Covid 19 : le gouvernement prépare l‘opinion à l’utilisation du tracking digital pour sortir du confinement.

En Corée du Sud, ça a marché. Le gouvernement s’apprête à utiliser les méthodes du tracking pour sécuriser la sortie du confinement qui pourrait démarrer début mai. Le traçage du maximum de gens grâce à leur mobile serait le seul moyen de sécuriser la situation et de repousser les risques de nouvelle contamination.

Le gouvernement prépare sans aucun doute la mise en place des systèmes de tracking ou de traçage de façon à connaître avec précision les populations qui sont malades du Covid, celles qui l’ont été et qui sont donc immunisées (pour l’instant) et ceux qui ne l’ont pas eu, mais qui constituent un groupe vulnérable puisqu’ils peuvent contracter la maladie.

Le gouvernement joue gros dans cette affaire parce que, si comme en Corée du Sud ou à Singapour, un traçage précis des populations à risque et de celles qui ne le sont pas est particulièrement efficace pour ramener un peu de sérénité et de sécurité sanitaire, cette technologie a, de fait, un impact sur les libertés individuelles et sur la protection de la vie privée.  

 

Emmanuel Macron, qui doit prendre la parole en fin de semaine, ne peut pas se tromper ou hésiter. Il doit faire le point sur l’état de la situation, il doit clarifier la stratégie sur l’usage du masque et la généralisation des tests. Mais il doit surtout annoncer la prolongation du confinement.  Or, il ne peut le faire sans aborder la question du « déconfinement ». Or le déconfinement de la population ne peut être lancé que si toutes les conditions de sécurité sont réunies. Pas question d’ouvrir les portes et les fenêtres pour redonner au virus les moyens de revenir à l’attaque.

Politiquement, c’est évidemment très compliqué à gérer. Tous les responsables politiques ont sans doute leur plan, mais aucun n’a de certitude sur ce qu’il faut faire. Quand on fera le bilan de ce qu’il s’est passé depuis trois mois, il faudra avoir l’honnêteté de reconnaître que personne ne savait au juste ce qu’il allait se passer.

Donc, la séquence qui va précéder le déconfinement va être compliqué parce que tout le monde attend ce moment de « libération » mais personne ne veut accepter le moindre risque. La pression va donc être au maximum.

Les modalités de ce déconfinement ne sont pas arrêtées parce qu’on ne sait pas où en est l’épidémie. Elle semble avoir perdu un peu de son souffle en France mais ça n’est pas certain.

Par conséquent :

Acte 1, le gouvernement va très certainement encourager le port du masque pour tout le monde, mais tout le monde ne l’acceptera pas. Nous n’avons pas en France la culture du masque qu’ont tous les Asiatiques. Au tout début de l’épidémie fin février, ceux qui avaient la chance d’en avoir se faisaient moquer dans la rue...  Aujourd’hui, ceux qui moquaient reprochent au gouvernement de ne pas leur en avoir donné.

Cette suspicion à l’encontre du masque a rendu service au gouvernement qui (comme la plupart des autres gouvernements en Europe) n’avait pas constitué de stocks. Cela dit, le gouvernement aurait mieux fait de dire la vérité crue.

Aujourd’hui, alors que l’on commence à recevoir des masques, le gouvernement a changé de stratégie et trouve des qualités aux masques qu‘il ne leur conseillait pas il y a encore un mois.

Acte 2, le gouvernement va encourager le testing qui va devenir progressivement obligatoire. Là encore, on aurait peur être pu le faire avant mais on n’avait pas les tests.

En l’absence de traitement qui serait totalement fiable et pas dangereux, en l’absence de vaccins, le déconfinement sera conditionné par l’obligation de passer un test. Ce test dira précisément la situation de santé de chacun.

On saura donc ceux qui sont immunisés et par conséquent protégés. Ceux-là pourront sortir libre.

On saura ceux qui sont malades et qui ne pourront sortir que quinze jours plus tard qu’à l’issue de leur quarantaine quand les tests nous diront qu’ils sont guéris et protégés.

