Au nez et la barbe de Macron, Ghosn fait rentrer Renault-Nissan dans le club des plus gros constructeurs du monde

Le PDG de Renault et Nissan a donc annoncé que le groupe qu’il dirige prendra le contrôle de Mitsubishi Motors et deviendra ainsi un des trois plus gros constructeurs mondiaux, avec Volkswagen et Toyota.

Quel pied de nez !

Mais attention. Ce papier n’a pas pour objectif de défendre la réputation de Carlos Ghosn, dans sa querelle avec Emmanuel Macron (qui au demeurant n’a pas forcément toujours tort) mais de donner des éléments pour comprendre la réalité du fonctionnement d’une grande entreprise qui réussit, et de souligner le décalage entre la stratégie économique qui profite à beaucoup et le dérisoire d’un débat politique très politicien qui ne profite lui, qu’à quelques uns et encore !

Depuis un mois, le président de Renault se faisait remonter les bretelles comme le dernier des stagiaires par Emmanuel Macron pour une histoire de « note de frais !!! ou presque » … aujourd’hui, le président de Renault fait savoir qu’il va hisser la marque française dans le Groupe des trois premiers constructeurs automobiles du monde.

Ghosn n’a demandé l’autorisation à personne, mais avait prévenu ses actionnaires. On ne peut pas dire que le gouvernement français et particulièrement son ministre de l’ Economie l’ait beaucoup aidé sur ce coup-là depuis quinze jours. Sauf erreur, le ministre ne s’est même pas fendu d’un tweet.

Pour des raisons politiques et parce qu’Emmanuel Macron veut à tout prix ne pas apparaître comme un suppôt du grand capital international égaré dans les marécages de la gauche, il n’a cessé de lui chercher « des noises » sur l’argent qu’il gagne. Comme on dit en campagne normande.

Et pendant que Macron jetait en pâture quelques grands patrons parce qu’ils bénéficient d’un système d’actions gratuites -qu’il a lui même mis en place-, Carlos Ghosn, le patron qui agace le plus la gauche, finalisait une opération stratégique très importante.

L’opération qu’il vient d’annoncer propulse l’alliance Renault-Nissan au troisième rang des constructeurs mondiaux. En détail, il fait racheter par l’alliance Renault-Nissan, 34% de son concurrent japonais Mitsubishi qui était en difficulté. Et cela pour 1, 9 milliards d’euros.

Pour les actionnaires de Mitsubishi, c’est une aubaine, la firme japonaise était en détresse, ils accueillent le manager le plus célèbre de l’Asie, celui qui avait sauvé Nissan de la faillite et ils se placent dans une équipe qui va courir le championnat du monde en tête avec Toyota et Volkswagen.

Pour Carlos Ghosn et pour Renault c’est l’opportunité de garantir une position mondiale qui va devenir incontournable.

Aujourd’hui, tous les experts du secteur automobile considèrent qu’avec la mondialisation, l’émergence de l’Asie, la transition énergétique et la mutation digitale, les besoins d’investissements dans le secteur automobile, au niveau de la recherche comme de l’industrie, vont être considérables.

Rien que pour amortir les investissements nécessaires à la mutation du parc vers l’électrique, il faudra posséder un marché mondial de 10 millions de véhicules. En dessous de 10 millions de véhicules par an, point de salut. Aucun constructeur ne pourra tenir la route longtemps.

Or aujourd’hui, il n’y a dans le monde que deux constructeurs qui ont la capacité de relever ces défis : l’Allemand Volkswagen et le Japonais Toyota. Avec cette opération, l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi rentre dans le club des VIP … sachant que General Motors est dans l’anti-chambre.

Pour la marque française qui dirige cette stratégie, l’alliance conserve en France les centres de recherche (le nerf de la guerre) et d’importantes unités de production.

Cette opération va d’ailleurs obliger PSA groupe à réagir beaucoup plus vite que prévu. PSA ne court pas en 1ère division, Peugeot-Citroën, ils sont à peine en 2ème. L’avenir à moyen terme dépend de la relation qu’ils auront avec les Chinois. C’est tout le défi que doit relever Carlos Tavares pour qui, l’électrique est devenu l’enjeu stratégique majeur.

