Comment François Hollande s’est piégé avec le rapport Gallois

Par Jean-Marc Sylvestre.  Le rapport Gallois a été présenté au gouvernement aujourd’hui. Il sera discuté en séminaire gouvernemental mardi et fera l’objet d’une communication officielle des premières décisions

mardi après-midi. Mais il ne faut pas rêver, le rapport Gallois ne sera pas appliqué. L’histoire de ce rapport restera dans l’histoire comme une des plus belles des supercheries politiques. Un « sophisme » comme on dit maintenant. Pourtant, ce rapport présente un très bon diagnostic : l’industrie française n’est pas compétitive. Il préconise aussi des remèdes cohérents : baisse du coût du travail et transfert sur la CSG et la TVA pour sauvegarder les moyens du modèle social. Problème, le résultat est insupportable pour la majorité politique qui ne peut pas accepter des hausses d’impôts sur la consommation. Le rapport Gallois ne préconise pas un choc de compétitivité brutal mais étalé dans le temps. Il met l’accent sur la compétitivité hors-coût, c’est-à-dire l’amélioration du rapport qualité-prix et préconise la dérégulation de certains secteurs : un copier-coller du rapport Attali. A supposer que le gouvernement reprenne l’essentiel des recommandations. On pourrait peut-être inverser la tendance au déclin, mais certainement pas redresser la situation très rapidement.

L’histoire de ce rapport, c’est l’histoire d’un gouvernement qui a peur de son ombre politique. A la sortie d une campagne présidentielle insipide et démagogique, François Hollande donne l’impression d’avoir néanmoins pris la mesure de la gravité de la situation économique. Évidemment, il commence par payer son élection en imposant les riches. Arnaud Montebourg fait des numéros de claquettes sur le thème des patrons voyous. Mais très rapidement, le gouvernement se rend compte qu’il faut renforcer structurellement les fondamentaux de l’industrie française. L’heure n’est pas à décourager les entrepreneurs, les innovateurs. Sinon ils partiront à l’étranger. L’heure est à renforcer la compétitivité de l’industrie française et tout le monde sait bien qu’il faut produire moins cher et de meilleur qualité. Moins cher, il faut donc baisser le coût du travail sans amputer le modèle sociale. Il faut donc remplacer les recettes sociales par des recettes fiscales de type CSG ou TVA.

En juin, lors des journées économiques d’Aix-en-Provence, Louis Gallois, l’auteur du rapport et ancien patron d’EADS, proche de la gauche mais ultra pragmatique, lâche une petite bombe. « L’industrie française a besoin d’un électrochoc. Une baisse brutale et immédiate de ses charges sociales afin de ramener le coût du travail au niveau allemand. 30 milliards d’euros qu’il faut compenser par une augmentation de la TVA et de la CSG ». La bombe est lancée et ne provoque pas de débat particulier si non l’approbation discrète des milieux patronaux qui disent la même chose depuis dix ans.  La classe politique se réveille un peu quand le gouvernement annonce qu’il a demandé à Louis Gallois un rapport sur les moyens de renforcer la compétitivité. Ce jour-là, François Hollande allume la mèche. Il doit penser avoir lancer une vaste opération de communication pour convaincre ses amis qu’il faut faire baisser le coût du travail. En réalité, il s’est  piégé.

La majorité de gauche n’acceptera jamais le fameux choc qui débloquerait la situation pour trois raisons :

La première est idéologique. La gauche ne peut pas accepter une baisse des charges patronales. C’est trop contraire à son idéologie. Il faudrait briser un tabou.

La seconde raison est économique. Le transfert des charges sur la TVA ou la CSG revient à prendre un risque sur une activité fragile dont le moteur est la consommation. Taper dans le pouvoir de dépenser de l’argent c’est désespérer la ménagère de moins de 50 ans. Le lobby de la grande distribution ne se prive pas de le rappeler.

La troisième raison est politique. Comment faire passer une mesure qui risque de gêner sa clientèle électorale et, qui plus est, était préconisée par Nicolas Sarkozy ? Ce dernier a d’ailleurs attendu cinq ans avant de s’y résoudre. Pour toutes ces raisons, le gouvernement va donc planter la mesure phare du rapport Gallois. Pour les autres préconisations, elles vont à l’encontre de l’équation politique de la gauche : déréglementation de certains secteurs, mise en concurrence, gaz de schistes… On voit mal Jean-Marc Ayrault s’en faire l’avocat.

La pression politique est telle qu’il faudrait un gouvernement hyper courageux capable de l’affronter pour faire les réformes qui sont nécessaires. C était possible au lendemain de l’élection présidentielle. Ça sera beaucoup plus difficile après 6 mois de cafouillage pendant lesquels on a essayé d’occulter ces problèmes en éclairant « les foules sentimentales » avec le mariage gay ou le vote des étrangers. Des problèmes certes, très importants, mais peut-être pas aussi urgents que la façon dont la France peut reconquérir ses parts de marché ou créer des emplois.