Chanel, l’empire mondial du luxe dont on ne sait rien mais qui est sans doute le plus puissant au monde

 

La saga Chanel raconte la genèse d’une marque les plus connues au monde, vieille de 112 ans, mais ne dit rien de la puissance actuelle du groupe, tant les chiffres sont bien gardés.  Les dirigeants vivent dans la plus grande discrétion entre New York, la Suisse et Deauville, seul endroit où une fois par an, les frères Wertheimer apparaissent en public, mais ne parlent qu’à l’oreille de leurs chevaux.

  

A l’origine, Gabrielle Chanel, née en 1883 à Saumur, n’a pas toutes les cartes en main pour réussir. Une enfance passée dans un orphelinat de bonnes sœurs, quelques bases de couture comme seul diplôme et des débuts de chanteuse-danseuse dans un cabaret ne la mèneront pas bien loin.

Alors, c’est grâce à ses rencontres – et notamment ses amants – que Gabrielle va se rapprocher de la capitale. Etienne Balsan lui fait découvrir la vie de château à Compiègne, tandis qu’Arthur Capel l’incite à ouvrir un atelier de confection. Gabrielle Chanel, même si elle cotoie dorénavant la haute société, n’en adopte pas tous les codes. Les corsets et les crinolines l’engoncent. Gabrielle est une femme moderne, qui conçoit ses vêtements, s’habille en pantalon, se coupe les cheveux et porte son sac en bandoulière.

Aidée financièrement par les deux hommes, Gabrielle Chanel ouvre son premier atelier de modiste, rue Cambon à Paris en 1910.

Une femme qui habille les femmes, le bouche à oreille va aller très vite. Le succès l’amène à Deauville et à Biarritz, les stations balnéaires tendance du moment où il faut être vus.

Lors des années folles, Gabrielle développe une senteur, inédite pour l’époque, moderne sobre, qui va lui apporter la prospérité. Numéro 5, qui sera popularisée bien des années plus tard par Marylin Monroe.

Dans cette aventure, Gabrielle ne peut pas se lancer seule. En matière de parfumerie, elle manque totalement de moyens de production et est contrainte de trouver des associés. Sur son chemin vont se trouver les frères Wertheimer. Ils ne sont pas inconnus dans le milieu parisien de l’époque. Leur famille est, avec les Bader, à l’origine des Galeries Lafayette, en plus d’être propriétaire de la maison Bourjois.

Cette union est pourtant dure à accepter pour la créatrice. A côté de la maison de couture, une nouvelle société est créé, Parfums Chanel. Gabrielle Chanel n’en détient que 10%.

Au fil des années et des ventes, l’« atroce emmerdeuse » comprend qu’elle n’a pas été assez ambitieuse. Elle essaie de renégocier sa part par tous les moyens, allant jusqu’à utiliser la judéité de ses associés.

Quand la Seconde guerre mondiale passe par là, les Wertheimer s’exilent aux Etats-Unis et réussissent néanmoins à éviter l’expropriation de leur part. Défaite, Gabrielle Chanel licencie ses couturières et s’isole en Suisse pendant dix ans, avec son amant de l’époque, un officier nazi, le baron Gunther Von Dinklage. Par amour, elle a livré certains secrets au pays ennemi...

Dans les années 50, c’est l’arrivée de Christian Dior, avec le succès de son New Look, qui la remet dans le jeu et la ramène à Paris. La concurrence est rude mais Chanel n’a pas dit son dernier mot. Pas rancunière pour un sou, elle va chercher Pierre Wertheimer pour la financer. Tous deux conviennent d’un pacte. Parfums Chanel rachète la maison de couture. Gabrielle conserve la direction et son train de vie est assuré : une Suite au Ritz à l’année, des employés de maisons, des voitures avec chauffeur... Pierre Wertheimer veut que sa petite protégée continue de créer dans les meilleures conditions possibles. Les créations vont alors s’enchainer : tailleur en tweed, marinière, sac 2.55….

A la mort de Gabrielle Chanel dans les années 70, sans héritier direct, les petits fils de Pierre Wertheimer – Alain et Gérard reprennent le flambeau. Ils sont encore aujourd’hui aux rênes de la société. Ils n’ont pas ouvert leur capital et

Chanel est l’un des rares groupes de luxe à avoir gardé son indépendance. La maison est pilotée de Londres, d’Amsterdam et de New York et ne dévoile que très peu de chiffres. Aucune raison d’aller en bourse, les frères Wertheimer sont aujourd’hui la deuxième fortune française, avec un pactole estimé à 80 milliards d’euros.

 

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