Ceta, climat, FAO, Chine, Hulot... Et si le nouveau mal français résidait tout simplement dans la bêtise de nos élites politiques ?

Face aux grandes innovations technologiques, face aux accords internationaux, nos élites politiques ne manquent pas de courage mais manquent surtout d’intelligence politique pour s’enfermer à ce point dans un conservatisme bête. 

Cette semaine, les élites françaises ont battu tous les records d’irréalisme. Quand des imbéciles ou des manipulateurs paniquent la moitié de l’île de France en prétendant que l'eau potable serait contaminéepar de la radioactivité, on ne dit rien et on laisse faire le buzz. 

Quand on voit la moitié de la classe politique française se mettre à genoux devant une adolescente charmante venue du nord nous dire que la planète était en danger et qu’il fallait que les enfants fassent la grève de l’école, on croit rêver. Et quand Nicolas Hulot abjure les députés de ne pas voter le CETA alors que lui-même a laissé filer la maitrise de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) à des Chinois - mais peut-être parce qu’il ne savait pas que c’est la FAO qui va déterminer la politique alimentaire mondiale - on peut être découragé par la classe politique même quand elle se présente sous des abords les plus sympathiques. 

 Face aux grandes mutations mondiales auxquelles on n‘échappera pas, sauf à accepter l’asphyxie collective, les dirigeants politiques français se replient dans un conservatisme qui confine à la bêtise. Il y a des semaines comme celle que nous vivons où l‘actualité nous offre un chapelet d’exemples. Les dirigeants français manquent singulièrement de sagacité. Et quand on parle des dirigeants, on peut mettre tous les dirigeants dans le même sac, gauche et droite et centre, corporations et dirigeants modernes des ONG.

Le premier exemple nous est venu des réseaux sociaux quand la nouvelle d’une radioactivité de l'eau potable distribuée en Ile de France a fusé sur la toile à la vitesse de la lumière. A la veille de la canicule où ce qui risquait de manquer le plus justement serait l’eau potable. Combien de temps a-t-il fallu pour démentir une telle information, calmer l’inquiétude qui s’était emparée des hôpitaux et des maisons de retraites ? Combien de temps a-t-il fallu pour convaincre les consommateurs que le circuit de distribution de l’eau ne pouvait pas transporter d’éléments radioactif dangereux ? Combien de temps a-t-il fallu pour découvrir la cause d’une telle information ? Qui l’a lancée et pourquoi ? Est-ce pour accroitre le climat anxiogène qui s’est abattu sur ce pays depuis quelques mois ? 

Autant dire qu’on n’aura jamais de réponses à toutes ces questions. 

Le plus extravagant dans ce type de phénomène n’est pas que la contamination ne soit pas possible. Le plus extravagant est qu’une partie importante de la population ait pu penser que cette information soit crédible.La peur du futur est telle aujourd’hui qu’elle autorise tous les débordements

Le deuxième exemple vient des réactions à la visite en France de Greta Thunberg,cette jeune adolescente de 16 ans qui a le mérite de dire tout haut ce que la majorité des jeunes de son âge devinent, à savoir que la génération de leurs parents va leur laisser une planète en mauvais état. 

Elle a raison et ne manque pas de talent ou d’aplomb, mais so what ? La médiatisation aidant, Greta Thunberg est devenue une icône pour les foules occidentales. Adulée par les uns, manipulée pour d’autres, ce qu’elle dit ne mérite pas tant de manifestations contradictoires, surtout quand elle demande à ses camarades de faire la grève de l’école le vendredi. Et pourquoi le vendredi ?  

Faut-il que les peuples et les élites se sentent coupables et impuissantes face à ce problème pour en arriver à se prosterner devant une telle banalité, alors qu’il y a tant de choses à faire dans le monde de plus utile et surtout de plus courageux ? La peur d’un futur qu’on ne maitrise pas et surtout qu’on a du mal à expliquer, ne justifie pas tout.  

 

Le troisième exemple se trouve dans cette lettre que Nicolas Hulot a envoyée aux députés pour les dissuader de voter, la veille du jour où ils doivent ratifier l’accord du Ceta.Non seulement ça ne servira à rien et surtout pas la cause que défend Nicolas Hulot, mais c’est sans doute contreproductif. Il aurait mieux valu lire l’accord en détail, l’expliquer et le détailler et comprendre que le monde d’aujourd' hui a besoin d’accords multilatéraux équilibrés.

Celui du Ceta n’est pas le plus dangereux. Il a déjà été appliqué en gros depuis sept ans et ses résultats sont plus que positifs (Article sur le CETA et le Mercosur ). Mais surtout, ne peut-on pas faire le pari que l’intérêt des Canadiens serait évidemment de se mettre au niveau des normes européennes, d’abord pour pouvoir commercer d’égal à égal, mais aussi parce que les consommateurs canadiens (qui ne sont pas plus idiots que les consommateurs européens) vont réclamer le bénéfice de ces normes exigeantes.Faut-il être arrogant pour penser que les autres vivent à l’état primaire ou sauvage ?

Mais il y a plus grave, depuis deux ans, il existe un débat au niveau international pour désigner le directeur général de la FAO. La FAO, c’est une organisation internationale, dépendant de l’ONU et qui fixe les règles et les normes en matière alimentaires. La FAO est en mesure de connaître à moyen terme les stratégies mondiales de l’industrie agro-alimentaire. Pour les agriculteurs et pour l’industrie, c’est sans doute l’agence internationale la plus importante pour leur business. La FAO a notamment la compétence de trancher les litiges en matière de normes et de quotas dans les échanges internationaux. Le job est aussi important que celui de président de la Commission européenne.  Le directeur général vient d’être nommé ou plutôt élu par les Etats membres au premier tour. Il est chinois. Il a battu sur le poteau la candidate européenne. Elle était française. Catherine Geslain-Lanéelle, soutenue par l’Europe.

Il lui a manqué quelques voix des pays membres de l’Europe, dont la voix de la France. Qu’a fait monsieur Hulot pendant qu’il était ministre pour la défendre ? Rien. Là encore, c’est comme si la peur du futur était inscrite dans les institutions internationales.