Covid : le secteur public s’est planté, le secteur privé nous a sans doute sauvé de la catastrophe

La crise rend intelligent tous les acteurs de la société. Tous, sauf ceux de la sphère publique. Tests, masques, vaccins, agro-alimentaire, commerces, banques, cliniques privées, écoles…  Il faudra reconnaître que le secteur privé nous a sauvé de la catastrophe liée à la pandémie.  

La classe politique n’a pas l’air d’en avoir tiré les leçons mais il faudra bien un jour qu’elle le fasse. Le secteur public, et notamment les administrations centrales, n’ont pas été à la hauteur des enjeux, des moyens financiers considérables qui ont été mobilisés et de la réputation qui est la sienne. La France s’est toujours vantée d’avoir une bonne administration, mais elle a prouvé tous les jours que celle-ci n’était pas résiliente.

L’exécutif, la présidence et le gouvernement ont certes assuré la continuité de l’Etat, mais à quel prix et heureusement.

Le « quoi qu‘il en coute» du président de la République a servi de réassureur d’une opinion publique et heureusement qu’il a ouvert les vannes du crédit et des subventions, parce que ça a permis à l’opinion de tenir. Et encore, certains secteurs n’ont pas bénéficié de cette manne. Ceci étant, on a aussi prouvé pendant cette période que l’argent ne suffisait pas. Qu’il aurait aussi fallu une stratégie cohérente, une organisation terrain de l’administration qui soit performante et une communication qui contribuent à la responsabilisation de tous, plutôt que de se raconter des histoires ou d’ouvrir d’éventuels procès.

Le pouvoir exécutif ne savait pas grand-chose de ce qu’il se passait. Il peut le reconnaître, il a d’ailleurs improvisé en permanence et on s’apercevra sans doute que la plupart des gouvernements du monde n’ont pas été meilleurs.

A la décharge de la France, si l’exécutif a paru débordé par les évènements, il n’a guère été aidé par sa majorité, par l’opposition et par les contrepouvoirs.

La majorité a certes toujours voté, ce dont le gouvernement avait besoin comme outils juridiques, mais sans plus. Cette majorité n’a pas fait preuve de grand courage. Quant à l’opposition politique, elle n’a, depuis le premier jour, proposé aucune politique alternative construite, cohérente et responsable. Aucun projet, aucune idée. Que des critiques démagogiques et une obsession, arrimer ses électeurs à ses couleurs.

Mais quel silence, quelle absence du côté de la gauche et des écologistes ! Le principal évènement de cette période aura été la déclaration de candidature à la présidentielle de Jean-Luc Mélenchon.

Du côté des contre-pouvoirs, même sidération. Au départ de la crise, les syndicats de salariés n’ont qu’une seule revendication : le droit de retrait pour les salariés et l’arrêt des grandes réformes sociales. Par la suite, ils se sont confinés, bien contents que le chômage partiel permette de sauver les contrats de travail, mais indifférents aux mutations qu’annonce la vague de télétravail. Et dans l’ensemble, assez sidérés par tout ce qui s’est passé.  Sauf peut-être pour la CFDT qui a vu le changement et qui s’était préparée à accompagner ce dividende de la modernité.

Que ça plaise ou non, on sera obligé de reconnaître que les seuls contrepouvoirs qui ont tenu bon pour que le système ne s’effondre pas complètement est celui des entreprises et des chefs d’entreprises. Les organisations patronales ont fait le job et notamment les organisations de petites et moyennes entreprises qui auraient pu tomber dans la démagogie et crier avec les loups. La plupart, comme Ethic et sa présidente Sophie de Menthon par exemple, ont préféré mettre leur énergie dans la pédagogie d’une situation compliquée et dans les services de prestations utiles et concrètes. Le Medef a su, lui aussi, se mettre sur cette ligne.

Alors on dira qu’ils ont reçu des aides importantes, notamment les PGE ou les accès au chômage partiel (deux initiatives d’inspiration allemande) mais aussi des reports de charges à payer ou des allègements d’impôts...

Mais l’argent déversé n’explique pas tout. D’abord, parce que cet argent leur a été versé sous forme de prêts, de crédits, d’avances qu’il faudra rembourser. Mais surtout, on a vu à quel point les chefs d’entreprises ont été capables de s’organiser et de s’adapter pour amortir le choc et survivre.

Dans le domaine de la santé par exemple, c’est clair. La France, qui s’est toujours vantée d’avoir le système de santé le plus performant du monde, s’est aperçue avec frayeur que le système n’était ni préparé, ni organisé pour faire face. Avec des pénuries de moyens coupables sur lesquelles on ne reviendra pas, sauf pour dire qu’à chaque fois c’est le secteur privé qui a trouvé des solutions contre une administration sclérosée dans ses habitudes, et plus grave, dans son arrogance.

Sur les masques, les blouses, les respirateurs, ce sont les entreprises privées qui sont allées les chercher pour approvisionner les personnels. Les grosses entreprises ont réquisitionné leurs contacts internationaux, leurs fournisseurs et leurs logistiques de transport. Mais pas seulement les grandes entreprises , on a vu aux quatre coins de la France des petites et moyennes entreprises faire repartir des lignes de production pour fabriquer des masques et des blouses de protection.

