Covid : mention nulle à la gestion sanitaire, très bien à la gestion économique

Après cette 3e vague, la France aura décidément tout rater dans la gestion sanitaire de l’épidémie. Mais paradoxalement, la France est, en Europe, le pays qui a le mieux protégé son système économique.

S’il fallait distribuer des bulletins de note aux différents ministères sur la façon dont ils ont géré la crise, l’exercice serait simple. L'appréciation englobe l’administration et le ministre qui la dirige :

Mention nulle au ministère de la Santé

Mention très bien au ministère de l’Economie.

 

La majorité des Français sont abasourdis par la crise et éreintés sur le plan moral et psychologique par les effets de cette crise... mais ils ne se rendent pas compte que l’essentiel du système économique a été sauvé grâce à la réactivité de l’Etat, qui a amorti le choc.

Aussi curieux que ça puisse paraître, la France est le seul pays au monde à avoir pris en charge l’essentiel des dépenses de la pandémie, en les mutualisant et à avoir assurer la gratuité des tests et des soins. En Grande Bretagne et aux États-Unis, le Covid a choisi des victimes expiatoires dans les classes de déshérités et des miséreux.

 

Cette troisième vague a nécessité un durcissement des mesures restrictives, qui ont été chiffrées à 11 milliards d’euros, ce qui est considérable. Selon le ministre de l’Economie Bruno le Maire, le gouvernement va réviser à la baisse ses prévisions de croissance, aggraver sa perspective de dettes et de déficit pour 2021.

En gros, la croissance va tomber à 5% en 2021 plutôt que les 6% espérés. On ne pourra donc pas effacer la contraction de 8,2% en 2020. Il faudra donc attendre la mi-2022.

Parallèlement, le déficit public sera plus creusé que prévu, à 9% au lieu des 8,5 % attendus. Comme il faut bien financer ce déficit, la dette publique passera de 115% à 118%.

Mais tout cela sera supportable. Sans effondrement ou ruine totale comme certains le craignent encore, mais cela ajoute de la peur économique et sociale à la peur du virus.

Cette résilience française ne tient pas du miracle. Elle tient à la décision de préserver tous les actifs de production en état de marche, quoi qu‘il en coute. Et les actifs ont été protégés, y compris les contrats d’embauche grâce au chômage partiel. Hormis l‘Allemagne, il n’y a pas d’autres pays au monde qui a fait un tel effort. Alors certains secteurs ont été sévèrement touchés (transport aérien, tourisme, restauration, culture etc…) mais ces secteurs doivent pouvoir repartir dès que les conditions sanitaires seront restaurées. Ces secteurs vont repartir d’autant plus vite qu’ils ont accéléré leur mutation digitale et que la demande solvable va se mobiliser très rapidement. Les Français ont accumulé une masse d’épargne liquide et disponible qui va alimenter un pouvoir d’achat historique.

Certains secteurs, en revanche, vont avoir du mal à repartir, mais c’est parce qu‘ils étaient malades avant et bénéficiaient de perfusion publique. La crise du Covid en a fait des secteurs à risque avec des facteurs de morbidité incontournable.

Outre les mesures de soutien consenties en 2020 et les manques à gagner, Bruno Le Maire a prévu un plan de relance de 100 milliards d’euros dont il a déjà dépensé la moitié, et attend la quote-part du plan européen de 750 milliards d’euros qui a pris du retard, compte tenu de la lourdeur des décisions en Europe. En Allemagne notamment, qui a beaucoup de mal à lâcher quelques euros au bénéfice des autres sans l’assurance d’en être remboursée. Mais l’Allemagne finira par signer parce qu‘elle a besoin d’une Europe qui marche.

Si on additionne les plans de relance et de soutien de tous les pays membres ajoutés au plan de relance européen, on s’aperçoit que nous sommes grosso modo, au même niveau que les Américains, puisque Joe Biden a repris le plan Trump en l’augmentant à 2000 milliards de dollars.

 

En théorie, le seul problème économique de la France est de financer cette dette parce que cet argent est de l’argent emprunté, environ 118 % du PIB, soit presque 700 milliards d’euros. « La France n’a aucune difficulté à lever cet argent, à des taux d’intérêt très bas et sur une longue période supérieure à 10 ans, explique Bruno Le Maire, qui ajoute qu’il faudra évidemment rembourser cette dette après la crise à partir de 2022. »

Tout le monde sait qu’on pourra faire rouler cette dette, c’est à dire rembourser en réempruntant. La technique est vieille comme le monde et ne présente aucune difficulté. Ça marche à deux conditions.

D’abord, que la croissance reprenne à un niveau supérieur au taux d’intérêt. Comme les taux sont actuellement de zéro %, la performance n’est pas impossible à atteindre.

Ensuite, il faut absolument que le stock de dettes ne s’accroisse plus... ce qui passe par une maitrise des dépenses publiques et des réformes structurelles qui privilégient les investissements sur les dépenses de fonctionnement. Ce qui, là encore, ne devrait pas être irréalisable.

Le miracle, si miracle il y a, viendrait comme un bonus avec le rebond de l’économie le jour où les restrictions sanitaires seraient levées. Souvenons-nous qu‘au 3e trimestre de l’année dernière, quand on a cru être sorti du piège, l’économie a gagné 18%.

 

Il n’y a aucune raison pour que l’économie ne rebondisse pas autant, dès que la vaccination aura protégé la majorité des êtres humains.

Le logiciel économique fonctionne, son démarrage ne dépend que des campagnes de vaccination.

L’inconnue est toujours la même. Elle porte sur la capacité du ministère de la Santé à sécuriser la campagne de vaccination. Or, depuis le début de cette crise, le système de santé a prouvé qu‘il était plus à même de protéger les personnels, les statuts et les pouvoirs acquis dans l’hôpital public que les malades du Covid-19.