Avec des élites politiques un peu moins arrogantes, la France aurait pu faire aussi bien, sinon mieux que l‘Allemagne.

Dans la lutte contre le Covid, l‘Allemagne s’en sort beaucoup mieux que la France : un nombre de décès 4 fois moindre, une situation financière qui lui permet de protéger son économie et, fait nouveau, d’aider le reste de l’Europe à ne pas sombrer.

Les esprits les plus sévères, violents et polémiques ne manqueront pas de comparer la situation française d’aujourd’hui à celle de 1940. Une situation de désolation qui avait conduit le pays à la défaite. Pas d’armée, pas de matériels, pas de chars d’assaut, pas d’organisation, pas de commandement cohérent, que des petits chefs arrogants. Aujourd‘hui, ça pourrait être facile de faire le même constat, on est en guerre contre un virus ridicule (c’est le président qui l’a dit et répété) mais on n’a pas de masques, pas d’armes, pas d’outils, pas de tests, pas même de réactifs pour les fabriquer, pas d’organisation, pas de responsable, des généraux frileux et incertains à la tête de la Santé, incompétents et prétentieux…

 

Quand l’élite politique, culturelle et économique de la France reconnaitra que l’Allemagne a, dans la lutte contre le Covid, fait une fois de plus les bons choix stratégiques si on s’en tient aux chiffres de la maladie, nous aurons fait un énorme progrès pour sortir de la crise.

Mais cette élite fait tout le contraire. Encore aujourd’hui, les principaux responsables politiques de l’extrême gauche à l’extrême droite utilisent le succès de nos voisins du nord mais refusent d’appliquer le début de leur procédure ou leur recette.

Jean-Luc Mélenchon voue une haine aussi féroce qu’incompréhensible aux Allemands, François Ruffin en rajoute au point de déborder de ridicule, alors qu’à l’autre bout de l’échiquier politique, Marine le Pen a carrément désigné l’Allemagne comme le bouc-émissaire de nos difficultés, ce qui est complètement faux et indigne d’une responsable politique. Entre les deux extrêmes, les chefs et les sous-chefs politiques se noient dans des analyses contradictoires. La plupart sont bien obligés de reconnaître que, dans la lutte contre le virus, l’Allemagne obtient des meilleurs resultats, mais ils sont incapables de reconnaître que leurs choix et leurs procédures sont plus performants. Y compris, le président des Hauts de France, Xavier Bertrand qui, le week end-dernier, envoyait quelques injonctions au président de la République mais tombait dans la marmite des prescriptions les plus populistes.

Si le temps n’est pas venu des règlements de comptes politiques, la critique systématique du modèle allemand n’est pas plus acceptable.

En toute logique, les responsables politiques, économiques et sociaux français devraient se mettre autour d’une table, regarder l’état de l’Allemagne et se plonger dans son modèle pour y puiser une partie de ses recettes.

Parce que rejeter le débat en prétendant que les Allemands sont des Allemands n‘autorise personne à les désigner comme responsable de tous les malheurs des Européens.

Face à cette crise historique, les performances de l‘Allemagne tiennent à des structures d’organisation et des procédures dont nous aurions pu très bien nous inspirer, mais que nous refusons tout en reconnaissant qu‘elles sont efficaces. L‘attitude révèle une arrogance toxique ou complaisante avec l’incohérence. L’exercice est d’autant plus intéressant que les deux pays pèsent pratiquement le même poids. La grande différence réside dans les organisations, les procedures et la décentralisation des responsabilités.

 

  1. L’organisation administrative. L’Allemagne est certes un Etat fédéral, ce que n’est pas la France, mais la décentralisation des pouvoirs et des responsabilités au niveau des Länder aurait dû nous inspirer lors des dernières réformes régionales. On a découpé, déconcentré mais on n’a pas donné plus de pouvoir (ni de budget) aux exécutifs régionaux. L’application du principe de la subsidiarité ne fonctionne pas. Il faut toujours remonter à Paris pour acheter le premier masque de protection.

 

  1. L’organisation du modèle de santé se partage entre des équipements publics mais plus d’établissement privés. L‘Allemagne, au niveau de ses Länder, a procédé à quantité de privatisations mais en veillant à maintenir une concurrence très forte entre les établissements. La concurrence est sans doute le moteur d’un système. Les chefs d’établissement hospitaliers sont des chefs d’entreprises à part entière avec des actionnaires auxquels ils rendent des comptes, mais qui comme dans tous les secteurs, respectent la cogestion avec les organisations syndicales.

 

  1. L’assurance maladie. En Allemagne, la sécurité sociale unique avec le service centralisé de l’assurance maladie n’existe plus. L’assurance maladie en Allemagne fonctionne comme l’assurance automobile en France. Elle est obligatoire, les primes sont payées par l’employeur et l’employé, mais les assurés sociaux ont le choix de leur assureur, ils peuvent choisir, au-delà d’un matelas minimum obligatoire, le montant des primes, des prestations et des prestataires. Le système de financement est inscrit dans une logique de concurrence ce qui là encore, est un facteur de progrès.

Le résultat par rapport à la crise du corona est que les Allemands n’ont jamais manqué de masques, ni de tests de dépistage et que les confinements sont gérés par les autorités locales.

 

  1. La gestion budgétaire de l‘Allemagne l’a mise dans une situation financière très confortable qui lui permettra de faire face aux besoins de la relance, et lui permet aujourd hui d’emprunter. Les partenaires sociaux ont parfaitement intégré que la sortie de crise économique ne peut passer que par l’épargne (les emprunts) et par le travail, d’où la nécessité de jouer sur la durée du travail pour rattraper la richesse perdue.

 

5. Un changement de stratégie européenne. Contrairement à ce qu’on affirme encore, l’Allemagne a convenu que l’unification et la coordination européenne seront incontournables. L‘Allemagne n’acceptera pas les eurobonds parce que les eurobonds auraient servi à financer les dettes passées des Etats. En revanche, l’Allemagne accepte la mutualisation des dettes à venir, c’est à dire les financements du redressement.

L‘Allemagne a donc donné son accord au financement monétaire par la BCE, la Banque centrale européenne.

L’Allemagne, comme les autres pays européens, participent aux fonds de secours mobilisés pour les relances budgétaires des Etats : le MSE (mécanisme de stabilité européenne) et le FES (fonds de stabilisation,  pour 500 milliards d’euros dans un premier temps sans conditions. Ça signifie que des pays fragiles et vulnérables comme l’Italie et l’Espagne vont pouvoir obtenir des fonds au prix de l’Europe du nord. En clair, l‘Allemagne prend en charge le risque financier du sud.

Les analystes expliqueront pourquoi l’Allemagne a pris ce virage historique, mais le fait est que l’Allemagne joue le futur de l’Union européenne alors que la crise du coronavirus pouvait signer son arrêt de mort. Pourquoi Angela Merkel l’a-t-elle permis ? Sans doute parce que la majorité des dirigeants politiques allemands ont compris que sans l’Allemagne, l’Europe ne pouvait plus survivre mais que sans l’Europe, l’Allemagne s’étouffait...