L’administration de la santé était perdue, noyée. Les personnels soignants n’étaient pas en cause, ils se sont investis comme jamais. Et le système a évité la catastrophe parce qu’à un moment, les hôpitaux ont coupé le cordon ombilical qui les reliait à leur administration centrale et qui paralysait tout. Les initiatives locales, la prise de responsabilité ont fait qu’ils se sont organisés pour s’approvisionner tout seul. C’est à ce moment-là qu’on s’est aperçu que le secteur privé avait été tenu à l’écart de l’épreuve par l’administration centrale, et le privé est venu pour éviter l’étouffement et convertir certaines salles au traitement du Covid ou alors accueillir les autres malades qui avaient été déprogrammés par le public pour faire de la place. Quelle pagaille. Il semblerait que face à la deuxième vague, la coordination entre l’hôpital public et le privé se passe mieux.

Sur les tests, on a pâti des mêmes rigueurs administratives et bureaucratiques. Ce qui s’est passé pour l’accès aux tests pourrait être cocasse si les effets n’avaient pas été dramatiques. Le retard dans la mise en place, le temps d’attente pour avoir les résultats (parfois 7 jours) a évidemment favorisé la circulation du virus, alors que l’objectif était évidemment de le ralentir. Les tests antigéniques ultra-rapides, puisque lisibles au bout de 15 minutes, ces tests-là ont perdu plus d’un mois dans les bureaux de l’administration française avant de pouvoir être accessibles à la population. Plus d’un mois de retard par rapport aux Allemands, et encore il a fallu toute l’énergie et toute la colère des patrons d’entreprises qui les réclamaient pour rassurer leurs salariés et de ceux qui avaient trouvé les filières et les fournisseurs (en général chinois) et qui se retrouvaient bloqués dans les entrepôts du côté de Roissy. On sait maintenant que la généralisation des tests soit nasaux, soit salivaires ou sanguins, permettront de repérer les cas positifs et donc de les isoler.

Isoler les cas critiques, c’est évidemment une des clefs pour se débarrasser du virus.

On se souvient que pendant le premier confinement, Sébastien Bazin, le PDG du groupe Accor, avait publiquement déclaré qu’il pouvait mettre à la disposition du ministère de la Santé des centaines d’hôtels dans la France entière pour accueillir tous les sujets contaminés au Covid pour les isoler du reste de la population. Les hôtels sont restés vides, le PDG du groupe Accor n’a reçu aucun écho à sa proposition, il a tout de même hébergé quelques soignants ici ou là. La formule de l’hôtel est pourtant utilisée avec succès en Corée du sud, à Singapour et en Nouvelle Zélande.

Sur les vaccins, les résultats les plus prometteurs viennent des initiatives des grandes entreprises privées, Pfizer, Moderna... On commence même à construire des usines pour produire en grande quantité les doses qui seront sans doute disponibles au début de l’année prochaine en Europe. Des entreprises privées se préoccupent de la logistique et de l’organisation de la vaccination. Et pendant ce temps-là, que fait l‘Etat ? L’Etat prévient qu’avant toute vaccination, il faudra passer par les autorisations administratives, il faudra déterminer qui sera vacciné en premier, ouvrir un débat pour savoir si la vaccination sera obligatoire, comme si la question se posait ! Et cerise sur le gâteau, la classe politique se préoccupe et s’inquiète d’une éventuelle spéculation financière et boursière liée à la découverte et à la sortie du vaccin.

 

Au-delà des entreprises de santé qui avaient le dos au mur, la plupart des autres secteurs de l’économie ont réussi tant bien que mal à s’adapter à la tempête.

Dans les secteurs dit essentiels, il faut reconnaître qu’il n’y a pas eu de ruptures d’approvisionnement tant au niveau de la production que de la consommation. Pas plus au niveau des biens alimentaires que des produits d’entretien. La complémentarité entre la grande distribution et le commerce de proximité a joué assez bien au prix d’un effort d’adaptation dont les effets perdureront sur le long terme.

Dans les secteurs que l’administration française a qualifiés de non essentiels, beaucoup de commerces ont souffert et vont avoir du mal à se relever à l’issue de ce deuxième confinement. Leur colère est légitime, mais la volonté d’en découdre avec une concurrence qu’ils estiment déloyale n’aura pas été très glorieuse. Leur demande auprès de l‘Etat pour qu’il ferme Amazon et règlemente la grande distribution les conduira dans le mur parce que toutes ces attitudes font fi du consommateur. C’est le consommateur qui décide de son comportement et de son acte d’achat. Si Amazon a le succès qui est le sien, c’est parce que son système d’organisation et son modèle créent de la valeur pour le consommateur et pour les producteurs et autres commerces puisqu’il fonctionne plus comme une place de marché sur laquelle les vendeurs rencontrent des acheteurs que comme un magasin traditionnel.

Beaucoup d’autres petits commerces ont choisi d’essayer de s’adapter aux mutations et aux contraintes plutôt que d’attendre de l’Etat qu'il remette le système comme il était avant. Ils ont compris que la révolution digitale était incontournable, ils ont compris qu’ils pouvaient avoir leur place et trouver des clients susceptibles d’être séduits par leur identité. Les libraires, les fleuristes, les commerces de chaussures et de vêtements se sont mis à l’internet, soit seuls soit via Facebook, Le Bon coin ou Amazon. Ils se sont tous mis au click and collect.

Les enseignements appris pendant le premier confinement ont été appliqués très vite lors de ce deuxième confinement.

 

Dans tous les secteurs d’activité, le Covid a servi de catalyseur au changement. Plus de digital, plus de proximité etc… Les secteurs productifs de biens et de services ne reviendront pas en arrière, Covid ou pas Covid. Et quoi qu’on dise, l’administration centrale n’est pour rien dans cette adaptation au changement.

En fait, la crise rend intelligent tous les acteurs de la société qui plongent. Tous les acteurs. Sauf ceux de la sphère publique.