C’est aux chefs d’entreprise de marier les objectifs de l’écologie avec le modèle économique et social des démocraties occidentales...

Les Verts avaient tous les arguments pour accéder au pouvoir dans les municipales. Ils en ont peu pour exercer le pouvoir, sauf à remettre en cause le modèle social et le système économique des pays occidentaux ou alors à se réformer eux-mêmes.

Pour Emmanuel Macron, le pari est impossible à tenir. Pour les chefs d’entreprises, il est indispensable.

En recevant les membres de la Convention citoyenne au lendemain même des résultats électoraux qui ont vu le triomphe des Verts et l’échec de sa majorité, Emmanuel Macron veut montrer qu‘il veut relever un défi impossible. Le président de la République fait le pari de pouvoir marier les objectifs écologiques avec le maintien de l’équilibre du modèle social et le productivisme du système économique. Mais cette ambition ne peut pas être   de la responsabilité du chef de l’Etat. Il n’y parviendra pas.

C’est aux chefs d’entreprise d’en être les architectes. Les plus performants et les plus intelligents le savent et n’ont pas attendu les injonctions du président de la République pour commence à mettre en œuvre des compromis.

La poussée verte ne s’explique pas seulement par le taux d’abstention historique qui, lui même, serait le résultat du risque sanitaire. La poussée verte s’explique par l’air du temps dominé par les risques du réchauffement climatique, par les excès du développement économique et des activités humaines en termes de production et de consommation.

Cette vague écologique, sur le terrain électoral, s’explique enfin par l’effondrement des partis politiques traditionnels. Les mouvements écologistes ont siphonné les partis de gauche dont l’offre politique ne correspondait plus aux besoins. Il y a du « dégagisme » avec l’arrivée massive des écologistes tout comme il y avait du dégagisme dans l’arrivée surprise d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle.

Maintenant, les Français sont-ils prêts à accepter l’application des programmes écologiques ? Sans doute entendent-ils les objectifs, mais tout dépend du coût et des conditions de ces programmes.

Il y a dans la plateforme écologique des recommandations et des actions qui sont très acceptables par le plus grand nombre et beaucoup ont été appréhendées par la majorité des citoyens : l’amélioration de la qualité de l’air et des transports publics, le développement des énergies renouvelables, la nécessité de trier les déchets, de favoriser une alimentation saine et même bio etc…Tout le monde est d’accord.

Mais quand l’application des mesures écologiques passent par des règlements et des contrôles punitifs, par des taxes (carbone ou autres), par des mesures liberticides avec des interdictions qui limitent l’exercice des libertés individuelles ou collectives, les mécontents donnent de la voix et s’y opposent. S’il s’agit d’interdire des rassemblements populaires parce qu’ils peuvent polluer, s’il s’agit d’interdire les voyages en avion, l’opinion majoritaire s’y oppose.

Enfin, ce qui paraît plus conséquent, c’est que le corpus idéologique de la plupart des leaders des mouvements écologistes entraine une remise en cause du modèle social et même du modèle économique.

La plupart des objectifs écologiques portent l’idée que la croissance économique forte, la mondialisation et le progrès scientifique sont à l’origine des perturbations climatiques et des déséquilibres naturels. Et c’est vrai, la croissance, c’est aussi des consommations de matières premières et d’énergies qui épuisent la planète de ses ressources. Mais ce que les écologistes ne disent pas, c’est que cette croissance économique est une réponse à la pression démographique. Nous sommes passés en moins de vingt ans de 3 milliards d’habitants à plus de 7 milliards aujourd’hui sur la planète.

Ce que les écologistes ne disent pas, c’est que les progrès technologiques et scientifiques et la productivité globale ont permis de répondre et de supporter la pression démographique.

Par conséquent, le modèle qu’ils nous proposent est malheureusement un modèle de décroissance. Et ce modèle remet en cause le productivisme et le modèle social. Or, la demande générale des opinions est une demande d’emplois, de progrès, de plus de pouvoir d’achat, de plus d’éducation, de plus d’assurance sociale contre les aléas de la vie, santé, retraite, accident, de plus d’égalités sociales et moins d’injustices

On revient là au débat sur la taxe carbone qui résumait à lui seul la contradiction entre l’objectif écologique et la contrainte du financement social. Personne n’a oublié et surtout pas le président de la République, que ce débat impossible avait engendré la révolte des gilets jaunes.

La convocation d’un forum citoyen pour définir des réformes n’est certes pas inutile, mais ne sera jamais suffisante.

L’objectif de combiner (de façon pacifique, non contraignante et non punitive) les objectifs écologiques et la maintenance des modèles sociaux et économiques n’est possible qu‘à une condition. Que cette combinaison se construise au sein de l’entreprise, le lieu de création de richesses.

C’est le chef d’entreprise qui doit établir un compromis entre la satisfaction de ses clients au niveau de qualité et des prix, entre les revendications des salariés (conditions de travail et salaires) et les objectifs financiers de la part des investisseurs. C’est le chef d’entreprise qui doit mettre au cœur de sa fonction l’ambition écologique. Et ça n’est pas au président de la République de le demander. C’est au chef d’entreprise de l’organiser et certains de plus en plus nombreux le font. Quand l’entreprise cherche un sens à ce qu’elle fait, quand l’entreprise propose à ses salariés et à ses investisseurs de se donner une mission d’apporter une croissance propre et verte, elle trouve ce compromis pour marier les objectifs écologiques et les contraintes de la croissance socialement équitable.