Budget 2015 : le deal secret entre Bercy et la Commission européenne pour échapper aux sanctions

Personne ne voudra confirmer le petit arrangement entre Paris et Bruxelles. Et pour cause : avec de telles perspectives, la France aurait droit à de sévères remontrances de la part de l’Europe.

Personne ne voudra confirmer le petit arrangement entre Paris et Bruxelles. Et pour cause : avec de telles perspectives, la France aurait droit à de sévères remontrances de la part de l’Europe.

Le deal a été passé avec l’accord du ministre allemand de l’Économie, puis d’Angela Merkel. Il évitera que les marchés financiers ne soient pris de soubresauts incontrôlables en mars prochain, quand on s’apercevra que la France n’est décidément pas capable de respecter la discipline budgétaire.

Lors de la présentation de la loi de Finance 2015, la France a sans doute un peu chargé ses prévisions de déficit public (4,5%) et minoré ses  prévisions de croissance. En réalité, les services de Michel Sapin n’ont pas pris trop de risques. Le différentiel relève plus de la marge d’erreurs possibles que du calcul exact. Bruxelles a bien compris  que Paris aurait pu mieux faire.

La commission a donc légitimement demandé de faire un petit effort et d’essayer d’intégrer l’impact de la baisse du prix du pétrole, celui d’un taux d’intérêt très bas et la baisse de l’euro. Nous avons là, les trois ingrédients qui devraient pouvoir faire repartir les moteurs, à condition d’en profiter pour lancer les réformes de structures demandées par le monde des affaires : recul des dépenses publiques et assouplissement du droit du travail.

Sur le papier, Bercy n’a pas changé ses chiffres. Côté réformes de structure, Emmanuel Macron et Manuel Valls ont eu l’intelligence de compléter le dispositif CICE et pacte de compétitivité par une loi un peu « fourre-tout » mais allant dans une bonne direction.

Le maintien des chiffres prévus, est un peu alourdi pour 2015, ainsi que les intentions réformatrices du couple Macron-Valls, ont permis à la Commission de demander à la France de revenir faire un point d’étape en mars prochain.

La manipulation est là. Sauf catastrophe monétaire, la situation de l’économie française sera un peu meilleure. Le pétrole, l’euro et les taux auront apporté un peu d’oxygène.  Du coup le gouvernement, assommé par le résultat des élections départementales, pourra faire état d’une amélioration sensible de la situation par rapport aux prévisions qui avaient été noircies. Bruxelles enregistrera.

Plus on part de bas, plus on a de chances de se relever. En mars, la gouvernance française espère être contente de la situation économique.

Dans cette affaire, personne n’est dupe et surtout pas la France. François Hollande n’hésite pas à dire à tous ses interlocuteurs que 2015 sera l’année de la reprise. Oui, très légèrement par rapport à des prévisions volontairement plombées. La Commission de Bruxelles ne pourra pas dire le contraire. Elle se félicitera d’avoir eu le flair de donner à la France le temps de se reprendre.

Les propos de Pierre Moscovici, dimanche soir sur BFMTV, sont surréalistes. Ils ont dù plaire au président de la République. Mais un Commissaire européen est-il payé pour plaire ou pour être efficace ?

Moscovici a passé deux heures à défendre la politique française et les perspectives françaises. Jamais un Commissaire européen n’a fait un tel plaidoyer. On n’attendait pas un réquisitoire certes, on attendait simplement un exercice de pédagogie.

<--pagebreak-->Ne pas faire de la politique politicienne pour faire de la pédagogie, arrêter de se positionner par rapport à sa famille d’origine mais par rapport au potentiel d’efficacité : en faisant cela, les politiques feront leur travail et l’opinion comprendra que l’Europe ne reproduit pas les débats stériles qui polluent les démocraties occidentales, et notamment la France.

Pierre Moscovici était évidemment au courant du deal, peut être en est-il l’inspirateur. Par conséquent, il devait faire semblant d’y croire pour éviter en mars de faire tomber la France dans la trappe des pays négligents et indisciplinés.

Une partie de l’opinion publique de gauche peut comprendre que certaines lois proposées par le gouvernement soient en contradiction avec les promesses faites par le candidat Hollande. D’autant que l’on ne pourra pas reprocher à Macron de ne pas faire la pédagogie du changement de braquet.

Une partie de l’opinion publique française de droite peut l’admettre. Mais ce qu’elle ne comprendra pas, c’est que cette droite n’a aucune politique alternative à proposer en échange. Nicolas Sarkozy n’a heureusement pas pris part aux débats. Espérons qu’il ne l’a pas fait parce qu’il travaillait à des choses plus sérieuses.

Ni la droite, ni la gauche ne comprennent ce qui se passe à Bruxelles et où nous conduit le gouvernement Juncker. Ne nous étonnons pas que l’opinion se désespère ou se révolte contre les partis traditionnels et contre l’Europe.