Confinement J+6 : La France débat pour savoir quelles sont les activités essentielles et celles qui ne le sont pas...

La France s’est plongée ce week-end dans un débat pour déterminer les activités qui sont essentielles et celles qui ne le sont pas. Faux débat ? Pas forcément, même s’il stresse les médias. 

En théorie, la France n’est ni un pays communiste, ni fasciste, l’Etat français n’étant pas autoritaire, militaire ou dictatorial et protégeant encore les libertés individuelles. Notre organisation étant encore dominée par les valeurs de la démocratie et notre économie toujours sous l’empreinte libérale, l’idée de tout organiser et de dire à chaque citoyen ce qu’il peut ou doit faire est une idée difficile à supporter. 

Il y a pourtant des circonstances définies par la constitution où l‘Etat peut par la loi limiter les libertés individuelles. En cas de guerre par exemple, en cas d’état d’urgence lié à des attaques terroristes, des catastrophes naturelles ou des crises sanitaires du type de celle qui se développe actuellement. 

En théorie, tous les Français sont d’accord avec les mesures de confinement qui ont été prises. En pratique, tous n’ont pas la rigueur nécessaire pour en appliquer toutes les modalités et en assumer toutes les contraintes. 

Les Français ont une multitude de raisons pour justifier leur indiscipline. Soit parce qu’ils n’ont pas la possibilité de se protéger (le manque de masques par exemple), soit parce qu‘ils n’en ont pas envie (beaucoup d’étudiants ont cru que les jours de confinement pouvaient se vivre comme des jours de vacances), soit parce qu’idéologiquement, ils ne sont pas d’accord avec ce choix stratégique et que scientifiquement, ils expliquent qu’on ne soigne pas un virus, on attend que l’être humain découvre ses facteurs immunitaires. 

Toutes ces raisons sont recevables mais fragiles avec des impacts très inégalitaires dans un pays où l’égalité est une valeur cardinale. 

Le débat est désormais violent depuis ce week end sur la question du périmètre de confinement et plus particulièrement sur la définition des activités qui permettent ou nécessitent des exceptions au confinement. 

On peut certes arrêter toutes les activités économiques et sociales pour stopper les interactions humaines, freiner ainsi la contamination et empêcher le virus de se développer et donc arrêter l'épidémie. 

Tout le monde est capable de comprendre cette procédure à condition qu‘elle soit clairement expliquée et que l’explication ne contienne pas d’injonctions paradoxales. Le maintien du premier tour des élections municipales n’a pas paru cohérent avec la mesure générale de confinement parce que cette exception était d’essence politique. Donc incompréhensible dans un contexte où seuls les arguments scientifiques sont encore audibles et acceptables.

 

La question du maintien des activités essentielles est beaucoup plus compliquée à trancher. Parce qu’il s’agit de définir les actions, les mobilités, les productions qui sont nécessaires parce que vitales, ou tolérables.

- Il n’y a évidemment pas de débat sur le maintien en activité de tout le système de santé, hôpitaux, pharmacie, personnels etc…

- Il n’y a pas de débat sur le maintien en charge du système d’approvisionnement en biens alimentaires. Il faut bien continuer de se nourrir.

- Il n’y a pas débat sur le maintien en service des grands réseaux d’approvisionnement en eau, électricité, gaz, assainissement, traitement des ordures etc…

- Il n’y a pas débat sur la continuité de fonctionnement des grands réseaux de communication (mobiles, internet etc), ainsi que les flux financiers (les banques)

-Il n’y a pas débat sur le maintien en activité des grands services de l’Etat et notamment des services régaliens en particulier la défense nationale, les forces de maintien de l’ordre et la justice, mais aussi l’administration fiscale et sociale.

 

Le reste n’est évidemment pas essentiel ou vital. Sur le luxe, les hôtels, les cinémas, les bars et restaurants, les spectacles culturels ou rassemblements sportifs et même sur l’industrie automobile ou textile.

Sauf que le débat existe et qu’il est légitime. Pour deux raisons. 

La première est liée à l’interpénétration de toutes les activités de production de biens et de services. Pour que les services de santé puissent fonctionner correctement, il leur faut des équipements, des produits industriels de pharmacie et des moyens de transport. 

Pour que la population soit approvisionnée, il faut impérativement que l'industrie agroalimentaire fonctionne, le lait soit ramassé et traité, que les fruits et légumes soient récoltés à temps, préparés et nettoyés et souvent transformés. Toujours emballés et transportés. Il faut donc que les usines tournent et que les salariés travaillent sur les sites de production. On ne peut pas générer la totalité du PIB en télétravail. 

On peut mettre entre parenthèses environ 30 % du PIB. Les productions attendront. 

On peut assurer 30 % du PIB en télétravail.

Il reste 40 % du PIB qui nécessite l’intervention humaine physique (production industrielle, logistique et distribution). C’est sur cette part d’activité qu’il faut consacrer l’énergie et les efforts. 

 

La deuxième raison porte sur la nécessité de maintenir en état l’appareil de production pour qu’il puisse repartir le jour où le risque de cette pandémie aura disparu. Qu‘on arrête un ou deux mois le système d’offre est une chose mais qu’on puisse le faire redémarrer très vite en est une autre... Si on ne veut pas ajouter à la crise sanitaire, une crise économique qui viderait tout le monde occidental de ses forces.