Après le Covid, la consommation d‘alcool continue de baisser fortement en Occident, mais le commerce de la drogue redémarre comme avant.

La crise du Covid a accéléré une tendance très forte à la baisse de la consommation d’alcool, alors que le commerce de la drogue qui a été fortement perturbé pendant la crise a tendance à redémarrer.

La tendance à la baisse de la consommation d’alcool ne date pas de la crise du Covid. Les Français, comme la majorité des Occidentaux, boivent de moins en moins d’alcool et ce mouvement a démarré dans les années 1960. L’Insee, qui a réalisé une rétrospective des statistiques de consommation, a mesuré ce phénomène avec précision. Entre 1960 et 2018, la consommation d’alcool a diminué de moitié.

En 1960, un Français buvait en moyenne 200 litres de boissons alcoolisées par an. Aujourd’hui, cette consommation est tombée à moins de 80 litres par an. Le décrochage s’est principalement produit à partir des années 1990, après la mise en place de toutes les politiques restrictives de lutte contre l’alcoolisme. La loi Evin sur la publicité et toutes les campagnes de communication et de sensibilisation a donc produit des effets durables.

Aujourd’hui que ces campagnes sont anciennes et oubliées, la tendance à la baisse perdure. Alors, si les Français consomment moins d’alcool, c’est parce qu’ils consomment moins de vin rouge ou blanc : 128 litres en moyenne et par an en 1960, la consommation a chuté à 36 litres aujourd‘hui. Très concrètement, ça signifie qu’un Français ou une Française boit en moyenne un verre de vin par jour. A noter que si la consommation de vin ordinaire a baissé, la consommation de vin de qualité a augmenté.

Mais le changement le plus spectaculaire porte sur la prise de marché des boissons non alcoolisées, les soft drinks et les boissons à taux d’alcool faible. La bière est restée une des boissons les plus consommées, mais sa consommation est restée stable. Cela dit, on a vu, à l‘instar de ce qui s’est passé aux États- Unis, apparaître des boissons festives et aromatisées faiblement alcoolisées (entre 2 et 4 degrés d’alcool). Le cidre, dont les producteurs normands essaient de relancer le marché, a vu sa consommation s’effondrer depuis 20 ans environ.

La crise du Covid n’a pas changé la tendance. Confinés chez eux, les Français ne se sont vengés sur l‘alcool. Les bars et restaurants étant fermés, ils ne se sont pas rattrapés abusivement à domicile en se faisant massivement livrés des produits alcoolisés. D’ailleurs, les commerces spécialisés dans les vins sont pourtant restés ouverts, au titre des commerces essentiels. Ils ont certes travaillé, mais sans plus.

Le seul point spectaculaire, c’est la progression des ventes de vins de grands crus ou de qualité en provenance directe de chez le vigneron. D’où le succès extraordinaire des foires aux vins organisées par la grande distribution. En fait, les Français ont profité du Covid pour améliorer leur connaissance des vins fins et français.

Sur la drogue, le phénomène est différent. D’après une étude de l’ONU, la pandémie de Covid 19 a dopé durablement le marché de la drogue. La pandémie a non seulement renforcé la consommation de drogue mais elle a sans doute modifié la structuration de cette économie clandestine.

Sur la consommation, les professionnels de santé dans 77 pays développés affirment que la consommation de cannabis a augmenté via des usages non médicaux de médicaments pharmaceutiques.

L’augmentation de la consommation ne concerne pas les drogues festives et dures comme la cocaïne, la MDMA ou même l’héroïne. Les lieux de consommation, bars et boites de nuit ont été fermés. Les circuits d’approvisionnement ont été très perturbés, la consommation en Europe aurait baissé de 20% en moyenne.

Parallèlement, l’usage des drogues tranquillisantes, que l’on trouve généralement en pharmacie ou dans des circuits souterrains, a augmenté très fortement : 65% de plus pour les sédatifs pharmaceutiques. La consommation de cannabis a augmenté également. Les raisons avancées par les personnels soignants sont très connues : l’ennui, le stress, l’isolement…

La pandémie a, dans un premier temps, désorganisé le commerce de toutes les substances illicites. Le trafic a souvent été bloqué faute de transporteurs et à cause de frontières fermées, mais d’après l’ONU, cette industrie s’est très vite adaptée à cette nouvelle configuration au point qu’aujourd'hui, les services spécialisés affirment que le commerce de la drogue a retrouvé son niveau d’activité d’avant crise. D’autant plus rapidement d’ailleurs, que la crise du Covid a, dans tous les pays, provoqué une diminution des budgets alloués dans la lutte contre le commerce des stupéfiants, d’où une recrudescence des luttes de clans dont on a quelques exemples sanglants en France depuis la fin de l’été.