Comment la BCE va faire baisser l’euro

L’euro trop fort. Mario Draghi, le président de la banque centrale européenne en a convenu à Washington lors de l’assemblée générale du FMI et de la Banque mondiale. Ce faisant, il répond à l’Allemagne qui commence à en parler un peu, et c’est nouveau. Il répond à la Grèce, l’Italie et l’Espagne aussi, et enfin aux Français, eux qui crient, pleurent, et se lamentent, tout du moins dans la classe politique.

L’euro trop fort. Mario Draghi, le président de la banque centrale européenne en a convenu à Washington lors de l’assemblée générale du FMI et de la Banque mondiale. Ce faisant, il répond à l’Allemagne qui commence à en parler un peu, et c’est nouveau. Il répond à la Grèce, l’Italie et l’Espagne aussi, et enfin aux Français, eux qui crient, pleurent, et se lamentent, tout du moins dans la classe politique.

Le président de la Banque Centrale Européenne (BCE) serait d’accord pour réagir, mais il n’a pas encore dévoilé la façon dont il s’y prendra pour faire baisser l’euro. Dénoncer le prix de l’euro, c’est à la portée de tout le monde…  Savoir le faire baisser, sans insulter l’avenir des économies, c’est beaucoup plus compliqué. Dans le concert général qui réclame une baisse de l’euro, personne à droite comme à gauche ne viendra nous expliquer le mode d’emploi.

A priori, jeudi prochain, les gouverneurs des banques centrales qui se réunissent à Francfort sous la présidence de Mario Draghi devraient prendre la décision de réagir au risque de déflation, d’une part, et à la montée de l’euro, d’autre part. Deux questions :

La première, pourquoi l’euro est-il si cher ? La monnaie européenne approche les 1,40 dollars. A ce niveau, tout le monde considère que le prix de l’euro est tel qu’il annule les efforts de compétitivité que les pays européens tentent d’accomplir. Autrement dit, ce n’est pas la peine de se serrer la ceinture pour faire des  économies de coûts si les marges sont systématiquement avalées par un rapport de change défavorable.  Passons sur les jérémiades des gouvernants français trop contents d’avoir trouvé un bouc émissaire aux difficultés qui proviennent surtout de notre manque de sérieux, de rigueur, et de courage à prendre en compte la réalité. Passons.

Le fait nouveau c’est qu’à 1,40 dollar, l’euro devient gênant y compris pour les entreprises allemandes. Il est gênant pour le commerce extérieur mais aussi pour les prix intérieurs. D’où le revirement de la position du ministre allemand de l’Économie.

Maintenant, pourquoi est-il si cher ? Et bien tout simplement parce que tout le monde en veut. D’abord, le redressement de la Grèce, de l’Italie et de l’Espagne ont renforcé la confiance des investisseurs dans le système européen. Ensuite, les pays émergents sont en crise. Ils ont beaucoup investi leurs réserves en dollars, ils les rapatrient désormais en euros. D’autant que la pérennité de la conjoncture américaine n’est pas sécurisée. Il y a donc une demande d’euro supérieure à l’offre. Les prix montent.

Seconde question, comment faire baisser l’euro ? Très simple ! En augmentant l’offre de monnaie ! Diront les experts en marché. Facile à dire sur un plateau de télévision quand on est ministre de l’Économie, plus difficile à mettre en œuvre quand on est la banque centrale d’un groupe de pays qui ne sont pas synchrones et qui n’ont pas de gouvernement commun. Pire,  cet euro-groupe a des adhérents qui ne respectent pas totalement  les règles du jeu. Entre ceux qui trichent sur la fiscalité et ceux qui laissent déraper leurs déficits pour s’acheter des électeurs ou la paix sociale, difficile d’être cohérent et efficace.

La Banque centrale européenne a trois moyens pour augmenter l’offre de monnaie et ainsi, essayer de faire baisser la valeur de l’euro.

Premier moyen, la BCE pourrait racheter des titres apportés par les banques et émettre en contrepartie de la monnaie. C’est déjà ce qu’elle a fait, beaucoup même. Quand Mario Draghi est arrivé à Francfort, il a fait openbar. Les banques européennes venaient se servir en déposant des actifs plus ou moins de bonne qualité. Normalement, l’argent fourni en contrepartie aurait dû gonfler le volume des liquidités ou des crédits en Europe de façon à alimenter le système économique, comme aux USA où la Réserve fédérale a été généreuse avec l’économie ce qui a permis aux banques américaines d’arroser le marché (le marché financier surtout).

Le problème en Europe, c’est que le système d’openbar a fonctionné en cercle fermé. La BCE a distribué de l’argent aux banques commerciales  mais les banques commerciales se sont empressées de redéposer cet argent à la banque centrale. Résultat : ces capitaux n’ont pas circulé. La Banque centrale européenne est prête à injecter beaucoup de liquidités mais les banques ne les font pas circuler. D’où la déflation, d’ailleurs.

Deuxième moyen, la BCE pourrait racheter de la dette souveraine aux États. C’est un programme  qui avait été engagé en 2010 sous le nom de « programme SMP » (achat de titres souverains). Le conseil des gouverneurs pourraient le relancer à condition d’avoir des garanties sur le comportement des États. Parce qu’un tel système est quand même un encouragement à l’endettement public. Pour que ça marche, on en revient à la nécessité de respecter des critères de gestion budgétaire. Ce que, ne fait pas, la France. Les Allemands  qui n’ont pas confiance sont évidemment assez opposés au rachat de dette souveraine.

Troisième moyen, la BCE pourrait agir sur les taux. Mais les taux sont déjà très bas. Le président de la banque centrale allemande (la Buba) défend l’idée de baisser les taux, et même de passer aux taux négatifs. Dans ce cas, quand les banques viennent placer des euros à la BCE, elles ne seraient plus rémunérées, mais elles devraient payer un loyer. Du coup, elles achèteraient moins d’euros sur le marché. La demande baisserait et le prix de l’euro se tasserait.

Tout cela est très théorique, d’autant que dans cette affaire tout le monde fait de la politique à deux mois des élections européennes qui risquent d’être dominées par la vague des eurosceptiques. Mario Draghi ne va pas maintenant se mettre à dénoncer ceux qui ne font pas les réformes auxquelles ils se sont engagés. Ceux qui se cachent derrière l’euro ont leurs propres faiblesses.

Ce n’est plus le moment. Mario Draghi va donc, lui aussi, faire de la politique. Faire baisser l’euro, c’est aussi faire baisser la fièvre eurosceptique.