Comment croire qu’en distribuant des milliards d’euros, on va éviter la catastrophe économique et sociale ? La France se trompe de politique économique.

Le gouvernement est engagé dans une logique de distribution de revenus sans limites (ou presque) pour relancer l’activité économique et éviter la colère sociale. Mais ça n’est malheureusement pas le sujet...

Tout se passe comme si la seule réponse possible du gouvernement aujourd’hui était de sortir son carnet de chèques pour cicatriser les blessures sociales et industrielles et éviter leffondrement du système économique. Chômage partiel, aides aux indépendants, garanties de l’Etat à plus de 100 milliards de prêts de trésorerie, exonérations de charges et d’impôts, moratoires sur les aides, subventions et fonds propres aux très grandes entreprises etc. En la matière, l’imagination semble sans limite. L’addition en terme budgétaire dépasse déjà 110 milliards d’euros. Le plan de relance proprement dit, qui sera développé d’ici à la fin de l’année, atteindra les mêmes montants au profit des grandes entreprises qui se retrouvent en panne, Air France, Renault, PSA –qui n’a encore rien demandé mais ça viendra- Airbus, Aéroports de Paris, l’industrie touristique, clubs de vacances, parcs de loisirs, hôtels et restaurants, industrie du spectacle et tout l’évènementiel. L’inventaire des secteurs en difficulté va tourner au cauchemar.

Il est évident que de telles grandes manœuvres soulèvent deux questions : comment va-t on payer ? pour quels résultats attendus ? 

Dabord qui va payer ?  Le débat nest pas ouvert. Il est presque tabou, vulgaire, incongru dans le climat actuel. Actuellement, c’est la dette.  La Banque centrale européenne apporte sans retenue toutes les liquidités dont l’économie a besoin. Techniquement, elle rachète des vieilles dettes pour qu’on puisse en contracter de nouvelles. Cest un des tours de magie ou de manipulation les plus spectaculaires de lhistoire des faits économiques. Actuellement, ce système est garanti par l’existence de la zone euro et dont le principal actionnaire de la zone euro est l’Allemagne, qui, quoi qu’on dise, assume sa responsabilité. Il y a, en Allemagne, une petite partie de l’élite qui considère que l’Allemagne devrait quitter cette galère. Heureusement, il y a aussi en Allemagne une élite plus intelligente qui sait que lAllemagne na pas dautre choix que de tenir et de ramer parce que cest aussi son intérêt.

Sauf qu’il faudra à un moment donner des gages et promettre de rembourser une partie de cette dette, alors on verra refleurir en France comme ailleurs les projets de plans de rigueur ou de restauration de l’ISF. Ça ne changera rien. On ne pourra rembourser que si la machine économique fonctionne.

Doù la deuxième question, quels résultats attendre dune telle politique de dépenses publiques? Autre question taboue. Quand il s’agit de préserver la politique de santé, l’équilibre social, le maintien en survie des actifs de production franco- français, les jobs, il n’y a pas de débats possibles.

D’autant qu‘au départ, l’infrastructure du plan gouvernemental correspondait à une certaine logique.

Dans un premier temps, on confine, pour neutraliser le virus, ce qui revient à mettre une partie de l’économie en coma artificiel. D’où les perfusions pour compenser la perte de valeur et maintenir en vie les systèmes de production à l’arrêt.

Dans un deuxième temps, on déconfine, en réveillant le système mais assez prudemment pour ne pas réactiver le virus.

La vraie question est de savoir comment on fait pour faire redémarrer les entreprises !

Et là, on a choisi de ressortir les carnets de chèques  parce que la majorité de responsables de Bercy sont convaincus que largent public est le seul remède en période de crise (et pas seulement en période de crise).

