impossibles. Très vite à la sortie de l’ENA, promotion Cyrano de Bergerac, ça ne s’invente pas ! Il entre à l’Inspection des Finances, va mettre son nez dans un cabinet ministériel, celui de François Fillon aux affaires sociales, mais il y reste peu de temps. Sa passion c’est le sport, le tennis qu’il pratique et le football qu’il suit depuis son enfance quand son père l‘emmenait au club de Saint-Etienne dont il a été le président.

Alexandre Bompard va donc s’éloigner des salons du pouvoir politique et entrer à Canal Plus, la chaine du sport, où il rencontre son mentor, Bertrand Méheux, lequel en aurait bien fait son successeur à la tête du groupe Canal et de Vivendi. Mais les actionnaires, comme on sait, en ont décidé autrement.

Au bout de quatre ans, Alexandre Bompard a compris qu’il n’y avait pas d’issue. Il va donc filer vers d’autres risques. L’Europe est en difficulté, ça lui va. Mais comme en politique, ça ne sera pas facile de remuer les vieilles gloires qui s’accrochent dans les médias. Pas facile sauf qu’il parviendra à rajeunir la vitrine et à redresser l’audience. Alors le tout Paris qui chante, qui cause et qui compte ne va parler que de ce jeune homme, François Pinault prend son téléphone et lui propose la Fnac. A ce moment là, la Fnac, c’est un chef d’œuvre des années 70, mais en péril. La Fnac étouffe sous la pression du E-commerce. Pinault ne sait pas quoi faire. Alors il donne carte blanche à Bompard. Et Bompard va relever ce défi. Les clients n’achètent plus de DVD ou de CD, mais ils continuent d’écouter de la musique. A partir de 2015, Alexandre Bompard va révolutionner la FNAC sans abimer l’ADN de la marque qui reste très forte. La transformation est radicale. Le mode de distribution des livres et des DVD, le modèle économique, les magasins, tout change et s’adapte au point de relancer la FNAC en bourse. Là encore, peu de gens à Paris y croient. Mais en juin 2016, l'action entre en bourse à 22 euros, elle s’échange aujourd’hui à 77 euros. Les actionnaires et les personnels ne peuvent pas se plaindre de la transformation.

Parallèlement, il va mener la bataille pour l'ouverture des magasins le dimanche, mais surtout il va courtiser un autre survivant des « trente glorieuses », Darty. Courtiser, le mot est faible, il faudra violer tout le monde, et se battre en bourse contre les requins britanniques qui contrôlent Darty pour parvenir à unifier les deux entités. Mais là encore, c’est fait à la surprise générale. 

Du coup, Alexandre Bompard devient la coqueluche du monde des affaires et des fonds d’investissement. Il est « banque-able » comme on dit.

Quand Georges Plassat, le président de Carrefour, va annoncer à ses actionnaires qu’il va quitter son poste, c’est le branlebas de combat. Parce ce que Carrefour, c’est l’Elysée. C’est le numéro deux mondial de la grande distribution. Ses actionnaires appartiennent au gratin du capitalisme français. LVMH, c’est à dire Bernard Arnault et la famille Moulin, qui possède les galeries Lafayette et Monoprix.

On n’est plus chez les bobos qui fréquentent la FNAC er regardent Canal Plus, on est au pays des crocodiles et des requins dans un secteur en bouleversement.

Alors du coup, Alexandre Bompard entre dans la cour des grands du business comme Macron quand il est arrivé à l‘Elysée.

L’avenir de Carrefour ne se joue pas seulement dans l’hexagone mais sur la planète toute entière. Ses concurrents sont encore Leclerc bien sur, ou Casino ou Auchan, mais les gros joueurs sont plutôt Metro, Costco et surtout Amazon, Facebook, Google, Alibaba. 

En gros, Alexandre Bompard est attendu sur quatre dossiers. Quatre cols qu il va devoir franchir.

Un: La stratégie au niveau national. Quoi faire et comment conserver ses parts de marché. Revenir dans le centre ville, qu'on a asséché pendant des décennies au profit de centres commerciaux périphériques, ou alors transformer ces usines à vendre pour en faire des centres de vie et d’activité. L‘enjeu est considérable mais il doit plaire à Bompard.

Deux: Quoi vendre, Où et comment se développer ? dans le multi produit comme Wal-Mart aux US ou se replier sur l’alimentaire? Et avec quelle stratégie prix, le plus bas possible, comme ça a été le cas depuis 15 ans, ou au contraire essayer de recréer de la valeur au bénéfice de toute la chaine de production  

Trois : Comment le vendre et marier le modèle de l’hypermarché à celui du E-commerce, au moment où Amazon se déploie partout très vite.

Quatre: Restaurer les marges et répondre aux exigences des marchés financiers.  Carrefour ne se porte pas bien en bourse, son image est floue, parce que sa stratégie est encore incertaine.

Georges Plassat a fait un travail de reconstruction considérable et évité que lempire ne seffondre. Il n’a pas entamé la refondation du groupe. Il savait bien qu’il lui fallait trouver un successeur. Il en avait formé un en interne, il en avait aussi parrainé d’autres venant de l’étranger.

Les actionnaires ont finalement voté pour Alexandre Bompard, son expertise, mais surtout son ambition, sa détermination, et son charme.

 

Ok, Bompard est donc arrivé en pleine canicule, cette semaine. Comme Macron, il a été superbement accueilli par les actionnaires et les personnels. Mais comme Macron, il va devoir délivrer des résultats et très vite.