Attention ! François Hollande va parler…

Par Jean-Marc Sylvestre. Pourvu qu’il ne parle pas pour ne rien dire… Le Président de la République va tenir mardi après-midi sa première conférence de presse. Il le fait à un moment où un Président n’a jamais été aussi bas dans les sondages. Il le fait aussi à un moment où l’inquiétude des Français n’a jamais été aussi forte. Enfin, il le fait à un moment où il essaie de changer l’orientation de la politique économique. Le Président  va s’adresser aux Français mais aussi à sa majorité qui comprend mal les orientations que prépare le rapport Gallois. La majorité est aussi opposée à la politique appliquée jusqu’à maintenant. Il va donc essayer de recadrer son action en définissant une stratégie : c’est ce qui lui fait le plus défaut et c’est ce que tout le monde réclame. Le bateau a besoin d’un cap et, pour tenir le cap, il a besoin d’un capitaine. La conférence de presse du Président c’est une pièce de théâtre et cette pièce devrait se dérouler en trois actes.

Acte 1 : François Hollande va se féliciter de l’action du gouvernement et notamment de son Premier ministre. Il devrait mettre l’accent sur le sauvetage de la zone euro qui est, c’est vrai, provisoirement sorti de la tempête. Entre la banque centrale qui a changé son mode d’emploi et la solidarité allemande renforcée par le vote du pacte budgétaire, la zone euro est stabilisée avec des taux d’intérêts très bas.  François Hollande pourra toujours dire qu’il a participé à cette stabilisation, il ne pouvait pas faire autrement. A part peut-être suicider complètement l’économie française. En attendant, le problème de la croissance reste entier.

Acte 2 : Pour retrouver de la croissance, François Hollande va nous expliquer en détail le rapport Gallois. C’est-à-dire, qu’il faut retrouver de la compétitivité donc qu’il faut renforcer les marges des entreprises. Pour cela, il faut baisser le coût du travail, faire des économies budgétaires et relever la TVA.  Cet acte 2 va être difficile à faire passer. D’abord parce que les analystes considèrent qu’il ne va pas assez loin dans les réformes de structure. L’Allemagne ne s’est pas privée de nous le reprocher. Ensuite, parce que beaucoup de socialistes lui reprochent d’aller trop loin sur sa droite et d’avoir carrément changé de direction. La compétitivité, la TVA, le coût du travail… ce sont des éléments du diagnostic qui avaient été refusés jusqu’à maintenant par l’antisarkozysme chronique du PS.

Acte 3 : La fin de partie reste à écrire. Il s’agit comme dans la tragédie grecque d’expliquer pourquoi on n’a pas annoncé la gravité de la crise pendant la campagne. Pourquoi avoir nié l’évidence ? Pourquoi avoir fait des promesses qu’on ne peut plus tenir ? Tout ce qui se passe aujourd’hui était connu. Il s’agit en fait d’expliquer aux Français ce qu’aucun des deux candidats n’avait fait clairement : Nous changeons d’époque et la crise est en train de tout bouleverser. Si le Président de la République ne le fait pas, c’est la rue qui le fera.