La majorité des hauts fonctionnaires ne savent pas faire autre chose que de pousser la demande et de distribuer du revenu ou du pouvoir d’achat. Ils ont été biberonnés pendant toutes leurs études aux doctrines keynésiennes. Les prescriptions de Keynes ont eu toutes les vertus pendant presque tout le 20e siècle. Keynes a installé la conviction que la machine économique ne fonctionnait que par la grâce du consommateur. D‘où le fameux plan Marshall (après la guerre) dont on ressort périodiquement les archives, d’où la bienveillance coupable qu’on nous enseigne à l'école pour le déficit budgétaire, d’où les modèles sociaux d’assistance, d’où demain peut être le revenu universel! Et pourquoi pas équiper les banques centrales d’une flotte d’hélicoptères pour balancer de la monnaie sur les populations? Parce que les banques centrales ont elles aussi préempté le logiciel keynésien.

Avec la crise sanitaire qui a provoqué une crise économique sans précédent, on a donc très naturellement convoqué Keynes.

Malheureusement, c’est le coup de trop, Keynes ne peut pas marcher. L‘économie française (comme beaucoup dautres économies mondiales) nest pas en manque de « demande » mais le blocage de la demande, la timidité des consommateurs fraichement déconfinés ne sexplique pas par un manque dargent. La demande est bloquée parce que l’offre est bloquée. C’est incroyable que des responsables politiques suivent à la lettre les notes de leurs conseillers économiques très keynésiens et ne comprennent pas que si les consommateurs ne sont pas au rendez vous, c’est parce que les commerces, les restaurants, les hôtels, les avions ont été bloqués et que beaucoup le sont encore.

La demande existe, le pouvoir de dépenser existe. Les Français auraient congelé plus de 60 milliards d’euros de revenus non dépensés dans les comptes courants. Ce n’est même pas de l’épargne placée sur les livrets A, c’est de l’argent stocké en attente. Alors il existe un segment de clientèle à bout de ressources mais il n’est pas plus nombreux qu’avant la crise.

Le système économique na pas besoin dun choc de demande. Il a subi un choc doffre. Loffre sest arrêtée. Plus de voyage, plus d’achat, plus rien ! Sauf Netflix et le Doliprane, si on caricature.

L’urgence des urgences serait donc d’agir en priorité sur l’offre.

Débloquer l'offre, c’est d’abord éliminer les risques sanitaires, ou s’en protéger, c’est évidemment de mettre le paquet sur la recherche vaccins et traitement. Quand on apprend ce qui s’est passé chez Sanofi, on s’aperçoit que la recherche vaccins n’a pas été la priorité française.

Débloquer loffre, cest donner aux entreprises les conditions de protection qu’elles devront respecter. La plupart sont encore dans le flou.

Débloquer l'offre, c’est étudier et éventuellement épauler les plans d’investissement que les entreprises devront mettre en pieuvre pour s’adapter aux conditions nouvelles.

Une pandémie de cette ampleur génère toujours des évolutions socio- économiques dont on mesure l’importance mais après.

La première grande épidémie de peste au Moyen-Âge a provoqué la première révolution agraire et changer tous les modes de productions agricoles. En décimant la moitié de l’Europe, elle a obligé l'agriculture à travailler autrement. Le servage a été aboli, et les terres ont changé de main.

Les épidémies de choléra pendant la révolution industrielle à la fin du 19e siècle ont entraîné une révolution totale de l’habitat et de l’urbanisme. Le Paris d’aujourd’hui dessiné et construit par Haussmann sous les ordres de Napoléon 3 est un pur sous produit du Choléra.

La pandémie du coronavirus va évidemment générer les changements dans les modes de production, de distribution et ce faisant de consommation. Le moteur du changement sera évidemment l’investissement dans beaucoup de domaines : l’immobilier, la mobilité, l’alimentaire ou les loisirs. Le système de l’économie de marché et la mondialisation capitaliste ne sera pas bouleversée. Il s’adaptera. Mais rien n’empêche les Etats et les gouvernements daider les entreprises à sadapter. C’est quand même curieux qu’un pays comme l’Allemagne sache mener ces adaptations, alors que la France prenne en permanence du retard.