Bourses, bruits d’orages et rumeurs de dépression : pourquoi tout le monde vend

La semaine a très mal commencé sur les marchés boursiers. Les détenteurs de capitaux et les fonds d’investissement se mettent à vendre et du coup, les prix baissent.

D’ordinaire, les observateurs des marchés financiers ne s’intéressent guère aux fluctuations quotidiennes. Quand ça baisse, ça remonte le lendemain. Les spéculateurs en font leurs choux gras, mais les économistes où les chefs d’entreprise ne vont pas se stresser pour de fausses colères qui perturbent les traders et donnent le fièvre aux salles de marchés.

Ce qui se passe depuis quelques semaines leur parait plus sérieux. La baisse générale des valeurs boursières a d’abord été lente. Beaucoup on dit que cette tendance à la baisse résultait d’arbitrages consécutifs à la hausse forte depuis deux ans sur tous les marchés du monde. Puis, cette baisse est devenue persistante. Depuis le début de la semaine, la plupart des bourses occidentales ont enchainé les chutes et les dégringolades. Le bilan, c’est qu’en deux jours, on a encore perdu 4% en moyenne, et qu’en six mois, on est revenu à la case départ du début de l’année.

Les marchés ont, certes, essuyé depuis une semaine l’effet de la catastrophe Volkswagen qui a entrainé dans sa chute toutes les valeurs automobiles. Mais aussi beaucoup de sous-traitants, ainsi que la plupart des valeurs industrielles.

Que l’industrie automobile ait une position systémique ça n’est pas nouveau, mais que l’automobile puisse entrainer la cote de toutes les valeurs sur les marchés mondiaux, ça n’est pas possible. Surtout que la chute des valeurs automobile est arrivée, alors que la tendance était déjà détériorée.

Les analystes financiers et les économistes considèrent que le monde entier est entré dans l’antichambre d’une nouvelle dépression. On pensait être sorti de la crise. Oui, mais le redressement américain a trompé tout le monde. La planète est en risque de dépression, c’est le diagnostic le plus souvent partagé et ce, pour trois grandes raisons.

Tout d’abord, les pays émergents sont en panne. Et spécialement les deux plus grands : le Brésil et la Chine. Le Brésil est à l’arrêt. Producteur de pétrole, de gaz et d’alcool, le Brésil affronte la concurrence des gaz de schistes américains. La Chine, est tombée à 5% de croissance officielle. En réalité, les connaisseurs de la Chine pensent qu’elle ne fera pas plus de 2%.

Pour les Chinois, c’est une catastrophe. C’est la preuve que Pékin n’a pas réussi à retourner son modèle de croissance. La Chine a fonctionné pendant 20 ans comme l’usine du monde occidentale. Quand la crise a tapé les pays occidentaux qui étaient ses clients, Pékin a tourné son système de production vers la consommation intérieure, mais cette version-là ne marche pas bien. Pour consommer des produits de consommation ou d’équipement du ménage, il faut du pouvoir d’achat, il faut avoir envie et en avoir le droit. Les Chinois de la rue n’ont, ni pouvoir d’achat, ni envie ou besoin de consommer. Pas encore. Quant au droit de le faire, c’est encore compliqué. Le décollage de la société de consommation chinoise a raté.

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Ce ralentissement explique évidemment la baisse du prix des matières premières et de l’énergie.

Ensuite, parce que la reprise dans les pays occidentaux est faible, fragile et inégalement répartie. Les Etats-Unis sont repartis assez vigoureusement mais l’Europe est encore essoufflée. Pas ou peu d’activité, d’emplois et d’investissement. Avec des moteurs complètement usées.

Enfin, les politiques monétaires mises en place depuis 8 ans sont devenues inopérantes. La politique d’achats d’actifs assez massive, la baisse des taux d’intérêt, a atteint ses limites aux USA, en Europe. Elle a été complètement inopérante au Japon. Le problème est inquiétant parce que les politiques monétaires ne peuvent plus être relancées. Les taux d’intérêt ne peuvent plus baisser, ils sont déjà à zéro. Or, l’économie réelle a besoin d’investissements. Cet investissement, c’est du risque et le risque doit être rémunéré. Comment rémunérer le risque quand les taux sont à zéro ? Comment prendre des risques et investir ? Au contraire, il faudrait donc les remonter.

Plus grave, on est arrivé à un point où les trois leviers d’une politique économique sont enrayés. La politique monétaire est paralysée. La politique budgétaire est hypothéquée par la dette et les politiques structurelles qu’il faudrait lancer pour retrouver des marges de compétitivité sont éméchées par les pressions politiques, sociales ou protectionnistes.