Ceux qui voulaient baisser l’euro demandent désormais le contraire

Mercredi, l’euro est tombé à un plus bas depuis 2003. La monnaie unique baisse parce que les capitaux européens sortent de la zone euro. Ils n’ont pas confiance. Du coup, tous ceux qui ont réclamé une baisse de l’euro pour relancer l’activité en Europe commencent à se plaindre d’un euro faible.


La baisse d’une monnaie sert très rarement de médicament et c’est plutôt le signe que le malade ne s’en sort pas. C’est évidemment le message que les marchés envoient aux hommes politiques européens par la baisse de l’euro qui est le premier marqueur de défiance. Le cœur des pleureuses et les chercheurs de bouc émissaires nous expliquent en long et en large pendant trois ans que si l’Europe allait mal, c’est aussi parce que l’euro était trop fort. Maintenant, ils vont demander le contraire. Ils ont commencé d’ailleurs.

On ne va pas donner les noms des hommes politiques de droite ou de gauche qui ont beaucoup crié contre la politique monétaire et la politique de l’euro fort. Certains d’entre eux ont commencé à se demander à qui pouvait servir un euro faible et par conséquent, ils ont aussi commencé à s’inquiéter de la politique de la BCE. De toute façon, la BCE est responsable de tout. Coupable de tout. Quand l’euro est fort c’est de sa faute et quand l’euro est faible c’est aussi de sa faute.

C’est la politique économique qui génère de la richesse, de la valeur et de l’activité. La politique monétaire n’est que de l’huile qui permet à la machine de fonctionner avec moins de violence sociale mais aussi moins de garantie de succès. L’euro faible va nous gêner autant que l’euro fort. Trois remarques en forme d’évidence.

Tout d’abord, l’euro est tombé hier à 1,05 dollar. Il faut savoir que l’euro est né à 1,17dollars le 4 janvier 1999. Il est tombé à son plus bas historique à 0,82 alors que l’Amérique manquait d’étouffer après la bulle de l’an 2000. L’euro est remonté à 1,55 en 2009 alors que l’Amérique essayait de faire oublier ses responsabilités dans la crise des subprimes. Les économistes ont bien essayé de trouver des corrélations entre le change et la perspective économique mais ils sont rares et n’ont guère réussi à créer un modèle prédictif. Donc prudence.

Ensuite, la montée de l’euro a sans doute beaucoup gêné les exportateurs européens, et facilité la vie des importateurs. Pour assumer un change pareil, il faut faire de gros efforts de compétitivité ce que l’Europe n’a pas fait… puisque c’était de la faute de la BCE !

Enfin, à bout de souffle (et d’arguments) la BCE a fini par baisser les taux d’intérêt de base. Ce qui a diminué le coût de l’argent et qui aurait dû faire repartir l’investissement industriel. L’argent ne valant rien, les agents économiques auraient dû, comme on nous l’a expliqué quand Keynes faisait l’école, emprunter massivement et investir. Ils ne l’ont pas fait. Donc le président de la BCE a utilisé l’arme atomique. Une politique massive de rachat de dettes.

Cette double politique avait une qualité formidable. Les Etats européens pouvaient continuer à s’endetter puisque le taux zéro écrasait les frais financiers. Les Etats pouvaient le faire d’autant plus que la BCE promettait de racheter les vieilles dettes.

Les effets de tout cela ont du mal à se faire sentir. Il a flotté dans le ciel  européen un parfum de reprise. Tant mieux, mais pour l’instant ça ne produit pas beaucoup d’effets sauf sur les marchés financiers où l’on se goinfre de bonus monétaires. Du coup certains commencent à se demander comment faire remonter l’euro. Il faudrait commencer à expliquer que, quand les conditions de marchés baissent, soit on liquide et ça baisse encore plus; soit on attend que ça baisse pour racheter. Mais on attend longtemps parfois.

Il va falloir sans doute revenir aux fondamentaux et au bon sens. L’euro baisse et va continuer de baisser parce que les capitaux européens vont investir sur une autre monnaie. Il n’y a pas d’autres raisons. Pourquoi ? Parce que l’euro ne rapporte rien et les perspectives économiques ne sont pas brillantes. La Grèce n’y est pour rien, tout le monde s’en moque, ce qui se passe en Grèce n’a aucun impact sur l’équilibre de l’euro..

Non, ce qui est plus grave c’est que les entreprises européennes manquent de compétitivité. L’Espagne, l’Italie, le Portugal commencent à toucher les fruits de leurs efforts qui se sont traduits par une dévaluation des coûts de production.

La France elle, n’ayant fait aucun effort en croyant en avoir consenti des tonnes, ne profite pas de la baisse de l’euro. On va gagner quelques touristes de plus. En revanche, cette baisse de l’euro va renchérir le prix du pétrole et les importations.

Normalement on devrait voir arriver par avions entiers les investisseurs, les entrepreneurs, les innovateurs… mais on ne voit rien arriver ! La vérité, c’est que pour profiter d’une dépréciation monétaire, il faut restructurer et rénover son appareil industriel. La France ne l’a toujours pas fait mais ce que l’Allemagne a fait il y a plus de dix ans, quand c’était le moment. Ça lui a couté moins cher et aujourd’hui ça lui rapporte beaucoup.

Le comble de cette affaire, c’est que la baisse de l’euro ne profite principalement qu’aux Allemands parce qu’ils exportent de la valeur ajoutée. Décidemment, si on ne sort pas de la crise ça va être de leur faute, forcement.