Boris Johnson, super favori, champion d’un Brexit dur, se prépare à un compromis qui permettra au Royaume-Uni de rester dans l’Europe.

Boris Johnson mène le jeu dans la course à Downing Street mais le champion d’un Brexit « no deal » sera en position d’accepter le deal qui avait été négocié par Theresa May...

« Les Anglais ont toujours eu un pied dans l’Europe et l’autre dehors. Avec Boris Johnson, ce sera l’inverse ». Les bons mots ne manquent pas pour fustiger les ambiguïtés de la position des dirigeants britanniques.

Nul ne sait si les Anglais qui avaient voté pour le Brexit s’y retrouveront finalement au terme dun psychodrame qui dure maintenant depuis plus d’un an. Mais Boris Johnson, le champion dun Brexit dur qui apparaît cette semaine comme super favori à la succession de Theresa May, va se retrouver finalement dans une position politique qui devrait lui permettre daccepter un deal de sortie et qui ressemblera à la copie conforme de celui que Theresa May avait négocié et qui lui avait été refusé à trois reprises, notamment par tous les soutiens de Boris Johnson.

Boris Johnson jouit aujourd’hui d’une popularité extraordinaire dans la population britannique. Il a acquis cette position en prenant la tête du courant anti-européen, en répétant sur toutes les estrades du Royaume que les ennuis mal supportés par les Anglais de la classe moyenne étaient causés par l’arrogance de Bruxelles et surtout par l’obligation de se soumettre à l’administration européenne. Boris Johnson a donc fait une campagne violente en faveur du Brexit et contre tous ceux qui à l’intérieur de son parti cherchaient à négocier des conditions de sortie qui limitent les dégâts. Ministre des affaires étrangères, il a démissionné du gouvernement pour ne pas accompagner Theresa May dans sa négociation d’un deal de sortie avec Bruxelles, puis il a poursuivi son combat pour refuser le deal et pousser Theresa May à la démission.

Seulement, le voilà maintenant à la porte de Downing Street, c’est à dire en situation davoir à assurer la responsabilité du gouvernement. Lui qui aurait voulu tout balayer. Lui qui a utilisé les arguments les plus violents, n’hésitant pas à utiliser des chiffres faux ou imaginaires pour convaincre que l’Union européenne mettait la Grande Bretagne en risque d’apocalypse.

Depuis mardi de cette semaine, les plus fins analystes considèrent que Boris Johnson va devoir se préparer à sortir de la posture dopposant vibrionnant pour prendre celle de Premier ministre responsable.

Et de penser dans la foulée que le bougre en est parfaitement capable, au point même de trouver une majorité au sein du Parlement pour appliquer le deal de sortie que Theresa May s’était vu refuser.

Depuis mardi, Boris Johnson a conforté sa position de dur et pur au sein même de son parti, puisqu’il a obtenu 126 voix contre son successeur au gouvernement Jeremy Hunt et surtout Michael Gove qui voulaient eux, éviter ce qu’ils appelaient la catastrophe d’un Brexit sans accord de divorce au 31 octobre prochain. Toujours en course Sajid David, le ministre de l’intérieur favorable à un no-deal (comme Boris Johnson) et Rory Steward, le ministre du développement qui, lui, s’oppose au divorce sans accord c’est à dire qu’il fait cause commune avec Jeremy Hunt et Michael Gove.

Alors, la situation encore compliquée est quand même en train de se simplifier d’abord parce que Boris Johnson a l’air de rassembler tous les pro-Brexiters et les partisans d’un deal semblent se regrouper autour d’un Michael Gove ou de Rory Steward. Les deux étant en train de négocier leur poste au futur gouvernement.

Politiquement, Boris Johnson a donc toutes les chances de remporter la première étape du concours de sélection du Premier ministre face à un partisan de deal. Ce sont les adhérents du parti conservateur qui les départageront à la fin du mois de juillet.

Mais au terme de cette procédure un peu alambiquée, Boris Johnson, Premier ministre, va se retrouver exactement dans la même position que Theresa May. Il devra prendre ses responsabilités et sera confronté à une situation économique compliquée, face à la réalité des chiffres qu’il a toujours niée jusqu'à maintenant. Face à la nécessité qu’il aura de négocier des accords avec chacun des 27 pays membres de l’Union européenne, et de répondre au monde du business qui a besoin de cohérence, autre chose que son fameux : « fuck business ! »

La majorité du parti conservateur sait parfaitement quune fois au pouvoir, Boris Johnson sera obligé de trouver un compromis qui ressemblera évidemment au deal de Theresa May. Pour deux raisons :

1 Il existe un accord et l’Union européenne est parfaitement unie sur l’idée quelle ne voulait pas rouvrir des négociations 

2 Les soutiens dont il bénéfice viennent de partisans les plus radicaux, or ces radicaux ne feront pas une majorité. Il va devoir prendre en compte et gouverner avec des dirigeants britanniques qui ne sont pas sur sa ligne.

Lors du seul débat contradictoire qu’il a eu avec 5 de ses challengers sur la BBC, mardi dernier et qui a tourné à la cacophonie, tout le monde a bien vu qu’il avait du mal à se faire entendre de ses détracteurs. « Dans ses conditions, comment pourrez-vous faire pour vous faire entendre des 27 pays de l’Union européenne? ».

Boris Johnson sait très bien qu’une fois élu, il risque la paralysie. Alors il se prépare. Lors du débat télévisé, il a commencé à dire qu’il lui fallait protéger les intérêts des Anglais, de tous les Anglais, et protéger aussi les intérêts de l’Union européenne. Quant au Brexit, il a aussi commencé à dire « qu‘il n’avait jamais été opposé à un deal de divorce. Il en faudra un. Mais pas celui de Theresa May.  »

A Bruxelles, on ne s’inquiète plus autre mesure, on attend Boris Johnson sans état d’âme particulier.  Dans toutes les démocraties, on sait bien depuis Machiavel que les qualités qu’il faut pour conquérir le pouvoir ne sont pas toujours celles qu’il faut pour exercer le pouvoir. En bref, Boris Johnson ne serait pas le premier à conduire une politique qui serait très différente de celle qu’il aurait promis dans la chaleur d’une campagne électorale.