Assurance-chômage, retraite, énergie, le gouvernement tourne en rond pour essayer de désamorcer la colère sociale

Sur l’assurance-chômage comme sur les retraites, le gouvernement essaie de gommer tous les catalyseurs de la colère sociale. Ça marcherait s’il développait parallèlement une pédagogie de long terme.

« Une réforme, c’est fait pour réformer ». Le Général de Gaulle aurait dit cela à ses ministres en ajoutant parfois « Est-ce que vous boiriez du thé tiède vous ? Réponse non ». En effet, le thé se boit, ou glacé ou très chaud. Moralité, une réforme qui ne réforme pas ne plaira à personne et ne fera que déplacer le problème à plus tard.

Pour beaucoup, c’est malheureusement ce que fait le gouvernement et le président de la République. Alors, certains diront qu’il n’a pas de majorité, que la situation économique et internationale est très inflammable. Sans doute qu’il fallait faire de la politique mais en l’absence de majorité claire, le gouvernement n’a-t-il pas les moyens de faire autrement que de supprimer tous les sujets qui fâchent ?

Sur le régime de chômage, la réforme voulue par le gouvernement avait pour ambition d’inciter les chômeurs à rechercher et trouver un travail très vite. Pour ce faire, il fallait durcir les conditions de chômage afin de réorienter les chômeurs vers le monde du travail.

C’est ainsi que la réforme a modifié le calcul de l’indemnisation au 1er février, de façon à ce que l’indemnité soit moins « généreuse ». Cette modification devait s’accompagner d’un durcissement des durées maximum de chômage à taux plein, là encore, afin de rendre un travail possible plus intéressant financièrement que le chômage. Sur ce point-là, le gouvernement va revenir en arrière et baisser les durées maximales de chômage.

En fait, il s’agit-là de répondre à une revendication des syndicats qui ont expliqué que la durée de chômage pouvait être nécessaire pour se former et retrouver un travail.

Sur la retraite, on a compris hier que le gouvernement ferait le maximum pour ne pas donner aux syndicats et mettre le feu sur le terrain social. L’âge de la retraite qui serait porté à 65 ans, n’est pas un totem, a dit la Première ministre, ce qui veut dire que la négociation va pouvoir avancer sur un compromis qui sera sans doute de 64 ans, comme âge légal de départ à la retraite. Quitte à augmenter le nombre de trimestres de cotisations pour avoir une retraite à taux plein. Quitte à lâcher du lest au profit des régimes spéciaux - qui sont déjà spéciaux pour cause de quelques petites privilèges acquis grâce à la pression corporatiste.

Sur l’aide aux petites entreprises un peu sonnée par les prix de l’énergie, le gouvernement va ressortir le carnet de chèques. Les boulangers ont tiré les premiers, on va voir arriver les autres corporations : pressing, pizzeria.

On a compris que dans ce climat compliqué avec l’inflation, le prix de l’énergie, la guerre en Ukraine, et surtout une situation politique qui rend difficile le travail législatif, le gouvernement ne pouvait pas prendre le risque de mettre le feu du côté du Parlement. Pas question de donner aux syndicats le prétexte de mettre une partie de la France dans la rue et de bloquer l’activité. Pas question d’ouvrir une porte aux gilets jaunes.

Alors, cette politique du compromis est à double tranchant. D’un côté, l’exécutif donne des gages à une opposition de gauche ou d’extrême gauche mais de l’autre côté, il prend le risque de mécontenter la frange réaliste de la géographie politique. Celle qui, à droite notamment, défend l’idée qu’un système libéral qui renforce les responsabilités individuelles.

Sur le chômage, il est évident que nous avons un déficit de travail, avec des secteurs en tension. Tout ce qui diminue la tentation du chômage (soit par la rémunération, soit par la durée) permettait de répondre à ce déficit, tout en enrichissant le lien social. Le gouvernement n’a fait qu’un petit pas dans ce sens.

Sur la retraite, on est dans la même problématique. Le système de production français a besoin d’augmenter la quantité de travail. Le recul de l’âge de la retraite est un des moyens d’augmenter la quantité de travail.

Ceci étant, la réforme en cours ne va guère renforcer la responsabilité individuelle de la gestion de retraite. Le premier projet qui préconisait une retraite par point et un complément de la répartition par de la capitalisation allait dans ce sens. Mais ce projet-là, très ambitieux et très utile à long terme, a été abandonné en rase campagne par Edouard Philippe.

Parallèlement, le gouvernement est mobilisé pour s’occuper des comptes d’exploitation. Encore un effort, l’économie de ce pays va être complètement administrée.

En lâchant du lest en permanence ou en signant des chèques, le gouvernement évite et calme la grogne sociale, il ne participe guère à la performance du modèle économique français. Mieux vaudrait passer en force (le général de Gaulle avait prévu les ordonnances dans la Constitution pour éviter les blocages), mais passer en force nécessite une pédagogie sur la réforme qui n’est pas faite et surtout une inscription dans une stratégie de long terme que l’on attend encore.