Après avoir été un modèle, l’Allemagne nous offre désormais un risque de faillite

 

Les ministres de l’Economie et des Finances européens sont assez furieux contre les Allemands qui s’opposent à un plafonnement des prix de l’énergie et ne veulent pas payer les factures de leurs erreurs stratégiques.

L’Europe va avoir beaucoup de mal à réformer sa politique énergétique, parce que l’Allemagne qui était le principal client de gaz russe, ne veut pas encaisser seule les hausses de prix. En s’opposant au plafonnement européen des prix du gaz, tout se passe comme si l’Allemagne refusait de prendre à sa charge l’augmentation faramineuse des prix de l’énergie, imputable au gaz, dont elle était la principale cliente.

Parallèlement, quand le gouvernement décide de lancer un plan de soutien à son économie de 200 milliards d’euros pour compenser l’explosion des prix, les Européens ont du mal à digérer qu’après avoir imposé à l’Europe toute entière ses choix énergétiques et sa rigueur, elle se refuse aujourd’hui à aider ses partenaires à en payer les effets. 

Sans caricaturer la situation, le modèle allemand est au bord de la faillite actuellement et le gouvernement allemand a beaucoup de mal à reconnaître que ces choix de politique énergétique aboutissent à un échec, constaté dès lors que les approvisionnements russes sont devenus impossibles.   

Ce qui s’est passé est très simple :  à partir des années 2000, l’Allemagne s’est engagée dans une politique d’approvisionnement énergétique qui a privilégié le gaz et les énergies renouvelables (le solaire et l’éolien).

La justification politique qui avait été apportée à ce choix était simple : il fallait se désengager du nucléaire pour des raisons de sécurité et pousser la production d’énergies  naturelles et renouvelables pour des raisons écologiques.

Seulement, quand on regarde les résultats 20 ans après, c’est un drame pour l’Allemagne et même pour l’Europe. On s’aperçoit que les projets nucléaires ont été abandonnés et que le parc nucléaire allemand a été démantelé. Mais on s’aperçoit aussi que la part des énergies fossiles est restée très, très importante parce que le renouvelable était et restera insuffisant pour répondre à la demande.  Cette demande-là a été satisfaite par le gaz que l’Allemagne s’est mise à importer massivement de la Russie en signant avec Moscou des accords privilégiés et en engageant des investissements en infrastructures de transport, ´ notamment l’installation de gazoduc Nord Stream 1 et Nord Stream 2 (qui n’a d’ailleurs pas eu le temps de fonctionner pour cause de guerre en Ukraine).

Gerard Schroeder, ex-chancelier allemand  a incarné cette politique d’alliance avec la Russie.

Le lobby du gaz russe a brillamment fonctionné. 

-D’un côté, il a participé à l'élimination du nucléaire et pas seulement en Allemagne parce que ce lobby-là n’était pas étranger à la campagne qui a été menée contre le nucléaire français. 

-De l’autre, il s’est offert le luxe de favoriser le solaire et l’éolien parce qu’on sait très bien que plus il y a d’éoliennes, plus il y a des risques de panne de vent et quand il y a des pannes de vent, il faut passer sur le gaz.  Et les gaziers allemands ont même passé des accords avec les Chinois pour recevoir des panneaux solaires et des éoliennes fabriquées moins chercher qu’en Allemagne. Ce même lobby gazier a entrepris de convertir l’Europe toute entière au solaire et aux éoliennes, puisque derrière, ils se créaient des débouchés pour le gaz.

Cette politique énergétique n’a absolument pas permis d’abaisser le taux d’émission en gaz carbonique en Allemagne et sur ce point, le parti des Verts ne s’en est pas offusqué.

Cette politique a par ailleurs permis à l’industrie allemande de bénéficier d’une énergie pas chère. Le prix du gaz russe garantissait une sécurité d’approvisionnement que les sources de renouvelables ne pouvaient pas apporter et surtout, le gaz russe permettait aux appareils de production de bénéficier d’un gisement de compétitivité.

La performance économique allemande s’expliquait par l’expertise de son industrie, la qualité de son management, son modèle d’organisation sociale, mais aussi par une énergie abondante et pas chère.

La guerre en Ukraine et la nécessité de participer aux sanctions contre la Russie ont cassé ce modèle et l’Allemagne se retrouve avec un risque très sérieux de pénurie d’énergie et surtout, un risque de renchérissement qui lui fait perdre beaucoup de ses avantages comparatifs sur les marchés internationaux. L’Allemagne est restée très exportatrice de produits qu’elle fabriquait, sans avoir à délocaliser une partie de ses fabrications. C’était d’autant plus avantageux que la valeur de l’euro pénalisait les autres économies européennes.

L’Allemagne est donc aujourd’hui piégée, obligée de trouver des énergies alternatives ou de trouver d’autres sources de compétitivité. D’où les investissements massifs qu’elle engage pour soutenir l’innovation dans son industrie. Alors que les Européens n’attendent qu’une chose, que l’Allemagne participe à la pression qu’il faut faire pour abaisser les prix de l’énergie.

Une fois de plus, l’enjeu est européen parce que, finalement, l’Europe toute entière est piégée par cette stratégie allemande.  C’est parce que la zone euro n’avait pas de politique européenne très cohérente qu’elle se retrouve dans la difficulté, avec des prix de l’électricité qui explosent.

Plus grave, des pays comme la France qui possédait un atout exceptionnel avec son nucléaire doit réveiller ses centrales, investir à nouveau. Mais elle se retrouve financièrement bien seule. L’Italie de son côté va réussir à trouver des approvisionnements en Algérie et au moyen-Orient mais là aussi, au prix fort.