Ce mois d’avril sanglant qui attend François Hollande (et les municipales n’y seront pas pour grand chose)

Lundi matin, François Hollande va démarrer une séquence à haut risque. Fragilisé politiquement par un échec cuisant aux municipales et menacé par les marchés qui ne lui pardonneront pas de ne pas tenir ses engagements, le président de la République va devoir écrire un scénario répondant à tous les dangers : politiques, économiques, sociaux, financiers et budgétaires.

Lundi matin, François Hollande va démarrer une séquence à haut risque. Fragilisé politiquement par un échec cuisant aux municipales et menacé par les marchés qui ne lui pardonneront pas de ne pas tenir ses engagements, le président de la République va devoir écrire un scénario répondant à tous les dangers : politiques, économiques, sociaux, financiers et budgétaires.

François Hollande  est évidemment imprévisible. Illisible même. Tous ceux qui le connaissent bien disent qu’il a du mal à prendre une décision. Il préfère se les faire imposer. Il joue le compromis en permanence, quitte à décourager tout le monde. Ses collaborateurs, ses amis et sa famille.  C’est ce qui s’est passé depuis le début du quinquennat. Résultat ? Aucun ! Donc tout le monde est déçu ou en colère.

Aujourd’hui, il n’a plus ni la liberté, ni les moyens de tergiverser. Ceux qui le connaissent ne savent pas ce weekend quelle décision il prendra dimanche soir et surtout avec qui il entend gouverner. En revanche, ceux qui le fréquentent depuis des lustres savent qu’il réagit aux événements. Il bouge dans un sens (bon ou mauvais) mais sous la pression des faits. Les faits sont là et ils sont têtus.

Par conséquent, ceux qui lui sont proches sont capables d’établir un scénario le plus probable qu’il empruntera pour sortir du piège dans lequel il est désormais enfermé. Compte tenu des contraintes économiques et financières et de la situation politique.

Ce scénario a été testé et partagé auprès d’une dizaine de personnalités dont cinq qui ont pu le voir assez longuement cette semaine.

Ce scénario qui serait donc le plus probable s’articule autour de trois axes fort représentant les trois composantes du piège présidentiel .

1er axe : Sortir du piège économique et financier. Cela peut paraître assez surprenant à tous ceux qui sont obsédés par la politique et les résultats des élections, mais François Hollande, lui, est obsédé par la situation économique. Et l’urgence de certaines échéances auxquelles il ne peut pas échapper.

Il n’a pas encore trouvé les clefs pour se dégager du filet de la stagnation. Il avait compté sur la reprise en Europe. Cette reprise s’est arrêtée aux frontières de l’Hexagone.

Depuis décembre de l’année dernière, il a donc opté pour un virage social-libéral qui consiste à libérer les forces de l’entreprise et améliorer notre compétitivité. Le choc préconisé par Louis Gallois a donné le jour au crédit d’impôt-emploi-compétitivité. Une usine à gaz dit-on , sauf que les entreprises qui le touchent actuellement ne le refusent pas .

Puis, après un an, il a opté pour un pacte annoncé en grande pompe au début de l’année. Le Président et ses équipes ont donc mis un an à se convertir aux fondamentaux de l’économie de marché et à reconnaître que l’entreprise est l’agent principal de création de richesse, mais cette conversion s’est arrêtée au verbe.

Le Président a parlé (en janvier) il a été approuvé par la communauté internationale des affaires … mais il n’a rien fait de plus. Au contraire en essayant de réunir un consensus mou sur le projet, il l’a noyé et asphyxié. Parce que, ce qui a bloqué, c’est le financement. Il lui faudrait trouver en gros 50 milliards d’économie sur les dépenses publiques,  voire plus s’il organise quelques baisses d’impôts pour amortir la colère des unes ou des autres. 50 milliards donc et plus si affinités fiscales.

Ce plan contiendrait également d’importantes mesures de dérégulations de professions fermées puis de réformes de la réglementation du travail. On devrait bouger les seuils qui, dans les entreprises bloquent l’embauche et donc la croissance.

Ce plan répond aux injonctions de Bruxelles qui a mis la France  sous surveillance et même sous tutelle. Bruxelles attend pour le 12 avril prochain le détail du plan du plan de responsabilité, c’est à dire le pacte de compétitivité, la baisse des charges et surtout  la baisse des dépenses publiques. Selon le vieux principe de base, tout euro public économisé est un euro qui va sur le marché privé en activité et en emploi.

Selon nos informations, le détail de ce plan d’économie est prêt. Il est reste secret pour cause d’élections municipales parce qu’il serait très douloureux. Il porte sur des postes d’investissement et surtout sur les dépenses sociales. C’est le ministre de l’Economie Pierre Moscovici qui se serait chargé d’établir ce détail et de tester auprès des autorités européennes et de nos partenaires sa crédibilité.

Selon l’Elysée, Françoise Hollande entend présenter ce plan de responsabilité très vite cette semaine, mercredi et jeudi, l’envoyer à la Commission de Bruxelles et en assumer personnellement l’impact politique. Il va expliquer aux Français qu‘il n’ a désormais pas d’autres choix.

Enfin, les trois agences de notation Moody’s, Fitch et Standard and Poor’s sont aux aguets. Elles doivent, elles, rendre leur copie et leur notation fin avril-début mai.

