Comment l’affaire BNP Paribas va se régler de façon équitable

L’affaire BNP Paribas, banque française menacée d’une amende record de 10 milliards de dollars aux États-Unis, semble se calmer sur des bases plus équitables. Pourquoi ? Tout simplement parce que la gravité de la crise a rendu les gouvernements américain et français plus intelligents.

Le ministre français des finances qui a toujours eu une attitude raisonnable et calme dans cette affaire a indiqué hier soir, que « nous allions progresser vers des sanctions plus équitables qui n’abimeraient pas l’avenir de la BNP, ni celui du financement de l’économie. » Cette attitude assez pacifique rejoint les commentaires de la presse financière américaine qui a, depuis 24 heures, mis une sourdine à ces attaques qui étaient très violent.

En fait il ressort que de l’avis de tous les experts, la BNP a fauté. Au regard de la loi américaine, la BNP a commis des infractions. C’est incontestable. A partir du moment où le gouvernement décrète un embargo, les banques françaises ou américaines ne peuvent pas faire des affaires avec des entreprises ou des États frappées par cette mesure de boycott. Mais il faut savoir qu’au regard de la loi française, la BNP n’a pas commis de faute. Cette situation ne méritait pas une condamnation à mort de 10 milliards de dollars à payer et une menace de retrait de la licence bancaire.

Il faudra donc, sauf à passer un siècle de procédure, trouver un compromis acceptable, c’est-à-dire équitable. C’est ce qu’a compris la BNP qui s’est d’ailleurs empressée de se séparer de quelques cadres dirigeants qui étaient responsables de cette affaire. Les Américains voulaient des « têtes » pour l’exemple. On leur a donné les têtes  discrètement (encore que la presse américaine de Wall Street s’en délecte).  Pour le reste, on laissera les avocats mesurer l’ampleur des dégâts et fixer la punition entre 5 et 10 milliards de dollars. Mais  on s’arrêtera là. On ne fera surtout aucune provocation politique.

Alors qu’est ce qui s’est passé ? Principalement deux choses.

Aux États-Unis, le président voulait pour des raisons politiques montrer sa détermination à redresser les tors (sans doute pour faire oublier que lors des subprimes il avait été particulièrement laxiste). Cela étant on s’est aperçu que de tels problèmes médiatisés étaient systémiques. Comme avec Lehman Brothers, on risquait une fois de plus d’abimer l’image des banques internationales, de toutes les banques, et par conséquence de casser la confiance  dans l’équilibre du système financier. A l’initiative de Jean-Claude Trichet, les banquiers centraux sont semblent-ils intervenus. L’entourage de Barak Obama a calmé le jeu.

Coté français, on a aussi cessé de faire le malin sur le thème « on ira à la bagarre » avec les Américains. Un comportement qui ne servait que les intérêts politiques de François Hollande mais qui risquait aussi de coûter très cher. D’abord, la BNP pouvait s’affaiblir durablement et perturber encore davantage l’économie française. Ensuite, Bercy a fait comprendre à l’Elysée qu’une condamnation à 10 milliards de dollars pour la BNP équivaudrait à 10 milliards d’impôts en moins pour l’État. La BNP passait cela en perte, ou en provisions  de perte et réduisait à néant  sa matière fiscale. 7 milliards d’euros en moins… Quand on sait que l’État ne réussit pas à obtenir 10  milliards d’économie auprès de sa majorité, on a vite compris qu’il fallait baisser la tête sur la BNP, ne pas jouer au malin devant Obama (qui n’en a rien à faire) et énerver l’industrie financière américaine. Donc la France comme l’Amérique ont mobilisé les avocats et les médiateurs. Comme dit la fable, mieux vaut un bon arrangement qu’un mauvais procès. Mais que de gymnastique et de coups de téléphone il a fallu !

Et si nos chefs d’État se mettaient à travailler comme des chefs d’entreprise, s’il cessait de parler un peu mais de faire toujours ? Le pays s’en porterait bien mieux. Dans cette affaire, on a un président qui comme souvent a promis et parlé parce qu’il pense que la politique, c’est le verbe. Il suffit de parler pour que les choses se fasse et bien non. Face au vent, le roseau plie mais le chêne se brise.

Notre chance, c’est qu’une fois de plus, la gravité de ce dossier, la peur de la catastrophe a rendu les uns et les autres intelligents.