Bruxelles prend Macron pour un enfant de choeur, mais ça ne va pas durer très longtemps et voilà pourquoi

Etonnant le comportement de Bruxelles : c’est à croire que l‘arrivée d’Emmanuel Macron gène les eurocrates alors qu'ils auraient toutes les raisons de se réjouir...

En fait, les eurocrates, c’est à dire Bruxelles, la Commission, Jean-Claude Juncker, devraient avoir toutes les raisons de se réjouir de l'arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en France... Et surtout, ils devraient avoir toutes les raisons de l'aider pour qu’il réussisse son pari... Et bien non, ils grognent, ils persiflent sur son jeune âge et son inexpérience et lui rappellent à toute occasion les règles de comportement, les sacro saintes règles budgétaires, la nécessité de faire des réformes que la France n’a jamais réussies à faire.

La Commission a encore hier revu à la hausse la prévision de déficit françaisà 3% du PIB, alors que le nouveau président avait construit son programme sur 2,9%... Et Jean-Claude Juncker de rappeler les chantiers que la France doit ouvrir. Sous entendu, est ce que ce jeune homme aura la capacité de faire tout ce que ses aînés n'ont pas pu faire?

Cette attitude des commissaires de Bruxelles et de son président Juncker est extrêmement grave. Tous ces gens-là ont déjà oublié deux choses. Deux phénomènes. Ce qui est assez invraisemblable.

1er phénomène : l’Europe est en grand danger. Son fonctionnement ne s’est pas adapté aux difficultés de la crise et, du coup, il a généré partout dans l'Union européenne une vague de populisme et de démagogie. Et partout, les démocrates ont réussi au prix d’efforts à peine supportables, à contenir ces vagues de mécontentement, parce que partout en Europe, il existe des démocrates convaincus que l'Union européenne peut apporter le seul avenir de liberté et de prospérité pour survivre dans la concurrence mondiale. Partout, on a échappé de justesse à l’explosion : en Grèce, en Italie, en Espagne.

En France, la campagne présidentielle a montré à l'Union toute entière que la France était elle aussi en risque par rapport à l’Europe. La moitié du corps électoral a voté pour des politiques anti-européennes, anti-euro, anti économie de marché.

A ce moment-là, on a vu à Bruxelles certains commissaires s’inquiéter du chaos possible ; on a entendu le président Juncker dire qu'il faudra sans doute penser à modifier certains aspects du fonctionnement, on a même vu des rapports sortir critiquant les critères de Maastricht.

Sans aucun mauvais esprit, le discours de Bruxelles s’adoucissait au fur et à mesure que le risque populiste se précisait...

Et aujourd'hui que Macron est élu, que le risque majeur semble écarté, les eurocrates de Bruxelles retombent dans leurs habitudes de censeurs, contrôleurs. Il va donc falloir leur remettre les points sur les « I ».

2e phénomène : le nouveau président élu en France est non seulement le président le plus pro-business qu'on ait jamais eu, plus attentif aux principes de réalités qu’aux bons sentiments et le plus européen. C’est sans doute aussi le plus conscient des efforts qu'il faut accepter pour accroitre la solidité de l'Union européenne. Mais Emmanuel Macron sait aussi qu’il a été élu contre une partie importante de la France qui vit mal la mutation de la modernité et qui estime que ses difficultés seraient dues à l'Europe, à l'euro et à l’Allemagne. Donc, tout le pari d’Emmanuel Macron, toute son énergie va être de lui prouver par les chiffres et par les faits que l’Europe est capable de lui apporter des solutions.

Mais pour cela, il faut réformer son fonctionnement, apporter un peu de flexibilité dans l'application des critères de gestion. Sinon, les populistes en Europe vont reprendre la main et cela en sera fini des perspectives européennes. L‘Allemagne n’est pas contre cet amendement.

Le rendez vous Merkel-Macron aura d’ailleurs pour objet la recherche d’assouplissement parce que l'Allemagne elle-même n’est pas protégée contre le populisme.

Conclusion évidentesi la Commission de Bruxelles et son président se réjouissent de l'arrivée de Macron, qu'ils ne replongent pas dans la bible maastrichtienne qui a fabriqué » tellement de « protestants ». Qu ‘ils définissent plutôt avec les dirigeants européens « un nouveau testament ».

Emmanuel Macron sait très bien qu'il y a un règlement de propriété, il sait très bien qu’il faut payer les charges, mais il sait aussi que les ascenseurs marchent mal. Donc il faut les réparer.

Il y a cinq détails que les européens de Bruxelles doivent savoir parce qu‘il l'a dit et répété.

1 - L ‘Europe est gouvernée par les dirigeants politiques et pas par les fonctionnaires. Le couple leader est formé par l'Allemagne et la France mais ce couple sait très bien qu'il ne peut pas laisser sur le quai les autres Etats membres. Les politiques ne sont pas à Bruxelles pour signer des directives écrites par des fonctionnaires, mais pour les écrire, avec un Parlement qui doit les voter.

2 - La vocation européenne est d’organiser et de gérer une plus grande solidarité budgétaire, d’où le projet de mutualiser les budgets et les financements.

3 - La vocation européenne est de protéger son modèle, ses entreprises et sa création de richesses contre la concurrence déloyale du reste du monde. La libre circulation à l'intérieur de l'Union, oui, à condition que les frontières avec l'extérieur soient renforcées.

4 - Harmonisation fiscale et sociale à l’intérieur de l’Union, oui, mais égalité et uniformisation, jamais. Les pays de la Méditerranée ont la chance d’avoir du soleil toute l'année, c’est un avantage difficilement exportable dans les pays du Nord. Aux Etats-Unis, la Floride a un écosystème bien différent de celui du Michigan ou de l'Etat de Washington, on n'y parle même pas la même langue, et pourtant toutes ces régions dépendent du même Etat.

5 - Enfin, par rapport au Brexit, Emmanuel Macron est partisan d’une très grande fermeté. Il l'a dit et répété. On ne peut pas le lui reprocher.

Les anglais aussi, ont eu tendance à le prendre pour un enfant de choeur. Theresa May s’est aperçue que sur ce point, elle s’était un peu trompée. Elle s’oriente donc vers un « hard Brexit » contrainte et forcée essentiellement à cause de la France.