Ce que François Hollande ne dira pas ce soir

Par Jean-Marc Sylvestre. La grande majorité des observateurs sont désormais d’accord pour dire que la France va tout droit à la débâcle. Tous les ressorts sont cassés. Comment pourrait-on éviter cette fatalité du déclin ? Les conseillers du Président, mais aussi ses adversaires, nous ont expliqué ce que François Hollande devrait dire ce soir. Dans la gouvernance Hollande, il y a ce que le Président doit dire et ce qu’il doit faire. Ses conseillers qui ne sont pas idiots le lui ont dit. Le président de la République aurait trois priorités à respecter jeudi soir à la télévision. 

La première c’est de ne pas refaire un diagnostic de la situation.

Elle est catastrophique. Par ailleurs, il n’a pas intérêt à perdre du temps en désignant les responsables et les coupables. Il n’a pas cessé de proclamer que Nicolas Sarkozy était responsable d’une mauvaise politique. Nicolas Sarkozy est parti et tout le monde s’est aperçu que la crise s’était aggravée alors que tous les pays du monde en étaient sortis et qu’en Europe les pays les plus fragiles, l’Italie et l’Espagne, avaient pris les mesures de redressement nécessaire. Il faut donc impérativement limiter le diagnostic aux faits et aux chiffres. La France ne connait plus de croissance, la France a perdu son industrie, donc pas d’emplois, donc des déficits, la France croule sous le poids des dépenses publiques de fonctionnement avec un appareil d’État hypertrophié et inefficace.

La deuxième priorité, c’est de retrouver de la croissance mais il faut arrêter de penser que cette croissance dépend des autres et tombe du ciel. La France retrouvera de la croissance si elle met en place les conditions nécessaires que l’on peut résumer par deux moyens complémentaires. D’une part la définition d’une politique industrielle et d’autre part l’amélioration de l’attractivité fiscale, sociale, administrative. En clair si on veut attirer les investissements industriels, il faudra arrêter de  taper sur la tête des investisseurs, des financiers et surtout leur faciliter la tâche.

La troisième priorité est de s’attaquer aux dépenses publiques. Réduire le montant des dépenses publiques et sociales en réorganisant le fonctionnement de l’administration de façon à gagner en efficacité et protéger le modèle sociale. Qui peut très bien fonctionner aussi bien, en dépensant moins. Et puisque cette gouvernance souffre d’un déficit de cap, son devoir est de rassurer l’opinion publique par rapport à la modernité qui inquiète. Rassurer sur la mondialisation que l’on n’arrêtera pas et à laquelle il faut donc s’adapter pour en saisir les opportunités Rassurer sur la concurrence qui est un facteur d’amélioration et de compétitivité. Rassurer enfin sur les bienfaits du progrès technique et restaurer cette logique d’expérimentations dans des domaines aussi sensibles, que l’énergie (le nucléaire et les gaz de schistes) ou l’agroalimentaire. Imagine-t-on dans quel état nous serions si on avait interdit la recherche et l’expérimentation médicale ? On n’aurait jamais fait les découvertes qui ont bouleversé l’humanité.

Une telle approche, une telle stratégie n’est ni de droite ni de gauche.

Elle répond à un problème urgentissime qui est le risque de déclin durable, ce dont personne ne veut. Mais dans le cas de François Hollande, une telle stratégie est aux antipodes de ce qu’il a raconté pendant sa campagne. Changer de cap aujourd’hui, c’est trahir la majorité de ceux qui ont voté pour lui. Les écologistes et le Front de gauche.

Face à la croissance et aux impératifs économiques, la France est coupée en deux. D’un coté,  il y a des gens éclairés et pragmatiques et de l’autre il y en a qui se complaisent dans l’obscurantisme parce que ça les rassure. Les premiers ne sont pas tous fous furieux, voyous et spéculateurs ! Les second ne sont pas tous cinglés ou moyenâgeux. La ligne de fracture passe à l’intérieur des familles politiques traditionnelles.

François Hollande est désormais condamné à dire dans quel camp il se trouve et d’en assumer les conséquences.

A choisir la modernité, il perdra très certainement le soutien de quelques conservationnistes « archeo », mais il pourrait récupérer à droite des soutiens habités de responsabilité et qui ne se sentent pas toujours très à l’aise. Après tout, c’est la stratégie qu’avait menée François Mitterrand en 1983.