Auto-Entrepreneur – Hervé Novelli : « Madame Pinel, appliquez le rapport de l’IGF et de l’IGAS ! »

En voulant faire « évoluer » le statut de l’auto-entrepreneur, Sylvia Pinel, la ministre du Commerce et de l’Artisanat, s’est attirée les foudres du monde entrepreneurial. La locataire de Bercy, qui propose l’inverse d’un rapport de l’IGF et de l’IGAS sur le sujet, argue une concurrence déloyale dans certains secteurs d’activités. Pour Hervé Novelli, ancien ministre et père du régime de l’auto-entrepreneur, cette situation est « incompréhensible ». Il s’adresse directement à la ministre et lui demande solennellement de n’appliquer que les recommandations du rapport.

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Vous êtes à l’origine du régime de l’auto-entrepreneur, que pensez-vous de la position de Madame Pinel ?
C’est un choix incompréhensible et incohérent parce qu’il y a un rapport commandé par les 6 ministres de Bercy et Monsieur Sapin. Ce rapport de l’Inspection Générale des Finances et de l’Inspection Générale des Affaires Sociales, contient beaucoup de préconisations mais réfute absolument les sujets dont veut s’emparer Sylvia Pinel : la limitation dans le temps du régime et la modification, vers le bas, des niveaux de chiffres d’affaires. Si on voulait tuer le statut on ne s’y prendrait pas autrement. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce rapport, ce n’est pas celui d’un expert que l’on peut balayer facilement. C’est un rapport des  administrations de Madame Pinel, alors appliquons les recommandations et  nous aurons quelque chose de cohérent, de lisible et qui montrera que ce statut peut évoluer pour qu’il profite tous.

La ministre pointe la concurrence déloyale faite par le statut, notamment dans le secteur du bâtiment. N’est-ce pas un choix compréhensible de sa part ?
On va dire que je plaide pour le statut que j’ai créé, mais là encore l’administration elle-même nous dit que c’est un phénomène « résiduel ». J’invite Madame Pinel à se pencher sur une donnée : le chiffre d’affaire des auto-entrepreneurs dans le secteur du bâtiment. Il représente 0.7% du CA des entreprises de moins de 20 salariés du secteur du bâtiment ! C’est cela une concurrence déloyale ? Mais de qui se moque-t-on ! La position de la ministre, c’est la position du président de la CAPEB, le syndicat professionnel du bâtiment qui a des arrière-pensées archaïques et corporatistes. C’est de cela dont souffre notre pays et qu’il faut dénoncer.

Quel message adressez-vous à Sylvia Pinel ?
Je lui dis qu’elle avait une solution, que toute personne de bonne foi et sensée, aurait du prendre. Madame Pinel dispose d’un rapport rédigé par les hauts fonctionnaires de l’IGF et de l’IGAS. Les administrations ont pris du temps pour écouter, analyser, expertiser ce statut et font trente recommandations : et bien, qu’elle les applique à la lettre ! Voila une position qui est tenable politiquement. C’est cette position qui doit être prise par la ministre dès lors qu’elle voudra bien arrêter d’être prisonnière des arguments du syndicat professionnel du bâtiment.

Par Julien Gagliardi