La force de Renault-Nissan-Mitsubishi, c’est que cette alliance n’est pas un groupe capitaliste habituel. Les sociétés n’ont pas fusionné. Elles ont passé des accords de mariage sous le régime de la séparation. Elles ont une partie de leur activité en communauté, mais tout cela a donné lieu à des accords privilégiés chapeautés par une seule direction, celle du Français Ghosn qui a, envers et contre tout, maintenu la marque et le siège en France. Qui a aussi, grâce à un accord de compétitivité signé par les syndicats français, maintenu les emplois à un moment où toute cette industrie préparait ses valises.

<--pagebreak-->

Et dans ce contexte, l’attitude belliqueuse de l’administration française à l’encontre du président de Renault n’a pas de sens. Elle est même ridicule aux yeux des étrangers, même dangereuse pour l’avenir du groupe.

Soyons précis : les succès stratégiques de Carlos Ghosn ne l’autorisent pas à s’affranchir des règles concernant la gouvernance de l’entreprise et la fixation des salaires des PDG, mais son caractère entier et son histoire un peu tumultueuse chez Renault n’autorisent pas le ministre de l’Economie à engager un procès purement médiatique contre le PDG qui peut abimer la crédibilité du groupe et une fois de plus décourager nos partenaires.

Parce que le procès n’est que médiatique, aucune malversation ou infraction juridique n’a été retenue contre le président un peu gourmand au regard de la morale franco-française qui pèse sur les rapports que les politiques entretiennent avec l’argent.

Cette affaire a beaucoup remué les milieux japonais qui rappellent non sans malice à Mr Macron que le problème est très simple : Nissan subventionne à 75% la firme française Renault. Et le japon estime que Carlos Ghosn leur appartient un peu.

Pour être plus précis, la presse financière rapporte certains détails et rappelle trois faits auxquels la communauté financières est très attentive :

1er point, les Japonais et les Asiatiques ont beaucoup d’admiration et de respect pour Carlos Ghosn. A Tokyo, c’est une immense vedette, non pas pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il a fait. Carlos Ghosn est l’homme qui a sauvé Nissan de la ruine en faisant accepter aux salariés japonais, les contraintes d’une logique de l’offre. Nissan est un monument national pour les Japonais qui ont la preuve qu’une reforme de compétitivité leur a sauvé un des plus beaux fleurons de leur industrie.

Mais ce n ‘est pas tout, dans ce pays de « vieux », parce que le Japon a une démographie vieillissante, Carlos Ghosn a fait la pédagogie, partout dans les usines et à la télévision des stratégies de long terme. Il a redonné à l’industrie un horizon et une ambition.

2e Point, les Japonais rappellent que Nissan s’est relevé grâce aux efforts des salariés et des actionnaires japonais. Nissan appartient un peu à Renault et beaucoup aux fonds japonais, et ces Japonais sont parfaitement au courant que c’est leur entreprise qui a maintenu Renault hors de l’eau. Sans Nissan, Renault n’existerait plus. La presse financière de Tokyo hallucine quand elle entend un membre du gouvernement français oublier cette évidence.

3e point, enfin, sur les salaires, les milieux d’affaires sont excédés par ce qui est dit ou écrit. Pour eux, la rémunération de Carlos Ghosn correspond au prix de la marche internationale des cadres dirigeants. Ils rappellent qu’une très grande partie de ce salaire est indexé sur la performance du groupe selon des modalités qui ont été fixées par le ministre actuel de l’Economie en France et que le fait de railler le résultat d’une équation qu’on a dressée soi-même était quand même malvenu. Enfin, il explique que dans cette alliance, Nissan représente 75% du poids global, des volumes vendus, des chiffres d’affaires, et surtout, des performances de l’alliance. Et ce déséquilibre n’a pas posé pour l’instant trop de problèmes … sauf qu’il ne faudrait sans doute pas oublier que la France n’est pas forcément totalement chez elle dans l’alliance.