Billet d’humeur :
Le coronavirus ne devrait pas tuer la libido, mais les gestes barrières découragent très certainement les exercices amoureux.
Par le Docteur Philippe Abastado.

Comme beaucoup de ses confrères, Philippe Abastado est allé chez le pharmacien retirer les masques que l’administration, dans sa sagesse et sa générosité, distribue aux médecins. L’occasion de vérifier, ce que les patients achètent en période de crise. Le résultat est assez surprenant.

A l’entrée de chez mon pharmacien,  la queue se forme dans la rue mais peu de monde. Cela me surprend. Deux boutiques restent ouvertes : les pharmacies et les épiceries. Après les poireaux et beurre-œufs-fromages, je m’attendais à ce que les consommateurs refoulés trouvent dans la parapharmacie de quoi s’exprimer. Les probiotiques et autres huiles essentielles sont censés stimuler le système immunitaire et avoir de multiples vertus. Le bien-être, la beauté demeurent des exigences du quotidien. Force de constater que la parapharmacie ne déplace pas les foules.

J’interroge mon ami pharmacien sur ses ventes. Et je cherche à savoir, à côté des ventes de médicaments prescrits pour des maladies graves ou longues, comment se portent celles des produits à visée récréative. Une litote pour évoquer les inhibiteurs des phosphodiestérases plus connus dans le public sous les noms fameux de Viagra, Cialis, Levitra, Spedra.

A en croire mon pharmacien, les ventes de ces produits chutent. Alors que moi, naif, je m’attendais à ce que le confinement favorise les rapprochements.  Il semble surtout qu’il pénalise les amours illégitimes ou que la conjugalité n’ait pas besoin de stimulant. Je me demande si existe un lien entre ces ventes en baisse et l’augmentation de la violence intra-familiale.

A moins que les mesures barrières s’immiscent dans les couples, il est vrai qu’une distance minimale de 1 mètre entre les corps rend illusoire l’emploi de ces petites pilules.  Peut-être faudrait-il diffuser ces produits pour réduire les violences ? Il est à remarquer néanmoins que les ventes de contraceptions orales ne fléchissent pas. Faut-il y voir que le genre féminin est plus vaillant ou que les rapprochements des corps sont âge dépendant ?

Si Didier Raoult comme infectiologue garde une tendresse pour l’Hydroxychloroquine qui fut un traitement du paludisme, autorisons au cardiologue un sentiment semblable pour une famille qui sauvait des patients des insuffisances cardiaques. Des inhibiteurs des phosphodiestérases -l'amrinone, l'enoximone et milrinone (inhibiteur de la PDE -3) - appartenaient aux traitements de la dernière chance pour les malades mourant d’œdème du poumon. Ces produits augmentaient le débit cardiaque, dilataient les vaisseaux et intervenaient sur leur régulation nerveuse. Malheureusement, la poursuite de ces drogues au-delà de quelques jours était entachée d’une surmortalité. La milrinone reste un traitement inhalé des hypertensions artérielles dans les poumons. C’est en travaillant sur une forme orale de cette famille que furent découvertes des propriétés intéressantes au Sildénafil, vendu sous le nom de Viagra (inhibiteur PDE-5). C’est ce que l’on appelle un « effet secondaire ».

La manifestation majeure de l’infection au Covid est une insuffisance respiratoire avec un œdème attribué à la réaction inflammatoire. Aucun traitement à ce jour n’a réussi à bloquer cette réaction et éviter l’aggravation. Des inhibiteurs des phosphodiestérases ne peuvent pas faire de mal et peut-être même du bien. L’ordonnance Covid serait un de ces produits déjà magique à prendre dès les premiers signes cliniques, tant que le -ou la- patient est vaillant, avant l’orage inflammatoire et son insuffisance respiratoire. Les effets secondaires semblent à priori moins redoutables que les signes digestifs de l’Hydroxychloroquine, la tolérance cardiologique du produit a déjà été largement étudié. Une prise en charge du médicament par l’Etat sera du meilleur effet politique de Lille à Marseille. Une autre question sera étudiée : l’amour apaise-t-il la violence ? L’homme serait-il plus dangereux que le virus ?

 

Philippe  Abastado  est cardiologue , Cardiologue clinicien, Directeur de Recherche en Epistémologie appliquée à la médecine au CRPMS-Université de Paris.

Après un début de carrière en recherche fondamentale (mécanisme de production d’énergie du myocarde), Philippe Abastado s’est tourné, avec un plaisir revendiqué, vers une pratique de la cardiologie libérale avec la poursuite d’une activité de recherche et éditoriale. Est l’auteur de nombreux articles en anglais et français en cardiologie et en épistémologie. Entre autres ouvrages Cardiologie pour les nuls, derniers livres parus Naissance de l’Humain en Peinture, ed Age d’Homme (2017) et Le dernier déni. Craignons-nous plus la maladie que la mort ? Editions Albin Michel (2018).