Le mois d’avril va donc être chaud. Très chaud.

François Hollande explique à qui veut l’entendre que la France ne peut pas reculer et jeter ainsi l’héritage Delors. A ceux qui l’interrogent pour savoir si la France ne pourrait pas sortir de l’euro par exemple, ou se moquer des injonctions de Bruxelles, il leur balance le risque de blocage total du crédit (dans les administrations pour le paiement des fonctionnaires et dans les banques privées pour les entreprises.) Comment faire confiance à un pays incapable d’équilibrer ses comptes ?

La totalité de l’échiquier politique à l’exception du Front national (mais ils sont en train de changer) et du Front de gauche (Jean-Luc Mélenchon est aux abonnés absents), adhère désormais à cette contrainte.  La France ne peut pas vivre en dehors de l’euro. Elle doit donc  nettoyer ses comptes et chacun doit ranger sa chambre pour que tous puissent vivre à peu près correctement dans le respect mutuel. Le problème  politique est que l’échiquier en question accepte moins facilement les efforts que l’euro exige.

Tous les pays de la zone euro ont accepté cette règle. Ils ne s’en portent pas si mal. La France était le seul à ne pas l’avoir fait…  La France risquait le défaut de paiement, donc le blocage du crédit interbancaire comme en octobre 2008, l’asphyxie et l’humiliation.

Françoise Hollande s’est donc fixé comme priorité de rentrer dans le rang pour sortir du piège et tout est prêt pour le rendre public la semaine prochaine.

Maintenant reste a gérer deux contraintes qui sont politique celles-ci avec quelle majorité et quel gouvernement ?

2e axe : sortir du piège politique dans lequel les élections municipale l’ont enfermé. Qu’’on le veuille ou non, ces municipales montrent qu’ il a perdu son électorat, sa base. Il s’est abstenu ou a voté à droite.  François Hollande est évidemment conscient de cette situation, mais il considère que plutôt que de le piéger, cela pourrait le libérer. Cette majorité qui n’existe plus dans le pays, existe encore au parlement. Les députes ne peuvent pas prendre le risque de provoquer une dissolution. Pour le Président c’est l’arme nucléaire de dissuasion. Il fait donc le pari que la majorité parlementaire  ne censurera pas l’action du gouvernement qui défendra le pacte de compétitivité.

Ce pacte a assez peu de marqueurs de gauche, mais il porte la promesse d’un résultat. C’est le clou que le Président enfoncera en le présentant et en le défendant. Le seul risque c’est d’avoir quelques députés d’extrême gauche qui lui feront défaut, parce que les écolos n’ont pas ménagé leur peine pour dire qu’ils voteront avec le PS. Selon les conseillers en politique, il y aura de la grogne, mais cela pourra passer si le Président s’engage comme il en a le projet.

3e axe : quel gouvernement peut porter cette défense et illustration du pacte ? Quel gouvernement, quel Premier ministre ? La question passionne les journalistes politiques, mais elle n’a pas beaucoup d’importance.

A partir du moment ou le Président de la république assume personnellement la nouvelle politique économique, assume les sacrifices demandés, les coupes budgétaires qui vont atteindre le cœur de son électorat (les fonctionnaires) à partir de ce moment-là, peu importe le Premier ministre pourvu qu’il adhère au projet. Restent les questions d’ego et d’affichage.

Alors on peut spéculer sur l’arrivée de Laurent Fabius, il a l’expérience mais est-il crédible pour défendre un projet économique  très européen alors qu’il avait voté contre Maastricht ? Il restera dans doute aux Affaires étrangères.

On peut spéculer sur la promotion de Manuel Valls, il fait moderne et il est populaire (à droite) mais les écolos ne peuvent pas le supporter (sans savoir pourquoi ). Par ailleurs  il n’est sans doute pas sans fragilité.

On peut aussi spéculer sur le maintien de Jean Marc Ayrault , son bilan a un cote « thé tiède » mais le Président  n’a pas besoin d’un Premier ministre très fort . Il a besoin d’un premier ministre discipliné.

Bref tout cela n’a pas  beaucoup d’importance. Pour le reste du gouvernement, l’intérêt se portera sur les professionnels de la politique, fidèles,  experts et légitimes dans leur domaine parce qu’ ils  ont finalement fait leur job.. Michel Sapin (il n’est pas responsable du chômage), Pierre Moscovici ( il connait l’Europe et les marchés comme sa poche) et d’autres qui seront moins nuisibles à l’intérieur qu’à l’extérieur tel Cécile Duflot ou Arnaud Montebourg ..

Mais au-delà du gouvernement , (15 membres environ ) il est probable que François Hollande gouverne avec une sorte de Comex réduit à 5 ou 6 personnes, les ministres poids lourds (Economie, Affaires étrangères, Intérieur) auxquels on ajoutera des hommes comme Jean-Pierre Jouyet qui pourrait prendre une fonction officielle a l’Elysée… ou Pascal Lamy qui restera un visiteur du soir , comme Jacques Attali, chargés de mettre de l’huile entre Paris et Bruxelles. Parce que, si  l’objectif reste le pacte, encore le pacte, François hollande pouvait obtenir au passage un peu de marge , comme le Premier ministre italien vient de l’obtenir , ce serait tout bénéfice.

Ce scenario est le plus probable. Il n’est évidemment pas coulé dans le bronze.