Budget 2015 : les trois raisons pour lesquelles Bruxelles ne lâchera pas la France

Bruxelles est une salle de théâtre où chacun joue un rôle. Dans le jeu des apparences, Paris fait dire qu’après avoir consenti un effort supplémentaire, le gouvernement échappera aux sanctions. C’est possible, mais pas certain. Bruxelles est bien décidée à demander des explications sur cette gestion budgétaire un peu fantaisiste.

Que la politique européenne s’apparente à du théâtre, tout le monde le savait, mais pas au point de générer une dramaturgie dont est capable Paris depuis deux semaines. Quel  talent, mais personne n’est dupe.

Acte 1 : La France, après avoir juré en avril qu’elle était capable de revenir dans les clous en 2015, a présenté des comptes publics en déficit de 4,5%. Agacement et colère à Bruxelles contre ce pays qui décidément n’a aucune parole ni aucun courage politique. La France explique et demande indulgence et patience.

Acte 2 : Bruxelles refuse d’accorder sa bénédiction à un budget qui ment, sauf efforts supplémentaires et explications plus plausibles : c’était la semaine dernière. Une lettre d’une page en anglais, très sèche.

Acte 3 : La réponse de la France est très tortillée. « On comprend ce que disent les européens mais la France ne peut pas faire plus ». Mais les diplomates de Bruxelles interviennent et soufflent aux Français qu’en grattant quelques fonds de tiroirs on trouvera bien 3 ou 4 milliards, histoire que Bruxelles ne perde pas la face. Le problème, c’est qu’il ne faut pas que Paris non plus perde la face.

Acte 4 : Paris trouve 3,6 milliards d’euros à caser en déduction du déficit. Pour Michel Sapin qui fait le boulot, ce n’est pas glorieux vis à vis des électeurs. Mais en bon petit soldat responsable, il aura limité la casse pour son ami le Président. Bruxelles peut faire semblant d’accepter la dernière mouture du film. C’est possible, mais pas certain. On ne le saura qu’à la fin de l’acte 5 et encore.

Acte 5 : Bruxelles donne son feu vert. Personne ne sera dupe de la réalité, les économies supplémentaires proposées par la France sont de fausses économies, les réformes de structures sur le droit du travail, la compétitivité sont embryonnaires et le gouvernement n’a pas de majorité pour aller plus loin.

Dans ces conditions, Bruxelles ne lâchera pas le dossier pour trois raisons.

Tout d’abord, Bruxelles ne peut pas se permettre d’être laxiste avec un des pays membres de la zone euro, y compris s’il est puissant. Le signal envoyé aux autres serait désolant. Pourquoi la France serait-elle le seul pays en Europe à ne pas respecter le règlement de copropriété ? Pourquoi la France serait-elle le seul pays à ne pas payer ses dettes ? Pourquoi le gouvernement serait le seul dont les mensonges sont respectables ? C’est politiquement inacceptable. Donc on fait semblant.

Ensuite, la commission ne peut pas se faire soupçonner de complaisance à l’égard d’un des pays membres, alors que le Commissaire chargé de la politique économique est lui-même français et ancien ministre de ce Président. La Commission et l’Allemagne qui a soutenu l’idée n’a pas fait de cadeau à la France en nommant Pierre  Moscovici à ce poste. Il ne pourra pas être laxiste avec la France. Impossible.

Enfin, la Commission a très mal reçu le fait d’être accusée par la France de mener une politique qui ferait le lit du FN. Il faut dire que l’argument manque d’élégance. Ce n’est pas la Commission de Bruxelles qui encourage le FN, c’est la façon pas très courageuse dont le gouvernement utilise l’Europe comme bouc émissaire de ses propres lâchetés. La crise pourrait rendre intelligent.

Pour toutes ces raisons, Bruxelles ne lâchera pas la surveillance de la France. Fin de l’année, il faudra encore que l’on explique où sont les efforts annoncés et les réformes de structures promises.