Alstom-Siemens... si les responsables politiques de droite comme de gauche n’en tirent pas les leçons, c’est désespérant. Il y a 3 leçons très simples. 

Cette affaire Alstom illustre une fois de plus l’archaïsme des responsables politiques face à la réalité économique. Ils sont incapables d’en tirer les leçons.  

Ce mariage entre Alstom et Siemens, qui couvre en vérité une opération de fusion sous contrôle allemand a, une fois de plus, entrainé un débordement d’explications et de commentaires qui sont surréalistes par rapport à la réalité à laquelle on n‘échappe pas, sauf à changer de monde.

Les hommes politiques ne ménagent aucune critique, aucune polémique stérile et inutile et ne font qu‘alimenter les tendances démagogiques et populistes.

Cette affaire illustre à l’évidence le déclin de l’industrie française. Mais quand on a dit cela, on n’a rien dit. Les responsables politiques de droite comme de gauche sont absolument incapables d’en tirer les leçons. Et pour faire court, il y a trois leçons à tirer.

 

1ère leçon : Il faudrait reconnaître la réalité de l’appareil économique. La réalité d’abord, c’est qu’on ne peut pas ignorer que le marché du ferroviaire sera principalement chinois. De façon évidente. Qu’on soit de droite ou de gauche on ne peut pas nier cette réalité-là. Donc pour être capable de capter une partie de ce marché, il faut pouvoir assumer la concurrence des constructeurs chinois. La consolidation des entreprises occidentales était inéluctable.

C’est évidemment un mariage défensif.  Ces deux entreprises étaient en concurrence frontale. Cette concurrence était mortifère. On peut même imaginer qu’il y aura dans l’avenir des rapprochements avec Bombardier, le 3e grand acteur occidental du secteur qui se préoccupe lui aussi de la concurrence asiatique. Le rapprochement des trois est plus que probable à une échéance de 5 ans.

C’est une réalité sur laquelle on ne peut pas s’asseoir. Alstom n’avait pas d’autres solutions que de trouver un bon parti pour survivre. L’aurait-elle refusé qu’elle se serait suicidée.

 

2e leçon : une fusion entre deux entreprises européennes ne paraît pas particulièrement anxiogène. Après tout, on ne peut pas pleurer tous les jours en se plaignant qu’il n’y a pas assez d’Europe et refuser les liaisons entre des entreprises du même continent. Ce qui manque, ce sont les conditions sociales, fiscales, administratives pour faciliter ce type de fusions ; ce qui manque, c’est l’existence d’une culture et d’un langage commun entre les différents partenaires européens. Pour éviter les dysfonctionnements, les différentiels de traitements en termes de fiscalité et surtout d’emplois. Il faut admettre que la politique industrielle de demain ne peut se développer qu ‘à l'échelle européenne.

Alors, on revient de loin. Napoléon III, qui a servi de catalyseur à la révolution industrielle en France, s’est beaucoup appuyé sur le corps des ingénieurs français. Le Second empire a compris l’héritage de Colbert. Un siècle plus tard, le général de Gaulle puis Georges Pompidou ont développé une stratégie de politique industrielle fondée sur des projets publics très ambitieux, l’aéronautique, le nucléaire etc…. Colbert, toujours Colbert.

Mais depuis les années 1980, on est entré dans un autre monde beaucoup plus éclaté avec trois grandes zones géographiques, trois marchés : l’Amérique, l’Europe et l’Asie, trois zones auxquelles il faudra ajouter l‘Afrique ; la réalité des marchés a fait sauter les frontières.

 

3e leçon : il faudrait expliquer de façon très clair et très simple que, quand la France perd son industrie au profit d’opérateurs italiens ou allemands, ça reste européen et c’est bien, mais cette explication n’exonère pas les responsables politiques d’expliquer aussi pourquoi la France perd systématiquement ses fleurons industriels les uns après les autres. La raison en est évidente : l’Etat français n‘a pas les moyens de répondre aux besoins d’un groupe dont l’ambition est internationale.

Il n’y a que deux moyens de protéger un appareil industriel français :

Ou bien on le nationalise et c’est exclu. Bruno Le Maire a mille fois raison d’affirmer que l'Etat n’a rien à faire dans Alstom, d’autant que l’Etat est désargenté.

Ou bien on fait appel à l’épargne publique et pour drainer cette épargne publique, on crée des véhicules adéquats. Ces véhicules s’appellent les fonds de pension ou des fonds d’investissement qui pourraient être créés à la faveur d’une réforme du modèle social et des systèmes de retraite.

Les allemands, comme les américains, ont les moyens que leur donnent les fonds de capitalisation.

Le rôle de l’Etat serait d’encourager ce type de réforme par la règlementation et l’incitation fiscale. L’Etat sait le faire quand il le veut. L’Etat n’a t il pas transformé ce pays en paradis fiscal pour les chercheurs avec le crédit d’impôt recherche. Ceci étant, on a de l’argent en France pour mener des recherches fondamentales. On n’en a peu dès qu il s’agit de faire de la recherche appliquée ou de développer une industrie à partir du résultat de cette recherche. C’est assez aberrant mais c’est ainsi.