CGT : Lepaon, le Hollande du syndicalisme

Par Jean-Marc Sylvestre. Thierry Lepaon, 53 ans, ex-salarié de Moulinex, a été officiellement élu vendredi secrétaire général de la CGT, au congrès de Toulouse, succédant à Bernard Thibault qui a dirigé le premier syndicat français pendant 14 ans. Thierry Lepaon prend les rênes d’une CGT qui a plutôt aggravé la situation au lieu de rechercher des solutions  de compromis.

En jouant la rupture, la lutte des classes, elle a tué un certain nombre de projets. En témoigne son refus de signer l’accord sur la sécurisation de l’emploi, son refus de négocier à Florange et d’accepter des formulations qui permettaient de trouver des solutions, son refus de participer à la négociation chez Goodyear. La CGT essaye de développer une politique radicale, en conformité avec son histoire, en adoptant des positions très extrémistes. Or la conjoncture nécessiterait de voir émerger un syndicalisme réformiste, de compromis, un peu comme la CFDT l’a fait. Dans cette mesure, le rôle de Thierry Lepaon sera difficile. Il devra à la fois réunifier et renforcer la CGT sur sa base historique (par une équation radicale), puis à terme la faire évoluer. Confronté au mur de la réalité, il devra transformer la CGT pour en faire un syndicat réformiste, ce que son prédécesseur n’a pas réussi à faire.

Dans ce cadre, Thierry Lepaon sera obligé d’accepter la réforme des retraites, c’est-à-dire l’allongement de la durée de vie active etc. Tout son talent sera alors de réussir à l’échanger contre quelque chose, sans quoi il perdra pied dans la négociation. Bernard Thibault, épuisé par des années de lutte et de négociation en interne et en externe, ne pouvait pas le faire car il était enfermé dans une équation radicale. Son successeur est quelqu’un qu’on n’attendait absolument pas, que personne ne connaissait mais qui est pourtant très malin. Rappelons que Thierry Lepaon, en tant que délégué CGT chez Moulinez, a cogéré la fermeture de l’usine Moulinex, dans la difficulté et parfois la violence. Il a été confronté à Pierre Blayau, qui était le PDG de l’entreprise.

En laissant s’entre-tuer les deux tendances (historique et moderniste) qui se présentaient à la direction, Lepaon a montré qu’il était un homme de parti très négociateur. Il est ce qu’on pourrait appeler un secrétaire général banal, ou même pourrait-on dire le François Hollande du syndicalisme. A ce titre, il a pris la CGT par sa gauche et doit maintenant l’amener progressivement au centre, ce que fait François Hollande au niveau politique.

Bernard Thibault avait l’ambition de réformer la CGT et d’en faire un grand syndicat moderne, comme la CFDT. Mais il s’y est pris trop tard et a été surpris par la violence de la crise qui a touché, en priorité, des militants de la CGT dans l’automobile ou l’industrie métallurgique. Il a donc été obligé d’adopter une stratégie défensive, protectionniste qui a fini par l’enfermer et l’étouffer.

D’une façon générale, on ne peut que souhaiter un élargissement du taux de syndicalisation. Il faut pour cela que les syndicats soient des syndicats de réforme, avec une culture du compromis de façon à être en capacité de négocier des accords, qu’ils soient de branche ou d’entreprise. C’est ce qu’a bien compris la CFDT, et c’est ce qu’est en train de comprendre FO qui, fait extraordinaire, a refusé de signer l’accord national sur la flexibilité du travail… et a accepté de le signer chez Renault.