Brexit : L’hypothèse d’une démission de Theresa May n‘est plus exclue, alors que la Grande Bretagne est au bord du chaos.

Theresa May est partie en vacances complètement épuisée et déprimée en laissant la Grande Bretagne dans la plus grande incertitude quant à l’issue des négociations sur le Brexit.

Le Brexit est entré dans la phase de négociation dure. Michel Barnier, qui a été chargé par la Commission européenne du dossier, applique le mandat qu’il a reçu. Puisque la Grande Bretagne a voté pour le Brexit et même si l‘Union européenne le regrette, l’Union ne veut pas, pour autant, faire des compromis. Donc Michel Barnier demande tout le Brexit et rien que le Brexit.

Theresa May, qui a essayé de gagner du temps et de tempérer pour obtenir des concessions, se retrouve piégée, d’autant que, politiquement, elle est devenue très fragile.

Comme lors des vacances de Pâques, elle a une fois de plus choisi de se réfugier dans les montagnes suisses pour essayer de prendre de la hauteur et y voir clair dans la négociation du Brexit, devant l’ampleur de la tâche, le désaccord de son propre parti et surtout face aux perspectives particulièrement douloureuses qui commencent à toucher le peuple britannique.

En quittant le 10 Downing Street avec son mari, elle a simplement dit à quelques-uns de ses collaborateurs qu‘elle reviendrait vers le 15 août avec une idée et une solution.

Du coup, tout le monde craint le pire. La dernière fois qu‘elle était revenue de vacances, elle avait proposé d’anticiper les élections législatives en espérant obtenir une majorité renforcée pour négocier un Brexit dur. La réalité, c’est que les élections faites, elle s’est retrouvée sans majorité, obligée de trouver des solutions de compromis qui l'ont terriblement affaiblie dans la négociation avec les européens. Beaucoup, dans les milieux d’affaires, pensent qu‘elle devrait démissionner en rentrant de sa montagne et proposer son remplacement par Philip Hammond qui semble désormais le plus crédible dans la classe politique pour sortir le pays de l’impasse. Les banquiers de la City, selon le très conservateur Times, considèrent que c’est le seul qui a parfaitement compris les enjeux de cette négociation.

La position des européens pendant le dernier round de négociations, qui s’est terminé en fin de semaine dernière, n’a pas changé. Michel Barnier a rappelé le calendrier selon lequel le divorce sera effectif dans 20 mois maintenant et que d’ici là, il faudra avoir réglé tous les problèmes.

Michel Barnier a mis à l'ordre du jour les deux questions préalables qu’il faut absolument traiter

La première porte sur le droit des citoyens européens. Michel Barnier a rapporté que Londres et Bruxelles n‘étaient toujours pas d’accord sur la façon de traiter et de garantir les droits des européens installés en Grande Bretagne et ceux des britanniques installés en Europe.

En bref, la Grande Bretagne refuse que ce soit la Cour européenne qui demeure compétente une fois le Brexit prononcé pour traiter du droit des européens résidents en Grande Bretagne. Pour Michel Barnier, ces européens-là seront garantis par la Cour européenne. Comme tous les européens expatriés au sein de l’Union. Michel Barnier attend une clarification des anglais sur ce point. On sait parfaitement que Londres voudrait reprendre le contrôle des droits sociaux et fiscaux de ces populations, quitte à pénaliser les anglais installés sur le continent, lesquels commencent à faire des démarches pour obtenir un passeport français ou allemand.

La deuxième question porte sur le solde des comptes communs. Selon les estimations et les études réalisées par Bruxelles et par Londres, le Brexit coûtera à la Grande Bretagne la bagatelle de 60 à 100 milliards d’euros. Il s’agit de rembourser les engagements qui avaient été pris par la Grande Bretagne en échange de prestations de services rendus, il s’agit aussi de payer les frais de déménagements et de réinstallation sur le continent de différentes agences européennes de régulation qui avaient été installées en Angleterre. Pareillement, il faudra prendre en compte les droits sociaux accumulés par les ressortissants qui quitteront le Royaume-Uni.

Le total de la facture va de 60 milliards d’euros estimés par Londres, à plus de 100 milliards par Bruxelles. La vérité doit se situer entre les deux.

Cette facture restera quoi qu'il arrive considérable, d’autant que la Grande Bretagne voit sa situation économique se détériorer. La chute de la livre a entrainé une hausse des prix de produits importés, non compensée par la hausse des exportations qui, à terme, seront impactés par des droits de douane.

Les prix intérieurs ont donc commencé à augmenter, la consommation a baissé et la production industrielle a ralenti.

Cette situation inquiète forcement la population à qui on a vendu un Brexit qui leur rapporterait de l’argent, de l’activité et de la tranquillité.

Ça commence à ne pas être le cas alors que la majorité des entreprises, ne sachant pas à quelle sauce elles seront mangées, n’ont pas encore mis en place des plans B. A l’exception de l’industrie financière, qui s’est fait une raison et qui déménage des centres de pilotages et de trading vers Francfort, Luxembourg ou Amsterdam. Paris n’a toujours pas la cote. Mais c’est une autre histoire.