Avec ou sans 49-3, les deux raisons pour lesquelles les patrons soutiennent la loi Macron

La majorité des chefs d’entreprise n’ont pas dissimulé leur satisfaction après l’adoption de la loi Macron. D’abord parce qu’elle contient des mesures bonnes à prendre. Ensuite, parce que le débat va clarifier la situation politique, à gauche comme à droite. Explications.

Techniquement, la loi Macron ressemble à un vide grenier législatif. Le Premier ministre a bourré ce paquet juridique destiné « à libérer l’économie », d’un tas de mesures qui vont un peu dans tous les sens. Cependant, les chefs d’entreprise ont compris que, pour la première fois, on les prenait au sérieux dans le processus de création de la richesse.

Pour la première fois, on organise quelques assouplissements pour faciliter le travail, on libère l’économie de quelques carcans qui la bloquent. C’est le cas du travail le dimanche, l’ouverture à la concurrence des autocars, le plafonnement des indemnités de licenciements etc.

Toutes ces réformes ne refondent pas une politique économique globale, mais, mises bout à bout, elles peuvent booster l’activité. Dans tous les cas, les chefs d’entreprise ne les boudent pas. Sans parler de l’ambiance qui entoure ce débat et qui marque une réhabilitation de l’entreprise comme l’acteur majeur de la création de la richesse et de l’emploi.

Pour beaucoup de patrons, et notamment pour les représentants syndicaux, ce débat autour de la loi Macron peut changer la donne à gauche comme à droite. A gauche, d’abord et contrairement à ce que disent beaucoup d’analystes politiques, cette loi Macron ne marque pas un échec de Manuel Valls. Elle marque au contraire très fortement un positionnement nouveau au sein de ce qui reste comme majorité présidentielle.

Avec la loi Macron, Manuel Valls se positionne comme le libéral de la gauche, porteur et artisan du changement du PS. Avocat de la vérité des chiffres, du respect des contraintes et du rejet des promesses irréalisables. Quand manuel Valls dit qu’ il n’y a pas des « mesures de gauche et des mesures de droites » mais qu’il y a « des réformes efficaces et performantes pour tout le monde », il désespère le cœur du PS.

Il met aussi en colère la gauche de la gauche mais il marque des points chez tous les cadres qui votent à gauche et qui rêvent de développement économique mondial, de modernité, d’une Europe fédérale et cohérente. Bref, il fédère la gauche moderne, le centre très européen et les libéraux de droite. Il va même plus loin, il boude le Parlement et s’en va à la télévision parler directement à l’opinion.

Sur l’échiquier politique, il adopte une posture très nouvelle qui plait au monde de l’économie, aux adeptes des logiques d’offre et on voit qu’il tourne le dos à certaines habitudes de la gauche, les logiques keynésiennes, le dialogue social.

Cette loi Macron est pour lui l’occasion de marginaliser son ministre de l’Economie qui a donné son nom à une loi mais qui n’a pas pu (ou pas su) la faire voter. C’est aussi pour lui l’occasion de se démarquer de François Hollande en passant pour celui qui bouge, qui réforme au côté d’un Président qui cultive l’immobilisme.

Si le pays fait quelques progrès en terme d’activité et d’emplois, si Valls obtient quelques résultats, il en tirera bénéfice pour prendre la tête d’un courant social libéral.

Certains patrons vont plus loin encore. Si François Hollande ne pouvait pas se représenter ou s’il était contraint de passer par une primaire, il aurait comme principal adversaire Manuel Valls. Pour les chefs d’entreprise comme pour une grande partie du monde de l’économie, une présidence Valls dotée d’une majorité sociale libérale est parfaitement compatible avec les objectifs de compétitivité mondiale, d’évolution vers plus d’Europe et d’un renforcement de l’économie de marché. Seul moyen pour eux de protéger le modèle social français.

Pour la droite, le positionnement de Manuel Valls après cette épreuve de force va l’obliger à changer son discours ou plutôt à définir un programme plus ouvertement libéral. La droite va être obligée de travailler. La classe politique va peut-être gagner en qualité.

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