On saura enfin ceux qui n’ont pas eu le coronavirus et qui pourraient donc l’attraper. Ceux là, en théorie, ne pourront pas sortir avant d’être sûrs de pouvoir se mettre à l’abri.

Ça peut durer un moment, pour attendre d’avoir la certitude que le virus ait disparu, mais aura-t-on cette certitude un jour ?

Acte 3. Pour permettre à tout le monde de sortir, la seule condition passe par le masque (qui limite les risques de contagion) et si possible un marquage électronique de chacun. C’est là où intervient le projet de traçabilité ou de tracking.

 

Mounir Mahjoubi, député En Marche publie, demain mercredi, une note explicative de ce que pourrait être « l’utilisation du tracage des données mobiles dans la lutte contre le Covid 19 ». Cette note a été étudiée par la CNIL, dont la présidente sera reçue par la Commission de lois de l'Assemblée, tout comme le secrétaire d’Etat au numérique Cédric O dont on attend une communication commune avec le ministre de la Santé.

L’exécutif planche donc sur ce dossier qui est d’une importance grave parce que, techniquement, la technologie a fait ses preuves. Elle fonctionne, mais elle peut bousculer certains principes éthiques auxquels nous sommes très attachés.

Les opérateurs mobiles sont prêts. Orange, notamment, est à la manoeuvre et techniquement, ça ne pose pas de problèmes particuliers. Il s’agit d’utiliser la géolocalisation des portables et d’y coupler les informations tirées des tests de santé. Le tout dans une application qui permettra de savoir :

1. L’état de chacun par rapport au virus. Positif, négatif, porteur sain ou malade.

2. Sa position géographique et sa mobilité, son parcours et ses rencontres éventuelles.

 

Ainsi, pourra-t-on avoir une cartographie des déplacements de populations. On sait déjà, par l’opérateur Orange, que la veille du confinement, 1,2 millions de Parisiens ont quitté la capitale. Techniquement, Orange pourrait même en fournir la liste.

Le Tracking permettrait surtout de savoir l’identité sanitaire de la population. Mais allons plus loin, il devrait aussi permettre de connaître les contacts de chacun avec les autres.

Exemple : Je marche dans la rue, mon portable pourra me dire qui précisément, je vais croiser, des porteurs sains et immunisés, des contagieux, des personnes non malades mais pas protégées par des anticorps.

On peut d’ailleurs imaginer recevoir une notification dès qu’on approche d’un groupe potentiellement contagieux.

A la limite, tous les contacts seront prévenus de la situation.

Cette technologie a été utilisée avec succès par des sites de rencontres qui présélectionnent les rencontres par affinités.

La technologie digitale permet assez facilement le fonctionnement de ce type d’application, grâce à la géolocalisation par le traitement des données GPS ou par les connexions Bluetooth.

L‘application mobile enregistre les déplacements et les rencontres.

Le système ne fonctionnera correctement dans la surveillance de l’épidémie que si pratiquement toute la population adhère au système et a téléchargé l’appli. Ce qui est le cas dans les pays d’Asie, en Corée, à Taiwan, Singapour ou Hong Kong.

En fait et certains ne manqueront pas de le souligner, le tracking revient à poser un bracelet électronique virtuel à toute la population.

A partir de ce fonctionnement, on peut contrôler assez finement la circulation du virus, et la mobilité de celui qui le porte et qui ne le sait pas forcément.

Pour la surveillance sanitaire, ces technologies sont absolument performantes et offrent une solution au problème, mais puisqu‘il implique une surveillance étroite de tous les membres de la population. Ce système soulève des questions éthiques qui, dans les démocraties, sont sacrées.

L’utilité pour chacun est indiscutable. Mais par rapport aux libertés individuelles et publiques ou par rapport aux engagements de protections de la vie privée, cette utilité pose de graves questions que tout pouvoir politique doit résoudre.

Emmanuel Macron va avoir besoin de beaucoup d’autorité, parce qu‘avec ce dossier, il va au-devant d’une kyrielle de débats qui seront autrement plus lourds que les querelles sur le masque.