Boris Johnson est sans doute l’homme qui finira par faire l’inverse de ce qu’il a dit qu‘il ferait

Les milieux d’affaires britanniques pensent que Boris Johnson va réussir là où Theresa May a échoué, c’est à dire qu’il finira par faire l’inverse de ce qu’il a toujours dit.. Ou alors il sera obligé de faire un deuxième référendum. 

Boris Johnson a donc réussi à conquérir le pouvoir politique et à s’installer aux commandes du gouvernement. Il avait les qualités pour cela. Aura-t-il maintenant les qualités pour exercer le pouvoir et sortir la Grande-Bretagne du piège dans lequel sa démocratie l'a enfermée? C’est la question que se posent les dirigeants de l’Europe toute entière. 

Aucun des portraits du nouveau Premier ministre publiés par la presse internationale n’est très flatteur. « Menteur, impulsif ou opportuniste », c’est pourtant l’homme qui devra régler en 3 mois ce qui n’a pas été réglé en 3 ans : sortir de l’Union européenne sans provoquer une catastrophe économique et sociale qui serait tragique pour l’ensemble de l’Europe. 

Les milieux d’affaires britanniques pensent que Boris Johnson sera obligé de faire l’inverse de ce pourquoi il a été élu. Tony Blair est encore plus brutal. Il estime que Boris Johnson sortira de l’Union européenne avec l’accord qui avait été négocié, quitte à modifier le point sensible de la frontière irlandaise, point sur lequel les Européens sont prêts à accepter une solution alternative. Et l’ancien Premier ministre travailliste d’ajouter que Boris Johnson va se préparer à faire exactement ce qu’Alexis Tsipras avait fait en Grèce. Si Boris Johnson échoue à faire accepter un Brexit avec deal, il se condamne à un nouveau referendum qu’il ne souhaite pas. 

Boris Johnson a toujours fait campagne pour la sortie de l’Union européenne. Mais l’homme est ambitieux et pour accéder au pouvoir, il n’a pas lésiné sur les frasques et les approximations de chiffres. Il doit pourtant la vérité à ses ressortissants. 

Pour les observateurs de l’intérieur, il prépare un scénario en trois actes. 

Acte 1 : Il peaufine sa posture de Brexiter dur et pur. Ses déclarations sont radicalement pour le Brexit, et son gouvernement ne se compose que de convaincus. L’objectif est de rassurer ses partisans et surtout d’impressionner les dirigeants européens pour qu’ils se persuadent que lui ne cèdera pas. 

Acte 2 : il va demander aux Européens quelques aménagements du deal. Michel Barnier a fait dire que l’accord négocié ne pouvait pas être abandonné, mais il laisse la porte ouverte à la discussion, notamment sur la question de la frontière irlandaise. Ce point-là est crucial. Boris Johnson ne peut pas accepter le back stop, ce mécanisme qui empêche un retour à une frontière physique entre les deux Irlande et qui maintiendrait de facto le Royaume-Uni dans l’UE. Mais Boris Johnson ne peut pas non plus prendre la responsabilité de faire un mur entre les deux Irlande et de retomber dans la violence et la guerre. Ça n’est pas envisageable. 

La solution qui est déjà à l’étude serait de reporter cette question-là dans le cadre des négociations qui, dans la période transitoire qui suivra le Brexit, règlera le détail des relations entre la Grande Bretagne et l’Union européenne. On aura alors 3 ans pour trouver une solution. Du coup, personne ne perdra la face. En bref,Boris Johnson achète la totalité du deal signé par Theresa May si on  précise que certains points ( dont la frontière) seront négociés pendant la période transitoire.  

Acte 3 : Avec un deal qui reporte à plus tard les détails qui fâchent et particulièrement le cas de la frontière irlandaise, Boris Johnson doit pouvoir obtenir une majorité au parlement pour faire accepter son Brexit avec un deal qui préserve les intérêts de chacun.

Les opportunités existent pour réussir un tel scénario avant le 31 octobre.

 

D’abord, parce que la relation avec les Européens va être plus frontale. Boris Johnson est souventimprévisible et impulsif mais il dit les choses clairement. Ilva utiliser la menace du no-deal, allant jusqu’à le préparer concrètement, pour contraindre les Européens et obtenir les arrangements qu’il souhaite à l’accord actuel. 

Ensuite, le changement de gouvernance à Bruxelles peut faciliter la reprise des négociations.  Ursula Von der Leyen doit prendre ses fonctions le 21 octobre, mais ses avis sont déjà écoutés. Pas question de renégocier un accord, mais si reporter à la phase transitoire le règlement de la frontière irlandaise permet de sauver le deal, les Européens n’hésiteront pas. Et surtout pas les Allemands.  

Enfin, les députés ont voté la semaine dernière en faveur d’un amendement qui empêche Boris Johnson de passer en force et il lui est maintenant quasiment impossible de le faire, au risque de déclencher une motion de défiance et de nouvelles élections. Il est donc fort probable que Boris Johnson joue le risque du no-deal pour une majorité sur accord modifié. En mars dernier, il avait fini par voter l’accord de Theresa May quand celle-ci avait mis sa démission dans la balance. 

 S’il veut rester au pouvoir, s’il veut garder une majorité qu’il a du mal à consolider, il n’a d’autre choix que de mettre en œuvre le Brexit. Mais s’il veut que ce Brexit ne provoque pas une crise économique, il doit obtenir un deal.  

Boris Johnson est prêt à oublier son fameux « Fuck Business »,parce que sa survie en dépend. Il a besoin de se faire des alliés dans les milieux d’affaires, qui veulent en finir avec l’incertitude.   « Faites ce que vous voulez mais faites-le vite» a injectivéCarlos Tavares, président de PSA, au nouveau Premier ministre, s’inquiétant de décisions suspendues qui, à terme, pourraient être dommageables. Quelle que soit l’issue finale du Brexit : «Nous sommes agiles, nous nous adopterons » rajoute le dirigeant français. 

L’incertitude a duré trop longtemps, monde des affaires et monde politique devraient maintenant agir de concert pour mettre un point final au Brexit.