Alexis Tsipras réussit à unifier l’Europe… contre lui

La Grèce va se retrouver complètement isolée au sein de la zone euro. Les Européens attendent des garanties de la Grèce avant de libérer de nouvelles aides mais le Premier ministre n’a rien apporté. Les Grecs vont réussir l’exploit de rapprocher les 18 autres membres de la zone euro autour du respect des règles de cohabitation.

Le psychodrame grec continue. La journée et la nuit ont été surréalistes à Bruxelles. Alexis Tsipras a réussi à mobiliser l’ensemble des dirigeants de la zone euro qui voulaient sincèrement trouver une solution. La plupart des chefs d’Etat convoqués à Bruxelles ont remarqué hier soir que c’était le 18e sommet de la dernière chance depuis six mois pour essayer de régler les problèmes de la Grèce.

Même François Hollande a manifesté son impatience, « il faut conclure le plus rapidement possible, on ne va tout de même pas parler de la Grèce tous les trois mois ». Sous-entendu, on a autre chose à faire. Et pourtant, le sommet de mardi soir n’a pas accouché d’un accord. Il a simplement abouti à fixer un nouveau sommet dimanche pour examiner les propositions de la Grèce, si cette dernière réussit à les formuler. Ce qui n’est toujours pas fait.

Ce qui est extraordinaire dans cette affaire, c’est qu’Alexis Tsipras a réussi l’exploit de réunifier contre lui, l’ensemble des Européens. Le Premier ministre de la Grèce est désormais très seul.

Ce qui a exaspéré les ministres des Finances et les chefs d’Etat, c’est qu’Alexis Tsipras est arrivé tout sourire, les mains dans les poches mais en n’ayant rien à dire. Alors que la veille encore il avait annoncé qu’il viendrait avec des propositions précises et cohérentes. Une fois de plus, Alexis Tsipras a choqué ses collègues. Du coup les Européens ont vraiment le sentiment qu’il n’a pas compris la gravité de la situation dans laquelle il est.

Les positions sont claires. Les pays membres de la zone euro reconnaissent qu’il faudra restructurer la dette, d’une façon ou d’une autre, ils reconnaissent aussi qu’il faudra continuer d’aider le processus de reprise de la croissance mais à condition que la Grèce prennent ses responsabilités. Et la responsabilité de la Grèce, c’est d’apporter la garantie aux créanciers que la Grèce va relancer son économie. Les Européens attendent surtout une réforme de l’Etat, de son organisation fiscale et sociale.

Cette demande est totalement légitime pour rassurer les investisseurs et les créanciers. On ne parle plus d’austérité, on parle de la nécessité de donner des garanties. Angela Merkel et François Hollande, on a donc convoqué Alexis Tsipras avant le sommet pour lui dire qu’il était urgent de présenter un plan de réforme, sinon eux, les principaux créanciers ne pourront jamais obtenir de leur opinion publique qu’ils continuent de financer la vie quotidienne.

Tout se passe comme si Alexis Tsipras arrivait d’une autre planète. Ce qui est particulier dans cette affaire c’est qu’il fait tout pour diviser les Européens, montrer la légitimité démocratique de son référendum contre les autres légitimités en Europe. Il a tout fait pour séparer les dirigeants du Nord de ceux du Sud : c’est tout le contraire qui s’est passé.

L’attitude de Tsipras a consolidé l’ensemble des dirigeants des pays de la zone euro contre lui. La coalition se forme autour des règles qui régissent la zone euro. Il espère peut-être soulever les populations fragiles en Europe et sensibles aux arguments populistes ou démagogiques. D’où, la demande qu’il a fait, de pouvoir parler à l’Assemblée européenne. Alexis Tsipras tente de parler aux peuples européens puisqu‘il ne parvient pas à être écouté par leurs dirigeants.

Mais en attendant les résultats de ce dernier pari, et c’est le paradoxe des paradoxes, l’Europe pourrait très bien sortie grandie et unie de cette épreuve historique. Il existe au moins cinq signaux qui annoncent ces coalitions européennes contre Tsipras.

1. La quasi-totalité des opinions publiques de la zone euro sont en majorité plutôt favorables à la sortie de la Grèce. En tous les cas, ils sont très opposés à de nouvelles aides financières sans aucunes garanties. Les contribuables des pays riches considèrent qu’ils ont déjà beaucoup aidé la Grèce. Quant aux populations des pays qui ont conduit des réformes douloureuses, ils refusent que l’on en exonère les Grecs qui sont  parfois mieux loties que beaucoup d’Européens de la zone euro. Les dirigeants européens doivent tenir compte de cette situation. Ils ne peuvent pas vendre à leurs peuples un nouveau plan d’aide.

2. La quasi-totalité des chefs d’Etat et de gouvernement sont découragés par Alexis Tsipras. Jusqu’à mardi soir, la France et l’Italie avaient beaucoup de bienveillance pour la Grèce et plaidaient pour l’application des principes de la solidarité. Aujourd’hui, la France et l’Italie se sont rapprochés de la position allemande. Oui à la solidarité à condition que la Grèce fasse preuve de responsabilité. François Hollande n’a pas dissimulé son agacement devant l’irresponsabilité des dirigeants Grecs.

3. La Grèce montre à l’évidence qu’une politique non responsable ne tient pas devant les contraintes de la réalité. Alexis Tsipras a fait des promesses, il a encore fait voter son peuple sur un refus du règlement européen et il vient demander de l’argent sans apporter des garanties. C’est l’échec, et son peuple va devoir en assumer les effets ou alors accepter ce qu’ils ont refusé lors du vote. Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, on ne peut pas insulter son banquier et lui réclamer une ligne de crédit. Il n’a pas confiance. La Grèce ne sera pas exclue de la zone euro. Elle va s’en exclure elle-même. Le temps presse. Sans accord, le 20 juillet la totalité de son système bancaire est en faillite. La banque centrale n’aura plus de mandat juridique pour alimenter le pays en liquidités.

4. Les Européens de leur côté ont aussi touché du doigt les limites de leur gouvernance. Il va falloir introduire plus de transparence dans le processus démocratique européen mais aussi plus de fédéralisme. Cette situation serait impensable aux Etats-Unis d’Amérique.

5. David Cameron, Premier ministre de la Grande-Bretagne va profiter de ce drame pour demander des aménagements et des assouplissements dans la gouvernance européenne. Il les obtiendra ce qui lui permettra de les présenter lors du référendum qu’il a promis aux Britanniques.

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