Bilan d’Anne Hidalgo : ce sont les grandes fortunes qui plébiscitent finalement Paris comme ville la plus attractive du monde

Lapresse.ca

Les trains et les métros roulent, les investisseurs étrangers « choose » Versailles, le made in France est invité à l’Élysée, Édouard Philippe a retrouvé son humour potache. Laurent Berger engrange les adhésions et Martinez est en colère contre ses gars. Macron est content et s’il se met en colère, c’est contre les flics israéliens. La France va donc mieux. À peine croyable.

Après le classement EY, c’est le spécialiste mondial de l’immobilier haut de gamme, Barnes, qui place en tête du hit parade de l’attractivité la ville de Paris. Paris a été en 2019 la ville la plus recherchée par les grandes fortunes. 

C’est la grosse surprise du classement annuel de Barnes sur les villes recherchées par les investisseurs en immobilier, professionnels ou particuliers et notamment par les grandes fortunes de la planète. Barnes considère que la ville dirigée par Anne Hidalgo arrive en tête sur trois critères clef : l’intérêt économique et culturel et la politique environnementale.

Tout se passe comme si cette clientèle considérait que les évènements sociaux, les manifestations de rue, la violence certains samedis dans le cœur de Paris et les grèves à répétition, bref, tout ce qui perturbe beaucoup la vie quotidienne des Franciliens, tout se passe comme si les investisseurs internationaux relativisaient énormément leur impact et leur effet à moyen terme. Tout se passe comme si cette clientèle internationale prenait du recul sur les événements, mais surtout, comme c’est une clientèle qui voyage, en les mettant en perspective avec ce qui se passe ailleurs dans le monde. 

« Des évènements comme à Paris, il s’en passe dans toutes les capitales du monde, et Paris donne le sentiment de savoir les gérer, correctement sans trop d’atteinte aux valeurs et aux contraintes de la démocratie. » relève un analyste du secteur.

 

Pour les grands investisseurs internationaux, Paris a su préserver trois grandes qualités qui font de cette ville la plus intéressante du monde : 

D’abord, un engagement environnemental et la prise en compte de l’impératif de développement durable. C’est le critère devenu décisif dans les décisions d’investissement, l’actif immobilier doit respecter l’environnement. C’est comme si l’écologie était devenue créatrice de valeur. « Les bâtiments qui ne sont pas éco-conscients perdront de leur valeur à terme » explique le directeur de l’agence parisienne de Barnes. Il se passe finalement dans l’immobilier de luxe, ce qui s’est passé au niveau des marques de luxe de manière générale et les nouvelles technologies permettent d’effectuer cette transition vers des investissements plus propres. 

 

Ensuite, c’est la tendance à la hausse des prix. Le profil de prix est favorable à l’investisseur, c’est-à-dire que les prix augmentent donc les investissements sont profitables et les investissements prennent de la valeur. « Paris fait figure d’exception mondiale en « fêtant » sa quatrième année consécutive de hausse des transactions et des prix, dépassant désormais les 10 000 € en moyenne par mètre carré » explique-t-on chez Barnes.

Les prix ont augmenté en 2019 de 8% en moyenne et la demande est toujours largement supérieure à l’offre.

 Le phénomène de « ventes flash » s’est largement développé, c’est-à-dire que la majorité des biens sont vendus dans les premières 48 heures de leur mise en vente, parfois dès la première visite et au prix. Le réseau Barnes explique même que 30% de ses ventes se fait « off-market », c’est-à-dire sans qu’une annonce ne soit officiellement passée, uniquement par le répertoire de clients déjà existants.

 

Enfin, le climat général est toujours propice au business.

Ce qui se passe en France, relativement, est plutôt bien perçu. Un président pro-business qui malgré un mouvement de protestation commencé l’an passé, engage de nouvelles réformes d’envergure. Donc il y a des mouvements populaires, mais ça, les investisseurs savent qu’il y en a partout dans le monde, Hong Kong a perdu sa première place à cause de ça. Sauf qu’en France, le président et le gouvernement tiennent et la situation se retourne favorablement à leur avantage.

Au contraire, Paris profite aussi de l’effet Brexit. L’annonce de JP Morgan d’un achat d’immeuble pouvant accueillir près de 400 personnes a confirmé que Paris avait été préférée à Francfort ou Luxembourg, où la banque américaine est aussi présente.

 

En fonction de ces trois critère, Paris arrive désormais en tête dans le classement mondial, devant New York, comme valeur absolue sur le plan immobilier. New York reste intéressant mais New-York est aussi une ville où les biens sont déjà très chèrs et cela n’en fait pas la ville la plus attractive, car les potentiels de plus-value sont plus limités et une légère baisse des prix se fait déjà ressentir. New York se caractérise par une offre abondante, dont des biens neufs très exigeants en matière de luxe et de services.

 

Tokyo est troisième. L’affaire Carlos Ghosn n’aura finalement pas trop effrayé les grandes fortunes. La ville est sur le point d’héberger les Jeux Olympiques et profite d’un dynamisme redoutable avec des infrastructures spécialement réalisées pour l’occasion, ce qui devrait encore faire monter sa cote dans les années à venir. 

 

Los Angeles est quatrième et Hong Kong, première ville en termes de densité de milliardaires, dégringole cette année à la cinquième place, avec des manifestations qui ont eu un effet marqué sur l’économie et l’attractivité, en plus de créer des incertitudes.

 

Paris est la seule ville européenne du Top 5. Londres est depuis deux ans sortie des premières places, mais le Brexit qui se réalise pourrait la faire revenir dans le classement dès l’an prochain. Paris devra confirmer l’an prochain.

Ce classement est très important pour les équipes de campagne d’Anne Hidalgo. Alors Barnes ne fait évidemment pas campagne pour la réélection de la maire de Paris, ça n’est pas son job ni son intention. D’ailleurs ces grands investisseurs ne résident pas toujours dans Paris et ne votent pas aux élections municipales. La plupart d’entre eux ne pourrait pas citer le nom de la maire actuelle et les querelles politiques au niveau municipal ne sont pas leurs problèmes. Mais ils sont leaders d’opinion et de statut social notamment auprès du cœur de cible d’Anne Hidalgo, à savoir des classes moyennes supérieures qui habitent Paris intra-muros, très sensibles aux phénomènes économiques internationaux et aux évolutions de l’environnement. En bref , les critères que retiennent les grands investisseurs internationaux sont aussi ceux auxquels les résidents bobo-écolos sont très attachés. Reste la question de la hausse des prix, apprécié par les investisseurs, beaucoup moins par l’équipe dirigeante de Paris.