Après Uber, la guerre est déclarée contre Airbnb : en France, tout se passe comme si on ne supportait pas le succès

Le Sénat vient de s’y mettre. Après avoir pris le parti de défendre les chauffeurs de taxis contre Uber, la chambre haute du Parlement vient de voter un amendement pour obliger les loueurs qui passent par Airbnb à déclarer leur locataire.

On marche sur la tête. Dès qu’un entrepreneur a une idée neuve et qu’il rencontre du succès, on lui tape dessus. Le succès de quelques-uns en dérange tellement d’autres, que le gouvernement ou les élus passent à l’action pour protéger leurs électeurs.

Que les politiques protègent leurs électeurs, c’est un peu logique, mais qu’ils le fassent pour obtenir une adhésion à court terme au prix de mettre en retard la mise en place d’innovations qui sont facteurs de progrès à moyen terme est un peu moins intelligent.

Il faudrait que les hommes politiques se rendent compte que leurs électeurs sont aussi des consommateurs et que personne ne les oblige à monter dans un Uber, ni même à mettre leur appartement sur la plateforme de Airbnb. Le débat autour des Uber va se calmer depuis que le gouvernement a annoncé qu’il allait racheter les licences de transports (les fameuses plaques) dont il avait organisé lui-même la rareté pour renchérir les prix.

En fait, l’Etat a créé des rentes pour les chauffeurs de taxis et celles-ci sont tellement encombrantes et paralysantes qu’il est obligé de les racheter pour avoir la paix et fluidifier la circulation automobile.

Le problème des taxis à peine réglé, voilà que le dossier Airbnb va empoisonner les propriétaires, les investisseurs, les hôteliers et les municipalités.

Le succès d’Airbnb est tel en France et dans le monde que la formule pourrait profiter au plus grand nombre, mais les gouvernements ont tellement peur des lobbys qu’ils réglementent à outrance et du coup freinent l’innovation.

L’innovation est simple. Par une plateforme numérique, Airbnb et ses confrères mettent en contact des gens, (qu’ils soient touristes ou hommes d’affaires), qui cherchent à se loger pour un, deux ou trois jours avec des propriétaires (ou des locataires) qui, au même moment, n’occupent pas leur appartement ou leur maison.

C’est la plateforme digitale qui se charge des modalités pratiques de mise à disposition et de paiement.

Le succès est considérable. A New York comme à Berlin, on estime que le nombre de nuitées gérées par Airbnb atteint aujourd’hui 20% des nuitées d’hôtel, alors que le système a commencé à fonctionner à plein régime il y a moins de 5 ans. Paris est devenue la ville au monde la plus équipée en « Airbnb ». C’est la ville au monde où le parc d’appartements à louer via cette entreprise serait le plus important et le plus fréquenté.

Alors ce qui est intéressant, c’est qu’après un moment d’affolement, du côté des loueurs traditionnels et des hôteliers, les réactions à cette concurrence se sont multipliées. Les réponses concurrentielles sont de deux types. Comme souvent, les unes sont très positives et imaginatives. Les autres très protectionnistes et négatives.

Les réactions les plus intelligentes finiront par améliorer le fonctionnement global du secteur.

D’abord, les grandes chaînes d’hôtels, un moment assommées par la concurrence, d’un côté de Booking, et de l’autre d’Airbnb, ont réagi. Elles ont constitué des centrales de réservations et ajusté leurs prix. Parallèlement, beaucoup d’hôteliers sont ouverts en marge de leur activité hôtelière classique, des locations de meublés, exactement comme on pourrait en trouver sur Airbnb. Une chaîne comme Accor va sans doute aller plus loin, en ouvrant sa propre plateforme de location d’appartements.

Les grandes chaînes de résidences hôtelières comme Pierre et Vacances n’offrent pas un service très différent de celui d’Airbnb. Le contenu et la qualité du service sont différents, mais le concept de base est le même.

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Ensuite, apparaissent aujourd’hui des investisseurs qui ouvrent à la location des unités de luxes avec des services correspondants et les installent dans l’environnement d’un hôtel. Les Sofitel, le Club Méditerranée ou le groupe Barrière expérimentent la location d’unités immobilières dont ils ont assuré la promotion et la vente à des investisseurs particuliers et se chargent de la location.

Enfin, à côté d’Airbnb, quelques plateformes se sont développées qui offrent non seulement le gîte, mais aussi le couvert, et toutes sortes de services hôteliers. Il existe une clientèle prête à payer pour cela. Les propriétaires quant à eux y voient le moyen de mieux surveiller leurs biens que dans un Airbnb classique.

Toutes ces formules contribuent à élargir le marché, à prendre de nouveaux clients et finalement à créer de la valeur.

Il y a malheureusement des réactions beaucoup plus négatives et destructrices de valeur globale qui visent à freiner Airbnb et toutes les innovations de ce type de se développer.

Quand la ville de Berlin veut un état précis des locations et des prix pour pouvoir limiter les hausses de prix, elle empêche le marché de fonctionner librement et détruit de la valeur.

Quand la ville de Paris s’inquiète de voir une partie de son parc locatif utilisé finalement par Airbnb, elle ne voit pas qu’une telle pratique crée de la valeur et du pouvoir d’achat, donc de la croissance.

Quand les sénateurs votent un amendement permettant aux municipalités de plus de 200 000 habitants de demander à ce que les locations de courte durée soient déclarées à la mairie, on détruit une activité. Pourquoi ? Pour qui ? Personne n’est capable de le justifier correctement.

La première des justifications apportées consiste à dire que les activités déclarées paieront l’impôt. Mais ces activités le paient déjà, puisque les plateformes travaillent en toute transparence.

En fait, les plateformes facilitent l’intermédiation et freinent le travail au noir. Quand on passe par Airbnb ou Uber, il n’y a aucun transfert d’argent.

Ce qui motive les politiques, c’est qu’ils pourront contrôler l’activité, percevoir des impôts et chasser le travail au noir.

Le résultat n’est pas garanti. La surveillance fiscale, la multiplication des contrôles tatillons et la complexité administrative n’ont jamais encouragé les initiatives, ils ont plus souvent tué ou asphyxié l’activité.