Après le décès de Liliane Bettencourt, les financiers du monde entier spéculent déjà sur l’avenir de L’Oréal. 

L’avenir de L’Oréal n’est pas assuré. Depuis l’annonce du décès de Liliane Bettencourt, les financiers du monde entier se sont mis sur le pied de guerre. Tout peut arriver.

 

Pour que les acteurs les plus puissants de la planète financière s’enferment cette semaine, en séminaire à Londres et à New-York, afin d’imaginer quel pourrait être l’avenir de L’Oréal, c’est que l’affaire est importante.

En dépit de ce que l’on croyait, l’avenir de la première entreprise mondiale de cosmétique et de beauté n’est pas assuré.

Jusqu'à maintenant, l’indépendance du groupe et sa stabilité dépendaient de Liliane Bettencourt. En dépit de ses facéties de vieille dame et riche, en dépit de tous les sarcasmes et les procès dont elle faisait l’objet, Liliane Bettencourt est restée en France, elle a stabilisé sa participation dans le groupe et sécurisé l’indépendance du management, qui n’a vu en 50 ans que trois PDG se succéder. François Dalle, Lindsay Owen-Jones et Jean-Paul Agon. Elle a préservé la stratégie en amassant des munitions financières considérables pour faire face à toutes les éventualités. Sa descendance est évidemment à l’abri du besoin pour plusieurs générations (d’autant que cette descendance n’est pas nombreuse, une fille et deux petits enfants).

L’outil de la stabilité résidait dans un pacte d’actionnaires qui avait été signé par Mme Bettencourt et le groupe Nestlé.

Liliane Bettencourt disposait d’une majorité importante, plus de 33% et Nestlé avait acquis une participation de 23% ce qui verrouillait complètement le capital.

Le pacte d’actionnaires, rédigé avec beaucoup d’attention par les plus grands avocats du monde, interdisait au groupe suisse toute tentative de prise de contrôle de L’Oréal du vivant de Mme Bettencourt et jusqu'à 6 mois après sa mort.

Dans 6 mois, tout le monde a compris que tout était possible. Et les spécialistes imaginent au moins 3 scénarios sérieux.

 

1er scénario : le plus probable pour les analystes serait que Nestlé propose de vendre sa participation de 23% à L’Oréal ou plutôt aux actionnaires de L’Oréal. Ça représente un montant considérable, environ 23 milliards d’euros. Alors L’Oréal a du cash certes, mais pas dans ces proportions. L’Oréal peut céder sa participation dans Sanofi qui vaut environ 10 milliards. Resterait aux héritiers de Liliane Bettencourt à trouver 13 milliards d’euros. Pas évident.

L’hypothèse de voir Nestlé vendre ses 23% est très probable dans la mesure où Nestlé est harcelé par des fonds activistes qui lui demandent de se recentrer sur le cœur de son métier, l’agro-alimentaire (d'où les rumeurs récurrentes d'attaque pour le contrôle de Danone). Ceci dit, les fonds activistes sont aussi très lucides. La participation de Nestlé dans L’Oréal rapporte aussi plus d’argent en dividendes que l’agro-alimentaire. Donc les dirigeants de Nestlé ont quelques arguments à faire valoir.

2e scenario : les titres possédés par Nestlé peuvent être vendus à des financiers qui pourraient être très attirés par le rendement des titres. Dans ce cas, la famille Bettencourt ne serait pas sécurisée même si elle conserve sa majorité de blocage de 33%. L’avenir est d’autant moins assuré qu’on ne voit mal en France un actionnaire ou une institution qui serait capable de se porter acquéreur.

3e scenario : le départ de la famille vers d’autres cieux, et surtout vers l’exil. Dans ce cas-là, tout est vraiment possible et personne ne sait quel serait l’avenir de L’Oréal. C’est l’hypothèse la plus inquiétante pour les autorités françaises. C’est néanmoins la moins probable compte tenu de ce qu‘a toujours dit la fille unique de Mme Bettencourt.

 

En attendant, les acteurs les plus puissants de la finance tirent des plans sur la comète. Morgan Stanley et Goldman Sachs en tête. Tous les industriels la grande consommation sont sur le pied de guerre. Nestlé, bien sur, Danone, Procter, et Unilever sont tous surveillés à la loupe sur les marchés boursiers.